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Douze pensées sur la langue
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| 1. [traduction]
Je ne savais pas au début qu’il y avait deux langues au Canada. Je pensais
qu’il y avait simplement une manière de parler à mon père et
une autre de parler à ma mère. (I
didn't know at first that there were two languages in
Canada. I just thought that there was one way to speak to my
father and another to talk to my mother.)
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Ce
candide aveu provient de
Louis St-Laurent, le douzième premier ministre du Canada, dont
la mère était d’origine irlandaise et le père francophone. Il paraît
même qu’il se serait seulement rendu compte à son adolescence que
l’usage des deux langues n’était pas pratique courante dans les
autres familles canadiennes. Pas étonnant qu’il ait réussi à obtenir
l’appui et l’admiration des deux groupes linguistiques!
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Louis St-Laurent © Domaine public
Source : Archives nationales du Canada, C-010461 |
| 2. [traduction] Dans un menu mondial, le Canada serait
la vichyssoise des nations : froide, à demi française et
difficile à remuer. (In any world menu, Canada must be
considered the vichyssoise of nations; it’s cold,
half-French, and difficult to stir.) |
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| Peut-être que cette métaphore culinaire préparée par le journaliste
Stuart Keate n’est pas particulièrement propice à stimuler le
patriotisme canadien, mais l’image de la soupe froide fera
assurément sourire.
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| 3.
La tradition latine est à la tradition anglo-saxonne
ce que l’huile est au vinaigre. Il faut les deux pour faire
la sauce, sinon, la salade est mal assaisonnée. |
Et,
tant qu’à être déjà dans la figure de style gastronomique, en voici
une autre! La reine Élisabeth II, en visite en France, parlait dans
cet extrait de l’Angleterre et de la
France, mais
l’image s’applique particulièrement bien au Canada.
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La princesse Élisabeth, trois ans © Domaine public
Source : Time Magazine
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| 4. Quand t’as deux langues, t’as toujours la possibilité de te
cacher dans l’autre.
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Parfois, la langue seconde peut aussi faire office de refuge, comme
en témoigne cet extrait d’une œuvre du dramaturge franco-ontarien
Michel Ouellette.
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5.
[traduction] Bien sûr, un État bilingue est plus
coûteux qu’un État unilingue, mais c’est un État plus riche.
(Of course a bilingual state is more expensive than a
unilingual one — but it is a richer state.) |
Pierre Elliott Trudeau, alors premier ministre du Canada,
peu avant l’adoption de la Loi sur les langues officielles,
répond ainsi du tac au tac aux détracteurs du bilinguisme officiel.
On n’aurait pas pu mieux dire, monsieur Trudeau!
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Pierre Elliott Trudeau
© Archives nationales du Canada
Source : Archives nationales du Canada, C-046600
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6. L’accent,
c'est pas dans la gorge des uns, c'est dans l’oreille des
autres! |
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| Selon le chanteur et écrivain québécois
Plume Latraverse l’accent, c’est comme la beauté : il dépend des
autres. Espérons que ce joli parallèle motivera certains timides et
complexés à faire entendre leur accent, dans leur langue maternelle
comme dans leur langue seconde! |
| 7.
[traduction de Michel Garneau]
Je pense que vous êtes
idiots de parler français […]
Je pense que
vous êtes idiots de parler anglais […]
Rendez-vous
maintenant rendez-vous les uns aux autres
vos plus jolis
aspects inutiles
et vivez avec
moi en cette et d’autres voix
comme les harpes
éoliennes que vous deviez être […]
(I
think you are fools to speak French […]
I think you are
fools to speak English […]
Surrender now
surrender to each other
your loveliest
useless aspects
and live with me
in this and other voices
like the wind
harps you were meant to be […]) |
Ce poème intitulé English and French, du chanteur et écrivain
anglo-montréalais
Leonard Cohen, commence avec une satire cinglante des
francophones et des anglophones, qui fait la part belle aux clichés
liés aux deux groupes linguistiques. Ayant vécu au Québec à une
époque de tensions linguistiques intenses, Leonard Cohen invite les
francophones et les anglophones à aller au-delà de la langue et des
clichés pour trouver une solution pacifique au conflit grâce à la
communication et à la musique.
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Leonard Cohen
par
jonl1973
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| 8.
J’ai tellement peur de commettre un anglicisme qu’il y a des
mots que je dis même plus. Tiens, “apprécier”. Avant,
j’appréciais certaines choses, plus maintenant. J’ose
pas. |
Traducteur, interprète et écrivain franco-ontarien, Daniel Poliquin
a traduit des auteurs célèbres comme Matt Cohen, Mordecai Richler,
Douglas Glover et Jack Kerouac. Dans cet extrait, le protagoniste
souffre de la paranoïa de l’anglicisme, un fléau qui sévit peut-être
plus qu’on ne l’imagine. Si vous avez le goût de recommencer à
apprécier certaines choses dans certaines circonstances, lisez les
bons conseils de l’Office québécois de la langue française. |
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Daniel Poliquin
Source : Étienne Morin, Le Droit. Université d'Ottawa, CRCCF, Fonds Le Droit (C71), Ph92-9-091194POL18.
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| 9.
[traduction] Si vous parlez à un homme dans une
langue qu’il comprend, vous parlez à sa tête. Si vous lui
parlez dans sa langue, vous parlez à son cœur. (If you talk
to a man in a language he understands, that goes to his
head. If you talk to him in his language, that goes to his
heart.) |
On doit cette citation à
Nelson Mandela, ancien président de l’Afrique du Sud et figure
emblématique de la lutte contre l’apartheid. Elle illustre de façon
éloquente le lien étroit qui unit langue et identité, ainsi que le
pouvoir que confère la connaissance de la langue de l’autre.
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Nelson Mandela
par
South Africa The Good News
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| 10.
[traduction] La raison pour laquelle je manipule les
mots anglais si facilement, c’est que ce n’est pas ma propre
langue. Je la façonne autour d’images françaises. (The
reason I handle English words so easily is because it is not
my own language. I refashion it to fit French images.) |
Né aux États‑Unis, le grand écrivain
Jack Kerouac passe les six premières années de sa vie sans
parler anglais, puisqu’il vient d’une famille canadienne-française.
Comme on le voit dans cet extrait, l’apprentissage tardif de
l’anglais et l’influence de sa langue maternelle ont été une source
de créativité pour cet auteur au style unique. |
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Jack Kerouac
par
Tom Palumbo |
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| 11.
Ce
n’est qu’à partir du moment où plus rien n’allait de soi – ni le
vocabulaire, ni la syntaxe, ni surtout le style –, à partir du
moment où était aboli le faux naturel de la langue maternelle,
que j’ai trouvé des choses à dire. Ma
“venue
à l'écriture”
est intrinsèquement liée à la langue française. Non pas que je
la trouve plus belle ni plus expressive que la langue anglaise,
mais étrangère, elle est suffisamment étrange pour stimuler ma
curiosité. |
C’est un peu le même constat que Jack Kerouac que fait
Nancy Huston, une auteure canadienne anglophone qui a publié
plus de livres en français qu’en anglais. La langue seconde instaure
une distance salutaire à l’expression des sentiments, et son « étrangeté »
s’avère propice à l’expérimentation littéraire.
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Nancy Huston par
Elena Torre
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12. Moi, je crois à une langue québécoise. […] Une langue vivante,
en tout cas, une langue d’invention, un français qui explose
dans la bouche pis qui goûte pas juste la feuille de grammaire,
mais qui est ouvert à l’évolution, à l’invention. |
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| Terminons avec une jonglerie de
Fred Pellerin, ce fabuleux conteur de Saint‑Élie‑de‑Caxton,
un village du Québec. Passionné de la langue, Pellerin n’hésite
pas à s’éloigner des règles pour entrecroiser mots inventés,
archaïsmes et jeux de mots de toutes sortes. Le résultat : une
langue riche, poétique et ludique, enfin libérée du carcan des
conventions. À l’écouter, c’est comme si soudain le poids du
Grevisse sur nos épaules se faisait moins lourd. |
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Et vous, quelles sont vos citations préférées sur la langue? Envoyez-nous
les et dites-nous ce qu’elles signifient pour vous et pourquoi elles
ont de l’importance à vos yeux. Nous les publierons dans un prochain
numéro du cyberbulletin.

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