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Coup d’œil sur une communauté

Maillardville, le cœur francophone de Coquitlam

par Robert Rothon, Vancouver (Colombie-Britannique)

Vous aurez beau chercher, aucune carte de la Colombie-Britannique ne vous indiquera l’emplacement de Maillardville. Pourtant, cette communauté existe bel et bien, autant physiquement que dans l’imaginaire du Britanno-Colombien moyen pour qui elle symbolise le fait francophone à l’ouest des Rocheuses.

Notre-Dame-de-Lourdes

La paroisse locale Notre-Dame-de-Lourdes se réunit dans cette église, la troisième à être édifiée sur l’emplacement original. La structure actuelle a été bénie en 1937 et érigée sur les fondations de la première église, construite par les pionniers en 1910.

Source : Maillardville Toujours

Notre Dame de Lourdes
Photo : Société francophone de Maillardville

La fondation
Le village de Maillarville est né à l’époque où les propriétaires du moulin à bois de Hastings Mills ont eu une sainte peur de se retrouver avec une main-d’œuvre indisciplinée. En 1909, ils ont envoyé une délégation dans l’Est canadien pour y recruter des Canadiens français, réputés pour être de bons travailleurs et des gens aux mœurs paisibles. Un premier contingent de 110 personnes a répondu à l’appel et a pris le train vers l’ouest.

Arrivés à destination, les pionniers se sont installés sur les rives du fleuve Fraser, sur un site qu’ils ont dû défricher, et ont bâti un village ouvrier francophone comme ceux qu’ils avaient quittés dans l’est. Peu après leur arrivée, ils ont commencé la construction d’une école et de leur église, baptisée Notre-Dame-de-Lourdes, qui est devenue le cœur de la première paroisse de langue française de la Colombie-Britannique. En 1912, le village prend le nom de Maillardville en l’honneur du curé fondateur de la paroisse, le révérend père Edmond Maillard, O.M.I. Au fil des ans, les enfants des pionniers ont continué de défricher les terres des environs, de sorte que, presque 100 ans plus tard, les traditions et la langue française y ont survécu.

Des apparts nouveaux
Bien sûr, le temps a fait son œuvre. Autrefois isolé sur un monticule, le village est devenu un quartier de la ville de Coquitlam, située dans la banlieue de Vancouver. Le noyau francophone s’est fragmenté à chaque vague de nouveaux arrivants allophones et anglophones qui ont fini par former la majorité. Malgré tout, la flamme francophone ne s’est jamais éteinte puisque Maillardville renaît chaque année grâce à son Festival du bois. Cette manifestation culturelle mobilise toutes les ressources de la vieille communauté fondatrice qui acquiert ainsi son statut de foyer francophone. 

La maison Mackin

La maison Mackin fut construite en 1909 pour être la résidence du directeur commercial de la scierie, Henry J.Mackin, et de sa famille. Le titre de propriété fut transféré aux proprietaires successifs de la scierie et la maison demeura une résidence jusqu’en 1971. En 1993, la Coquitlam Heritage Society commença à transformer cette maison en musée. Aujourd’hui, la maison historique Mackin et son musée des jouets donnent aux visiteurs un aperçu de la vie des débuts de Maillardville.

Source : Maillardville Toujours

Maillardville Museum
Photo : Société francophone de Maillardville

 

Une période sombre
Pendant des années, la conjoncture économique a créé des remous à Maillardville, pourtant situé sur un emplacement qui en fait la porte d’entrée de Coquitlam. La situation est devenue inquiétante, comme dans toutes les petites communautés qui voient leur économie décliner.

Une coalition pour assurer l’avenir
Mais un virage s’est amorcé en 2006 quand Johanne Dumas, la directrice générale de la Société francophone de Maillardville, a entrepris des démarches auprès des commerçants et des gens d’affaires pour leur demander de soutenir les activités culturelles qu’elle souhaitait organiser. De fil en aiguille, elle est aussi entrée en contact avec des élus de la ville de Coquitlam et des fonctionnaires des gouvernements provincial et fédéral. Finalement, le statut de foyer francophone dont jouit Maillardville a permis de rassembler des alliés influents des milieux politiques et économiques qui se sont réunis pour discuter de l’avenir de la communauté.

La maison Ryan

La maison Ryan a été bâtie en 1908 par la Canadian Western Lumber Company pour le gérant de la scierie Fraser Mills et de sa famille. Depuis 1972, cette maison héberge la Place des Arts, un centre artistique multidisciplinaire qui offre le des cours dans les domaines des arts visuels, de l’art dramatique, de la danse et la musique.

Source : Maillardville Toujours

Place des Arts
Photo : Société francophone de Maillardville

Depuis ce temps, on assiste à un effort de concertation qui porte ses fruits puisqu’il a mené à l’élaboration d’un plan de revitalisation socioculturelle du quartier financé par Diversification de l'économie de l’Ouest Canada. À court terme, le plan prévoyait des projets d’embellissement, comme l’installation d’éléments décoratifs en fer forgé et un changement de couleur du mobilier urbain, qui est passé du vert habituel au noir, plus distingué. Ces projets ont été réalisés. À long terme, il vise à consacrer le caractère unique du quartier pour un développement durable : reconstruire le village francophone, attirer des commerces francophones, notamment des sociétés québécoises, et créer un quartier latin. Par ce plan, les intervenants veulent développer le potentiel touristique de Maillardville et faire en sorte que Coquitlam se distingue des municipalités voisines. 

Un projet de longue haleine
Tous sont conscients que la réalisation du plan de revitalisation s’échelonnera sur 10 ou 20 ans. Tous savent qu’il nécessitera des investissements considérables. Pourtant, la confiance règne. Les résidents participent aussi au processus de revitalisation de leur quartier. À l’été 2007, ils ont pris part à un atelier de conception des espaces publics et des formes urbaines, et certains sont membres d’un groupe de travail qui se réunit tous les mois sous la présidence du conseiller municipal Richard Stewart. Aucun autre quartier de Coquitlam n’a son propre groupe de travail pour veiller à son développement.

Nous marchons la main dans la main avec la communauté.
— Jennifer Wilkie, gestionnaire de la planification municipale,
Ville de Coquitlam

La Ville a établi des partenariats avec la communauté francophone afin de prendre des mesures concrètes qui se sont multipliées depuis 2006. Ainsi, le conseil municipal a financé un projet destiné à donner une image de marque à Maillardville en 2007. Actuellement, des représentants de la Ville participent à l’élaboration du projet du Village francophone, une édition olympique du Festival du bois qui mettra en valeur la francophonie canadienne grâce à des manifestations culturelles en 2010. Un tel partenariat entre une communauté de langue officielle en situation minoritaire et une municipalité est un fait rare en Colombie-Britannique. Il mérite d’être souligné parce que toute la région pourrait en profiter. Johanne Dumas en est convaincue : « Si les gens de la Ville gardent ce quartier dans leur cœur, on pourra faire quelque chose. Les projets iront de l’avant. J’y crois bien sincèrement. »

Un concours de circonstances favorables
Le partenariat entre la Ville et la communauté francophone de Coquitlam est né grâce à trois catalyseurs qui sont arrivés à point nommé. « En accordant une somme de 400 000 $ au plan de revitalisation de Maillardville, Diversification de l'économie de l’Ouest Canada a ouvert une brèche. Cet argent est devenu un catalyseur », souligne Jennifer Wilkie, gestionnaire de la planification municipale à la Ville de Coquitlam.

Ensuite, la tenue des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver de 2010 à Vancouver nous a obligés à trouver des moyens de permettre à Coquitlam d’en tirer profit. »

Le troisième catalyseur est venu du milieu politique. « Le conseil municipal a accordé une voix politique aux habitants du quartier », fait remarquer madame Wilkie, qui précise que la Ville n’a pas attendu les deux premiers catalyseurs pour considérer Maillardville comme un quartier unique, un élément qui définissait Coquitlam. Sa collègue, Therese Mickelson, gestionnaire des communications municipales, le confirme. « Maillardville se trouve au cœur de l’histoire de notre municipalité. Au fil des ans, notre ville est devenue multiculturelle, mais ses racines se trouvent à Maillardville et dans les communautés autochtones. » Selon Jennifer Wilkie, l’effort de la Ville pour donner à Maillardville une image de marque s’inscrit dans cette optique. « La plupart des gens d’ici vous diront que la culture francophone vaut la peine d’être préservée. » 

Tous pour un patrimoine

Descendant d’une des premières familles qui se sont installées à Maillardville, le conseiller municipal Richard Stewart vit à Coquitlam depuis sa naissance. Il est convaincu que le vent est en train de tourner en faveur de la communauté francophone. « La population de Coquitlam comprend beaucoup mieux l’importance des premiers pionniers francophones pour notre communauté. Notre patrimoine culturel et architectural était en train de disparaître, mais les francophones étaient les seuls à le déplorer. Aujourd’hui, nous nous rattrapons. » Selon monsieur Stewart, les élus municipaux portent une attention particulière aux mesures prises par le gouvernement fédéral, et cette nouvelle attitude en étonne plusieurs.

En tant que fils de Maillardville, Richard Stewart est ému par cette récente solidarité. « Certains jours, les larmes me montent aux yeux à la pensée que nous allons enfin réussir à sauver notre patrimoine. Toutes les tentatives précédentes ont échoué. Cette fois-ci, c’est différent : le conseil municipal est de notre côté. Nous en avons eu un bel exemple hier soir. Une délégation de Maillardville s’est présentée à la réunion du conseil municipal pour y chanter Gens de Maillardville sur l’air de Gens du pays. Il y a dix ans, on n’aurait jamais vu cela! »

Liens

Ville de CoquitlamLien autre que le gouvernement du Canada (en anglais seulement)

Revitalisation de Maillardville par la Ville de CoquitlamLien autre que le gouvernement du Canada (en anglais seulement)

Profil démographique de CoquitlamSite du gouvernement du Canada

Festival du boisLien autre que le gouvernement du Canada

Société francophone de MaillardvilleLien autre que le gouvernement du Canada

Maillardville vu de l’étrangerLien autre que le gouvernement du Canada (en anglais seulement)

Histoire de MaillardvilleLien autre que le gouvernement du Canada

Histoire de la présence francophone en Colombie-Britannique Lien autre que le gouvernement du Canada

Jeux olympiques - Vancouver 2010Lien autre que le gouvernement du Canada