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Vivre, apprendre et créer ensemble

Trois-Soleils au Nunavut

par Caroline Pelletier, Iqaluit (Nunavut)

En décembre 2001, l’École des Trois-SoleilsLien autre que le gouvernement du Canada, première école francophone au Nunavut, voyait le jour. Bien qu’un programme de français existait déjà depuis 1993 à l’école anglaise Nakasuk, des parents francophones se sont mobilisés afin d’avoir leur propre établissement, raconte Martine St-Louis, directrice de l’École des Trois-Soleils.

L'école des Trois-Soleils
Photo : Caroline Pelletier
L’École des Trois-Soleils, l’école francophone la plus au nord du Canada

L’École des Trois-Soleils accueille une cinquantaine d’élèves par année. Selon la directrice, les jeunes francophones avaient besoin d’une école bien à eux. « C’était aussi bien pour contrer l’assimilation, offrir des services de qualité, que pour garder la langue et la culture vivantes », le tout dans une perspective d’harmonie avec les autres cultures. Ainsi, les « Trois-Soleils », nom choisi pour l’école, représentent les francophones, les anglophones et les Inuits, comme autant de cultures qui cohabitent à Iqaluit.

culture
Photo : Caroline Pelletier
Trois-Soleils, comme autant de cultures qui s’enrichissent les unes les autres

« Le plus important, c’était de donner un toit au programme de français », explique Daniel Cuerrier, directeur général de l’Association des francophones du NunavutLien autre que le gouvernement du Canada. Selon lui, un établissement scolaire à l’intérieur duquel tout se vit en français fait toute la différence. « Pour qu’un programme de français langue maternelle ait le plus de chances possible de fonctionner, il doit se réaliser dans une école homogène. » À l’école Nakasuk, où l’on enseigne aussi l’anglais et l’inuktitut, le français n’occupait pas pleinement la place qui lui revenait.

Au Nunavut, sur une population d’environ 29 000 habitants, on compte tout au plus 1 000 francophones, dont la majorité habite la capitale1. Malgré la situation minoritaire du français, l’École des Trois-Soleils fait désormais partie du paysage nunavois. Mme St-Louis constate le chemin parcouru : « La langue française a gagné en visibilité depuis que nous avons une école. Nous avons réussi à tisser des liens avec les autres écoles et nous avons notre place. »

entrée scolaire
Photo : Caroline Pelletier
En septembre, la course de bateaux de l’École des Trois-Soleils donne le coup d’envoi à une nouvelle année scolaire, durant laquelle l’apprentissage du français se fait à travers les arts, la culture et les activités de plein air.

Dans ce milieu où tout se vit en français, l’appropriation de la langue et de la culture ne se fait pas en vase clos. « On a adopté un programme d’éducation qui colle à la réalité du Nord, qui correspond à la réalité du monde qui vit ici », indique M. Cuerrier.

Cependant, il est impossible de faire toutes ses études secondaires à l’École des Trois-Soleils. Deux options s’offrent alors aux jeunes : poursuivre en anglais à l’école Inuksuk ou déménager vers le sud, au Québec. Pour Rachel, il était important de poursuivre ses études en français. Cela ne l’aura pas empêché de devenir bilingue, mais la jeune Iqalummiuq aurait aussi aimé maîtriser l’inuktitut, un apprentissage qui aurait été difficile, même en demeurant au Nunavut.

Quoique les Inuits représentent 85 p. 100 de la population du Nunavut, leur langue, l’inuktitut, n’est enseignée qu’à raison de quelques heures par semaine dans les établissements scolaires. Une situation qui pourrait changer, car, en juin 2009, le Parlement canadien a donné son aval à la Loi sur les langues officielles adoptée par le gouvernement du Nunavut un an plus tôt, reconnaissant la langue inuit, langue officielle du territoire, au même titre que l’anglais et le français.

Afin de poursuivre leur éducation en français, une majorité de jeunes Nunavummiut choisissent d’aller étudier au Québec, souvent bien loin de leur famille. C’est ce qui est arrivé aux enfants de Daniel Cuerrier. « Aussi difficile que ça a été comme parent, je crois que cela a été salvateur pour mes enfants, pour mon fils en particulier, qui n’aurait pas adopté le français comme étant sa langue première s’il n’était pas allé continuer son éducation dans un milieu où tu peux vivre en français 24 heures par jour. Il est Inuk. Il n’a malheureusement pas appris l’inuktitut, mais cela a renforcé son identité francophone », confie-t-il.

La première ministre Eva Aariak compare le combat des francophones à celui des Inuits. Selon elle, les Inuits envient les acquis de la communauté francophone, mais la prennent également comme modèle. « L’école francophone est un bel exemple de ce qui peut être réalisé en y mettant les efforts. Cette école témoigne de la patience des Franco-Nunavois pour que leurs enfants puissent avoir une éducation dans leur langue maternelle », indique Mme Aariak.

Dans l’exercice de ses fonctions, M. Cuerrier travaille à l’affirmation et à l’épanouissement de la francophonie au Nunavut. Comme bon nombre de francophones ayant adopté le Nunavut, M. Cuerrier a la conviction d’aider à bâtir un monde meilleur. « Il y a eu un virage dans ma vie à partir du moment où je me suis dit : “J’ai le droit d’exister en français”. Toute la contribution que notre communauté francophone peut apporter au mieux-être de la société en général, c’est positif. Et si on l’apporte en français, tout ce qu’on fait, c’est qu’on ajoute de la couleur au tableau. » 

Liens intéressants :

Profil de la communauté francophone du Nunavut réalisé par la Fédération des communautés francophones et acadienne du CanadaLien autre que le gouvernement du Canada
Gouvernement du NunavutLien autre que le gouvernement du Canada
Assemblée législative du NunavutLien autre que le gouvernement du Canada
Pour tout savoir sur les langues officielles du NunavutLien autre que le gouvernement du Canada


1. Pour plus d’information sur des statistiques sur les langues officielles au Nunavut, visiter le site Web du Commissariat aux langues officiellesLien autre que le gouvernement du Canada.



 

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