
Capitale :
Helsinki
Superficie : 337 032 km2
Monnaie :
Euro
Découpage administratif :
446 municipalités, 20 régions ou districts et 6 provinces (Laponie, Oulu, Finlande occidentale, Finlande orientale,
Finlande méridionale, Åland)
Population
en 2004 : 5,2 millions
de personnes, dont 75 % habitent en Finlande méridionale
ou occidentale
Le bilinguisme officiel et la Finlande
par Jacques Leclerc
Dans le monde actuel, il existe 193 États souverains,
dont 45 sont officiellement
bilingues. Ces derniers mettent en œuvre des politiques
linguistiques variées et pratiquent des formes diversifiées
de bilinguisme ou de multilinguisme. Le modèle finlandais
présente un intérêt particulier, car il
s’avère l’un des plus performants au
monde.
Le statut des langues en Finlande
La population finlandaise se compose d’une forte majorité de
locuteurs du finnois (92,1 %) et d’une minorité qui
parle le suédois (5,5 %). Dans les faits, le finnois
et le suédois sont les langues officielles de la Finlande.
Cependant, les textes juridiques ne précisent pas leur
statut officiel, mais parlent plutôt des « langues
nationales ».
Par ailleurs, au regard de la loi, le suédois n’est
pas considéré comme une langue minoritaire, mais
plutôt comme l’une des deux langues nationales, dont
les statuts sont égaux, même si la population de
langue suédoise est largement minoritaire. On parle le « suédois
de Suède » dans le Sud, autour d’Helsinski,
et dans les îles d’Äland, et une variété régionale
de suédois, le Finlandssvenska ou « suédois
de Finlande », sur la côte ouest.
Les langues minoritaires reconnues sont le
same, le russe, le tsigane et le tatar. Toutes les autres langues
ont le statut de langues étrangères.
Les instruments juridiques de protection
Parmi les 45 États
bilingues, la Finlande fait partie des 39 pays qui disposent
d’une constitution précisant le statut des langues
nationales ou officielles. L’article 17 de la Constitution
de 2000 énonce que « les langues nationales
de la Finlande sont le finnois et le suédois ».
Cet article précise aussi que « le peuple autochtone
same ainsi que les Rom [Tsiganes] et les autres groupes ont le
droit de conserver et de développer leur langue et leur
culture ».
Seuls 10 des 45 États
bilingues (soit 22,2 % d’entre eux) ont adopté une
ou plusieurs lois linguistiques. Or, l’État finlandais
possède un grand nombre de lois à teneur linguistique,
et ce, depuis 1920. En voici quelques exemples :
- la Loi sur la langue same dans les rapports avec l’Administration (1991),
- la Loi sur la langue same (1992),
- la Loi sur le Parlement (1995),
- la Loi sur les connaissances linguistiques exigées
du personnel dans les organismes publics (2004),
- la nouvelle Loi sur les langues (2004),
- la Charte européenne des langues régionales
ou minoritaires.
Le type de protection choisie en Finlande
La Finlande constitue l’un des rares pays à avoir
choisi une protection linguistique qui se base à la fois
sur le principe des droits personnels et
celui des droits territoriaux.
La protection accordée par l’État finlandais
est fondée sur les droits personnels en ce qui concerne
l’éducation et les institutions relevant du gouvernement
central d'Helsinki, mais sur celui des droits territoriaux pour
ce qui est des municipalités. Ainsi, l’unité de
base des droits linguistiques en Finlande repose sur la municipalité,
dont le statut peut être bilingue ou unilingue.
Le bilinguisme municipal
Selon l’article 5 de la Loi
sur les langues de 2004, une municipalité est
considérée comme bilingue si la minorité de
langue finnoise ou suédoise constitue au moins 8 %
de la population totale ou au moins 3 000 personnes.
Une municipalité est unilingue si la minorité se
compose de moins de 3 000 personnes ou si sa proportion
s’établit en dessous de 6 %.
Ainsi, une municipalité unilingue peut devenir bilingue
et une municipalité bilingue peut devenir unilingue. On
détermine le statut bilingue ou unilingue des municipalités à l’aide
des données du recensement décennal. Lorsqu’une
municipalité perd son statut bilingue, la minorité ne
conserve pas ses droits linguistiques, sauf auprès du
gouvernement central.
En mai 2006, la Finlande comptait 446 municipalités.
Cependant, le gouvernement a entrepris récemment une importante
réforme des structures municipales, qui devrait se prolonger
jusqu’en 2009. Après les fusions municipales, il
pourrait bien ne rester que 90 ou même 50 municipalités.
Dans les municipalités unilingues finnoises,
aucun suédophone ne peut exiger de recevoir des services
municipaux dans sa langue. Il en va de même des locuteurs
du finnois dans les trois communes unilingues suédoises.
Lorsqu’un tribunal est situé dans une municipalité unilingue,
la procédure se déroule dans la langue officielle
de la municipalité.
Dans les municipalités bilingues, le
bilinguisme s’étend à l’administration
locale, aux tribunaux, au commerce, au transport, à la
radio, aux journaux, à la langue de travail, etc. Cependant,
les suédophones se heurtent parfois à la connaissance
déficiente du suédois des fonctionnaires des municipalités
bilingues. Bien que ces derniers doivent en principe connaître
le suédois, leur maîtrise de cette langue est parfois
très rudimentaire.
Lorsqu’un tribunal est situé dans une municipalité bilingue,
la langue du défendeur est employée. Si deux défendeurs
parlent des langues différentes, la cour choisit généralement
la langue de la procédure qui correspond aux droits et
intérêts des parties en cause.
Le bilinguisme institutionnel de la Finlande ne s’applique
pas à la province autonome d’Åland, qui demeure
unilingue suédoise et détient un statut particulier
d’État souverain associé à la Finlande.
Aucun droit linguistique n’est accordé aux locuteurs
du finnois dans les 16 municipalités unilingues suédoises
de cet archipel.
Le bilinguisme gouvernemental
Dans les services gouvernementaux, le bilinguisme est également
de rigueur partout sur le territoire national. En principe, tout
citoyen de langue suédoise est assuré de recevoir
des services dans sa langue, à la condition qu’il
s’agisse d’institutions relevant du gouvernement
central.
En vertu des dispositions constitutionnelles et de la législation
en vigueur, tout le domaine de la législation est bilingue :
les débats au Parlement d’Helsinki ainsi que la
rédaction et la promulgation des lois. Étant donné le
petit nombre de députés suédophones (une
douzaine), le suédois reste peu employé au Parlement.
Les rapports associés aux commissions ou aux comités
ministériels de l’État sont toujours publiés
en finnois, mais ils comportent un résumé en suédois.
L’éducation
Les municipalités, peu importe leur statut bilingue
ou unilingue, doivent se charger de fournir l’éducation
de base en finnois et suédois. Tous les enfants ont le
droit de fréquenter des écoles de la langue de
leur choix, que ce soit à la maternelle, au primaire,
au secondaire ou à l’université. Dans la
plupart des écoles suédoises, on compte une forte
proportion d’élèves de langue finnoise; cette
proportion atteint parfois 80 % autour d’Helsinki, ce qui
entraîne certains problèmes d’ordre pédagogique.
Les langues minoritaires
Par ailleurs, la législation finlandaise a prévu
un certain nombre de mesures spécifiques à l’égard
des Sames et des Tsiganes, ainsi que des dispositions minimales
envers les Russes et les Tatars. La minorité autochtone
same de la province de Laponie bénéficie des mêmes
droits que les suédophones en ce qui concerne les services
gouvernementaux et l’éducation, mais dans les tribunaux,
le personnel peut recourir à l’interprétariat
s’il ne connaît pas le same. Les minorités
reconnues ont droit à leurs propres écoles et leurs
journaux.
Ainsi, la communauté suédoise de Finlande jouit
d’une protection considérable si l’on compare
son statut à celui de la plupart des autres minorités
dans le monde. Ce sont là des droits que l’on pourrait
qualifier d’exceptionnels. Bien que le système ne
soit pas sans failles, le modèle finlandais trouve peu
d’exemples aussi efficaces dans le monde.
Pour en savoir plus…
Sur la Finlande :
Sur les droits linguistiques dans le monde :
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