2. Aperçu de la francophonie de Sudbury

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2.1. La population

2.1.1. L’histoire

La communauté francophone de Sudbury est pour une bonne part issue de la migration de familles d’ouvriers canadiens-français dès la création de la ville vers 1882-18833. C’est le déploiement du chemin de fer vers l’Ouest canadien, puis l’exploitation forestière et minière, qui a fait de Sudbury une métropole régionale dans le Nord de l’Ontario. Plusieurs paroisses qui font maintenant partie du Grand Sudbury, comme Azilda, Blezzard Valley et Chelmsford, ont été établies par des Canadiens français et avaient une fonction agricole. Dans ses anciennes délimitations urbaines, Sudbury comptait quelques quartiers francophones dans les paroisses du Moulin-à-fleur et de Sainte-Anne-des-Pins. Aujourd’hui, les francophones ont sept paroisses et sont dispersés dans l’ensemble de la région métropolitaine. La communauté francophone de Sudbury est donc ancrée dans l’histoire et peut être qualifiée de communauté de souche.

2.1.2. La démographie

La population ayant le français comme première langue officielle parlée à Sudbury en 2001 est de 43 245 personnes, en baisse de 3 130 personnes depuis 19964. Cette communauté en situation minoritaire représente ainsi 28,2 p. 100 de la population de Sudbury qui compte 153 560 habitants. Elle représente aussi 8,1 p. 100 de la communauté francophone de l’Ontario5.

2.1.3. La langue

À l’instar d’autres communautés en situation minoritaire, le maintien de la langue constitue un défi pour les francophones de Sudbury. L’indice de continuité linguistique qui compare les personnes qui utilisent le français au foyer (30 498) avec celles qui ont le français comme langue maternelle (47 290) était de 0,64 pour Sudbury en 2001. La grande majorité de ces francophones (94,7 %) parle les deux langues.

2.1.4. L’âge

La population francophone de Sudbury se renouvelle peu : sa composante jeune (0 à 14 ans) représente 15,2 p. 100 de son effectif, alors que sa composante aînée (65 ans et plus) compte pour 14,6 p. 100. À cet égard, elle se compare défavorablement à la majorité anglophone de la ville.

2.1.5. Les origines

Au sein de la population francophone, 11,8 p. 100 des individus sont nés à l’extérieur de la province et 1 p. 100 proviennent d’un autre pays. Par comparaison à la majorité anglophone de Sudbury, la communauté francophone comprend plus d’individus nés dans d’autres provinces ou territoires, mais beaucoup moins issus de l’immigration.

2.1.6. La condition socioéconomique

La ville de Sudbury connaît une situation économique moins favorable que celle de la province : par exemple, le taux de chômage au moment du recensement de 2001 y était de 8,7 p. 100, contre 6,1 p. 100 dans la province6. Comparativement à la majorité anglophone, les francophones de Sudbury sont surreprésentés dans la catégorie « niveau de scolarité bas » et sous-représentés dans la catégorie « niveau de scolarité élevé ». Par contre, ils sont pratiquement à parité pour ce qui est du niveau de revenu. Il faut noter que le contexte socioéconomique a changé depuis 2001 avec l’amélioration du marché du nickel, entre autres. Ce mouvement dans l’industrie minière a sans doute eu un impact positif sur les indicateurs socioéconomiques de la région.

2.2. La capacité organisationnelle

Ayant une longue histoire et constituant une forte minorité dans son contexte urbain, la communauté francophone de Sudbury s’est dotée d’une infrastructure organisationnelle étendue et variée. Les quelques répertoires d’organismes francophones ne s’entendent pas quant à leur nombre. Celui de francoSudbury.com compte près de 75 organismes et l’Annuaire franco-ontarien de l’Office des affaires francophones de l’Ontario en dénombre 114. Leur diversité est si grande qu’on ne saurait en dresser une liste détaillée dans la présente étude.

La plupart des secteurs comptent des associations, des organismes ou des entreprises qui sont sous gouvernance francophone ou, tout au moins, qui offrent des services en français. Il y a ainsi, par exemple, deux conseils scolaires de langue française, l’Université Laurentienne et l’Université de Sudbury, le Collège Boréal, le Centre franco-ontarien de ressources en alphabétisation, des caisses populaires, le Réseau de développement économique et d’employabilité, le Théâtre du Nouvel-Ontario, l’hebdomadaire Le Voyageur, le portail francoSudbury.comSite externe, etc. Dans les quatre secteurs retenus pour cette étude, il y a en outre plusieurs institutions et organismes clés, que nous passerons en revue ci-après.

Malgré cette densité organisationnelle, il reste plusieurs défis à relever sur le chapitre de la coordination collective. Il n’y a pas d’organisme fédérateur ou parapluie regroupant clairement tous les organismes francophones de la communauté de Sudbury. L’Association canadienne-française de l’Ontario du Grand Sudbury est bien implantée depuis plusieurs années, mais son rôle principal consiste à diffuser des informations sur les organismes et les activités francophones. Quant au Carrefour francophone, bien qu’il soit un point de ralliement de la francophonie sudburoise, il n’exerce son influence que sur le plan socioculturel. Des efforts concertés auraient sûrement un plus grand impact sur la vitalité de ces organismes.

Notons enfin que la Loi sur les services en français de l’Ontario adoptée en 1986, fait du district de Sudbury une région désignée bilingue. Bien que la municipalité de Sudbury ne soit pas dotée d’un statut bilingue, elle est membre de l’Association française des municipalités de l’Ontario. Depuis décembre 2006, le drapeau francoontarien flotte en permanence à l’hôtel de ville.

2.3. Les pratiques exemplaires par secteur visé

Dans le cadre de la présente étude, le groupe de travail a cherché à identifier les pratiques exemplaires qui contribuent à renforcer la vitalité de la communauté francophone de Sudbury dans les quatre secteurs retenus. La section qui suit complète l’aperçu de la francophonie de Sudbury en fournissant les pratiques exemplaires les plus saillantes.

2.3.1. La gouvernance communautaire

  • L’Université Laurentienne a créé un modèle de gouvernance bicamérale en vertu duquel ont été institués : i) un poste de vice-rectorat francophone avec les mêmes pouvoirs que celui du vice-rectorat anglophone; ii) le Conseil des programmes en français qui approuve les changements à apporter aux programmes existants et recommande la création de programmes au Comité de la planification académique et au Sénat; iii) des sections linguistiques relativement autonomes dans plusieurs départements.

  • Le Collège Boréal créé en 1994 est un établissement de formation et d’enseignement postsecondaire de langue française. Son siège social est à Sudbury, mais il a aussi des campus dans les centres urbains importants du Nord-Est de l’Ontario, ainsi qu’à Toronto.

  • Les conseils scolaires de langue française établis à la fin des années 1990 gèrent des systèmes d’écoles publiques et séparées aux niveaux élémentaire, intermédiaire et secondaire.

  • Un réseau de caisses populaires et de coopératives complètement francophones a été créé depuis les années 1940 dans la région du Grand Sudbury.

  • Le Carrefour francophone est le principal lieu rassembleur des organismes francophones de Sudbury. Sa vocation artistique et culturelle est complétée par des services à caractère social et éducatif.

  • L’Association canadienne-française de l’Ontario du Grand Sudbury tient mensuellement le dîner de la francophonie qui permet aux militants francophones de se rencontrer et de discuter de leurs projets et de leurs activités.

2.3.2. La santé

2.3.3. L’immigration

  • Le Contact interculturel francophone de Sudbury offre des services d’accueil et d’intégration aux nouveaux arrivants francophones, qu’ils soient immigrants récents ou migrants interprovinciaux. Plus particulièrement, pour ce qui est de l’accueil, il leur fournit des trousses d’orientation, afin de les aider à trouver les services primaires dont ils ont le plus besoin. Au niveau de l’intégration, il organise des activités (par exemple, un club de femmes) et des événements (par exemple, le Cabaret africain tenu une fois l’an), pour faciliter l’intégration de ces nouveaux arrivants (pour la plupart des étudiants) dans le milieu. Le Contact interculturel francophone de Sudbury est le seul organisme désigné et reconnu par la communauté francophone de Sudbury comme pourvoyeur de services pour les immigrants francophones. L’organisme travaille ainsi de près avec Immigration Canada en vue d’établir un guichet unique pour les nouveaux arrivants.

2.3.4. L’accès aux services gouvernementaux

  • La région du Grand Sudbury est désignée bilingue en vertu de la Loi sur les services en français et a donc la responsabilité d’offrir une gamme de services dans les deux langues.

  • Le ministère du Développement du Nord et des Mines de l’Ontario est décentralisé à Sudbury et est plus à l’écoute des besoins de la communauté francophone que les organismes centraux de la capitale.

  • La Ville de Sudbury, même si elle ne se reconnaît pas le statut de ville bilingue, offre à ses citoyens un éventail de services en français.

  • Le Réseau de développement économique et d’employabilité a créé une table de concertation qui réunit les acteurs de la communauté et les organismes gouvernementaux de développement économique de la région nord de l’Ontario.

  • La région nord de l’Ontario est désignée bilingue par le gouvernement fédéral en vertu de la Loi sur les langues officielles du Canada.

  • FedNor a récemment créé un poste de coordonnateur des langues officielles.

  • Des fonctionnaires perfectionnent leur français de diverses façons, en particulier avec le club Toastmasters qui réunit plusieurs individus de la région issus de la majorité.

Notes

3 Sudbury : une communauté fragile malgré le dynamisme de ses institutions.

4 Les données qui suivent couvrent la division de recensement no 53 (Grand Sudbury) en Ontario et sont puisées dans Faits saillants : profils des communautés de langue officielle en situation minoritaire.

5 On trouvera un profil complet et à jour de la communauté francophone de Sudbury agrégée à la région nord-est dans le Deuxième Rapport sur la santé des francophones de l’Ontario de Louise Picard et Gratien Allaire.

6 Sudbury : une communauté fragile malgré le dynamisme de ses institutions, 2005, p. 11.

7 Louise Picard et Gratien Allaire, Deuxième Rapport sur la santé des francophones de l’Ontario, 2005.

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