Le français, l’anglais et la musique en harmonie au CNA
par Scott Stevenson, Sherbrooke (Québec)
Le français, l’anglais et la musique ont beaucoup en commun au Centre national des Arts
(CNA), où la dualité linguistique évolue à l'avant-scène.

« En fait, il s’agit plutôt de pluralité. Nous avons une troisième langue officielle, la musique, une langue que tous les Canadiens et Canadiennes peuvent comprendre, déclare Boris Brott
, premier chef des concerts jeunesse et famille de l’Orchestre du CNA. En plus d’être bilingue, le Canada est multiculturel, ce qui contribue à sa spécificité. Notre pays donne l’exemple au monde entier. Je suis extrêmement fier du Canada, et le CNA incarne très bien cette interculturalité. »
Il y a environ deux ans, le CNA a commencé à promouvoir plus concrètement la dualité linguistique en accentuant l’intégration des deux langues officielles du Canada – et des deux communautés de langue officielle – à sa planification interne et à sa programmation. Il continue de présenter des activités en français et des activités en anglais, mais il offre également de nombreuses activités où le français et l’anglais s’entremêlent parfaitement.
Pour « bilinguiser » sa programmation, le CNA a créé un modèle typiquement canadien visant à intégrer pleinement le français, l’anglais et la musique au dialogue public.
Les Aventures familiales TD Canada Trust
présentées par l’Orchestre du CNA étaient déjà bilingues, mais pas de façon systématique. « Les activités n’étaient pas assez bilingues, précise Anne Tanguay, la championne des langues officielles du CNA. Nous devions augmenter le pourcentage de contenu en français communiqué par le présentateur. Nous l’avons fait passer en gros de 25 à 40 p. 100. »
Les responsables voulaient ainsi à la fois servir le public dans les deux langues officielles du Canada et remplir la salle Southam du CNA, d’une capacité de 2 100 places. Pendant les concerts d’une heure des Aventures familiales, le chef et présentateur communique au public quelques précisions et commentaires en français et d’autres en anglais lorsque l’orchestre de 60 musiciens ne joue pas.
Habituellement, au cours d’une activité bilingue, le même message est traduit et livré successivement dans une langue puis dans l’autre. Les Aventures familiales constituent un exemple d’une activité où une partie du message est communiqué en français et l’autre, en anglais. Cette façon de faire est encore relativement avant‑gardiste, même au Canada.
Et cette méthode est‑elle bien reçue? Le CNA a sondé l’opinion de ses publics francophone et anglophone – enfants, amis, parents et grands-parents – au début de l’année : 89,6 p. 100 des répondants anglophones et tous les répondants francophones ont déclaré être satisfaits ou très satisfaits.
« Les résultats du sondage montrent bien que les gens ne s’opposent pas au bilinguisme et même qu’ils le souhaitent, souligne Anne Tanguay. Le message est clair : la dualité linguistique a sa place. »
En plus d’être bilingue, le Canada est multiculturel, ce qui contribue à sa spécificité. Notre pays donne l’exemple au monde entier. Je suis extrêmement fier du Canada, et le CNA incarne très bien cette interculturalité.
-- Boris Brott
La nouvelle façon de faire que le CNA a adoptée pour la série Aventures familiales est loin de se limiter à la scène.
En 2006, le CNA a renforcé sa gestion générale des langues officielles « afin d’assurer la qualité du français au sein de son organisation, tout comme la coordination de l’ensemble des aspects relatifs aux langues officielles », relate Mme Tanguay.
« Nous avons élaboré une vision plus intégrée des langues officielles… Les gens au sein de l’organisation sont sensibilisés à cette question et veulent faire davantage. Les langues officielles font toujours partie de nos priorités. Aucun projet n’est mis en œuvre sans que les volets francophone et anglophone soient pris en compte. »
« Le CNA se veut une organisation véritablement nationale et a ainsi à cœur de faire rayonner les arts d’interprétation partout au pays, ajoute Mme Tanguay. Reconnaissant que les arts sont un axe privilégié par lequel les francophones et les anglophones du pays expriment leur identité, le CNA place la dualité linguistique au centre de chacune de ses activités. »
Le CNA est une société d’État dont l’effectif est composé de 72 p. 100 d’anglophones et de 28 p. 100 de francophones.
Boris Brott n’appartient pas vraiment à l’un de ces deux groupes. Sa langue maternelle est le français, mais il est allé à l’école anglaise à Montréal. Aujourd’hui, il parle cinq langues, « toutes très mal », lance l’artiste, sûrement à la blague.
Lors des concerts des Aventures familiales, il passe d’une langue à l’autre.
« Nous parlons des solitudes du Canada, mais nous devons mettre en valeur la nature inclusive, multiculturelle de notre public, soutient le chef d’orchestre. La population du Canada est composée de gens de toutes les origines. La musique est une langue qui transcende les différences. »
Et la dualité linguistique « favorise également le dialogue entre les membres de différents groupes culturels », a déclaré le commissaire aux langues officielles lors d’une allocution prononcée en février dernier à Ottawa. « La dualité linguistique favorise le respect, l’acceptation et l’empathie », un message que le commissaire diffuse partout au Canada depuis son entrée en fonction en 2006.
Pour l’oreille, le français et l’anglais sont de la musique. Au CNA, la dualité linguistique n’est pas seulement une question d’obligation et de respect, elle est aussi un gage de concerts à guichets fermés.
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Photo : Dyanne Wilson