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Les langues dans le monde

L’Inde, une fédération linguistique unique

par Jacques Leclerc – Montréal (Québec)

Carte de l'Inde

Capitale : New Delhi

Population : 1,0 milliard (2001)

Langues officielles (Union) : hindi et anglais

Langues constitutionnelles : assamais, bengalais, bodo, dogri, gujarati, hindi, kannada, kashmiri, konkani, maithili, malayalam, manipuri, marathi, népalais, oriya, ourdou, punjabi, sanskrit, santali, sindhi, tamoul et télougou.

Groupe majoritaire : hindi (près de 50 % des locuteurs)

Groupes minoritaires : 1600 langues, dont 398 officiellement répertoriées

Système politique : république fédérale de 28 États et de sept territoires fédéraux

Articles constitutionnels (langue) : art. 29, 30, 120, 210, 343 à 350 de la Constitution de 1956 (en vigueur)

Lois linguistiques : la Official Languages Act (Loi sur les langues officielles) de 1963 modifiée en 1967, les Official Languages Rules (Règlements sur les langues officielles) de 1976 modifiés en 1987



L’Inde ou, officiellement, la république de l'Inde, est une république fédérale formée de 28 États et de sept territoires fédéraux. Ce pays, qui s’étend sur 3,2 millions de km² (comparativement à 9,9 millions de km² pour le Canada), compte 1,1 milliard d’habitants (en 2006) qui parlent 415 langues répertoriées qui s’écrivent en une dizaine d’alphabets.

1. La fédération linguistique

C’est la Constitution de 1950 qui a créé une véritable fédération linguistique afin de résoudre le problème de la non-concordance des limites territoriales et des aires linguistiques. L’objectif d’une langue officielle par État et par territoire a alors été établi, mais ce but demeure difficile à atteindre. De fait, aujourd’hui, seuls quatre États n’ont qu’une seule langue officielle : le Bengale occidental (bengali), le Gujarat (goujarati), le Karnataka (kannada) et le Tamil Nadu (tamoul). Malgré l’instauration d’un fédéralisme linguistique, il faut périodiquement redéfinir les États en en créant de nouveaux, au besoin, selon les réalités linguistiques.

2. Le statut des langues en Inde

En raison du très grand nombre de langues, on a établi une hiérarchie leur attribuant différents statuts.

Les langues officielles de l’Inde

L’hindi et l’anglais figurent au sommet de la hiérarchie, car elles constituent les deux langues officielles de l’Inde. Cependant, ces langues demeurent minoritaires. En effet, selon le recensement fédéral de 2001, l’hindi est la langue maternelle de près de 258 millions d’habitants, soit 25,8 p. 100 de la population, et la langue seconde de 220 millions de personnes; l’anglais, pour sa part, est la langue maternelle de quelque 180 000 locuteurs.

Les langues constitutionnelles

L’Inde compte 22 langues constitutionnelles : l’assamais, le bengalais, le bodo, le dogri, le gujarati, l’hindi, le kannada, le kashmiri, le konkani, le maithili, le malayalam, le manipuri, le marathi, le népalais, l’oriya, l’ourdou, le punjabi, le sanskrit, le santali, le sindhi, le tamoul et le télougou. Ces langues, qui regroupent à elles seules plus de 70 % de la population, bénéficient de leur statut, car elles sont utilisées dans les parlements locaux, les administrations, les écoles, les médias, les commerces, etc.

Les langues officielles des États et des territoires

Chacun des États et des territoires indiens a le droit de choisir ses langues officielles, que celles-ci soient constitutionnelles ou non. L’hindi est une langue officielle ou co-officielle dans au moins 10 États et territoires; l’anglais, dans 14 d’entre eux. Au total, on compte 32 langues officielles ou co-officielles distinctes, dont le français dans le territoire de Pondichéry.

Les autres langues

Il existe près de 400 langues qui, sans être officielles, sont parlées par plus de 10 000 habitants. Elles sont généralement enseignées dans les écoles primaires. Il s’agit, au sens strict du terme, des langues des minorités.

Des centaines de langues sont parlées par quelques milliers de locuteurs seulement et ne sont généralement pas enseignées au primaire. Néanmoins, un commissaire aux minorités linguistiques surveille la situation de ces langues et soumet périodiquement des recommandations à leur sujet aux gouvernements des États et des territoires.

3. La politique des langues officielles de l’Inde

La politique linguistique de l’Inde concerne d’abord l’hindi et l’anglais. Lors de l’adoption de la Constitution en 1950, il était prévu que, pour une période de 15 ans, l’anglais et l’hindi seraient utilisés pour les besoins officiels de l’Union; l’hindi deviendrait ensuite la seule langue officielle. Cependant, il a été impossible de remplacer l’anglais par l’hindi en raison de l’opposition des États du Sud (Andhra Pradesh, Kerala, Karnataka et Tamil Nadu). Selon ces derniers, l’État fédéral tentait de leur imposer l’hindi, langue associée à l’ethnie dominante. C’est pourquoi ils ont préféré continuer à utiliser l’anglais, considéré comme « neutre ».

En 1963, la Loi sur les langues officiellesLien autre que le gouvernement du Canada (en anglais seulement) instaura officiellement l’hindi et l’anglais comme langues utilisées au Parlement fédéral, dans les ministères et dans toute agence ou société dirigée par le gouvernement central. En général, le gouvernement fédéral privilégie l’hindi dans l’ensemble du Nord du pays, mais dans le Sud, seul l’anglais est utilisé. Il en est de même lorsque l’hindi n’est pas la langue officielle d’un État du Nord.

4. Les politiques linguistiques des États

L’administration publique régionale fonctionne dans les langues officielles de l’État, sauf lorsqu’elle communique avec le gouvernement fédéral (les communications se font alors obligatoirement en hindi ou en anglais). La ou les langues de travail sont celles de l’État, généralement au nombre de trois ou quatre. L’affichage se fait également dans les langues officielles de l’État ou du territoire.

En ce qui concerne l’éducation, l’article 350A de la Constitution fédérale oblige tous les États et territoires à assurer, au primaire, l’enseignement de la langue maternelle aux enfants appartenant à des groupes minoritaires. Il est généralement obligatoire d’enseigner une ou plusieurs langues secondes au premier cycle du secondaire : la deuxième langue de l’État ou du territoire, ou l’hindi. L ’enseignement de l’anglais est obligatoire au second cycle.

Les municipalités peuvent elles-mêmes établir leur propre politique linguistique et déclarer co-officielle une langue dans un district donné, là où un groupe minoritaire compte un nombre suffisant de personnes. Dès lors, des aménagements concernant les services publics, les écoles et les inscriptions officielles doivent être prévus.

En somme, l’Inde met en œuvre un grand nombre de politiques linguistiques en raison de sa hiérarchisation des langues selon les divers paliers administratifs. À l’heure actuelle, ni l’hindi ni l’anglais ne semblent supplanter les langues officielles des États ou des territoires, ceux-ci ayant l’avantage de disposer de frontières linguistiques destinées à protéger pacifiquement les langues dans leur territoire respectif. Compte tenu de la complexité de l’Inde, on peut affirmer que la cohabitation des langues s’effectue de façon relativement harmonieuse.

Les langues officielles des États et des territoires indiens

  État Langues officielles
1 Jammu-et-Cachemire ourdou / kashmiri, hindi, panjabi, dogri
2 Himachal Pradesh hindi, pahadi
3 Punjab panjabi / sindhi, hindi, ourdou
4 Uttaranchal ourdou / hindi
5 Haryana hindi, sindhi, haryanvi, ourdou
6 Rajasthan hindi, ourdou, rajasthani, marwadi
7 Uttar Pradesh hindi, ourdou, bhojpouri, pahadi, etc.
8 Bihar hindi / ourdou, bhojpouri, maithili, magahi, bengali, santali
9 Sikkim népali, bhoutia
10 Arunachal Pradesh anglais, hindi, assamais, bengali
11 Nagaland anglais, naga
12 Manipur anglais / manipouri
13 Mizoram anglais, goujarati, mizo, lushai, miau, santali
14 Tripura bengali, tripuri, kuki, santali
15 Meghalaya anglais, garo, khasi
16 Assam assamais, bengali, bodo, santali
17 Bengale occidental Bengali, santali
18 Jharkhand hindi / ourdou, maithili, bhojpouri
19 Orissa anglais / oriya, santali
20 Chattisgarh hindi, chatisgarhi
21 Madhya Pradesh hindi, marathi, ourdou
22 Gujarat goujarati
23 Maharashtra marathi, hindi, konkani
24 Andhra Pradesh télougou, ourdou
25 Karnataka Kannada, konkan
26 Goa konkani, marathi
27 Kerala anglais / malayalam, konkani
28 Tamil Nadu tamoul
T1 Andaman-et-Nicobar anglais / hindi
T2 Chandigarh anglais / hindi
T3 Dadra-et-Nagar-Haveli anglais / hindi
T4 Daman-et-Diu anglais / hindi
T5 Delhi anglais / hindi
T6 Laccadive anglais / malayalam
T7 Pondichéry anglais / français / malayalam / tamoul / télougou

 

Les États et les territoires indiens

État Capitale Superficie (km²) Population (2001)
Jammu-et-Cachemire Srinagar 101 387 10 069 917
Himachal Pradesh Simla 55 673 6 077 248
Punjab Chandigarh 50 362 24 289 296
Uttaranchal Dehra Dun 53 483 8 479 562
Haryana Chandigarh 44 212 21 082 989
Rajasthan Jaipur 342 239 56 473 122
Uttar Pradesh Lucknow 240 928 166 052 859
Bihar Patna 94 163 82 878 796
Sikkim Gangtok 7 096 540 493
Arunachal Pradesh Itanagar 83 743 1 091 117
Nagaland Kohima 16 579 1 988 636
Manipur Imphal 22 327 2 388 634
Mizoram Aizawl 21 081 891 058
Tripura Agartala 10 486 3 191 168
Meghalaya Shillong 22 429 2 306 069
Assam Dispur 78 438 26 638 407
Bengale occidental Kolkata (ex-Calcutta) 88 752 80 221 171
Jharkhand Ranchi 79 714 26 909 428
Orissa Bhubaneswar 155 707 36 706 920
Chattisgarh Raipur 135 191 20 795 956
Madhya Pradesh Bhopal 308 245 60 385 118
Gujarat Gandhinagar 196 022 50 596 992
Maharashtra Mumbai 307 713 96 752 247
Andhra Pradesh Hyderabad 275 069 75 727 541
Karnataka Bangalore 191 791 52 733 958
Goa Panaji 3 702 1 343 998
Kerala Thiruvananthapuram 38 863 31 838 619
Tamil Nadu Chennai 130 058 62 110 839
Territoire  
Chandigarh Chandigarh 114 900 914
Delhi Delhi 1 483 13 782 976
Daman-et-Diu Daman 112 158 059
Dadra-et-Nagar-Haveli Silvassa 491 220 451
Laccadive Kavaratti 32 60 595
Pondichéry Puducherry 480 973 829
Andaman-et-Nicobar Port Blair 8 249 356 265
TOTAL 3 166 414 1 027 015 247

 

Source : Provisional Population Totals : India, Census of India 2001Lien autre que le gouvernement du Canada (en anglais seulement).
Note 1 : Les données démographiques correspondent aux résultats préliminaires du recensement réalisé au début de 2001.
Note 2 : La capitale du Punjab (3) ainsi que celles de l’Haryana (6) et d’un territoire de l’Union (4) portent le nom de Chandigarh.
Note 3 : L’Uttaranchal, le Jharkand et Chhattisgarh proviennent de divisions récentes effectuées dans les États de l’Uttar Pradesh, du Bihar et du Madhya Pradesh.