V. Conclusion
Page 7 de 9
En ce début du XXIe siècle, l’immigration est le facteur qui contribue le plus à la croissance réelle de la population canadienne; environ la moitié de la croissance de la population des quinze dernières années est attribuable à l’immigration.
Traditionnellement, l’immigration a contribué à alimenter la population anglophone, tandis que la croissance de la population francophone a surtout été le fruit de l’accroissement naturel. Mais avec la chute du taux de natalité survenu chez les francophones vers le début des années 1960, l’immigration a désormais pris de l’importance pour la croissance de la population francophone aussi. Les initiatives du gouvernement du Québec qui ont suivi sont un exemple de comment une politique de l’immigration peut favoriser l’épanouissement démographique des collectivités linguistiques : de 1968 à 1999, la province a accueilli quelque 310 000 immigrants francophones. Les immigrants francophones continueront sans nul doute à jouer un rôle important dans le ressourcement démographique de la population francophone du Québec.
Hors Québec, les francophones vivant en situation minoritaire doivent non seulement composer eux aussi avec un faible taux de natalité, mais aussi avec un fort taux de transfert linguistique vers l’anglais qui rend leur situation d’autant plus précaire. Selon le recensement de 1996, 31,3 % des personnes hors Québec pour qui le français était la première langue qu’elles avaient apprise et qui le comprenaient encore avaient effectué ce transfert, c’est-à-dire que l’anglais était la langue qu’elles utilisaient maintenant le plus souvent à la maison (30,1 % au recensement précédent). Bien que la situation varie d’une communauté à l’autre, l’immigration est un élément de ressourcement démographique tout aussi important pour les communautés francophones hors Québec qu’il ne l’est pour la communauté majoritaire.
Les données présentées au chapitre II font ressortir un écart important entre le nombre d’immigrants francophones et le nombre d’immigrants anglophones : 3,6 % des immigrants ne parlant que le français, contre 78,8 % des immigrants ne parlant que l’anglais. La hausse du pourcentage d’immigrants ne parlant que le français à leur arrivée au Canada (par rapport à ceux ne parlant que l’anglais) constatée depuis 1961 est attribuable au recrutement d’immigrants francophones de la part du gouvernement québécois. Contrairement au Québec, le gouvernement fédéral ne prend aucune mesure directe pour recruter des immigrants francophones à l’étranger. CIC pourrait en faire beaucoup plus à cet égard : le ministère devrait établir des cibles afin d’augmenter le nombre d’immigrants francophones qui s’installent ailleurs qu’au Québec et évaluer chaque année les progrès réalisés. Les règlements et politiques gouvernementaux devraient contribuer à l’atteinte de ces objectifs.
La situation des communautés anglophones du Québec est différente. Si l’immigration a contribué à leur croissance, elles sont affligées par un taux très défavorable de migration interprovinciale, ce qui s’est traduit par un important déclin de leur population entre 1971 et 1986. La plupart des immigrants anglophones s’établissent à Montréal, où la communauté anglophone est multi-ethnique. La rétention des nouveaux arrivants constitue le principal défi auquel les communautés anglophones sont confrontées. Il importe de donner aux organisations communautaires les moyens de contrer le phénomène de forte migration interprovinciale en créant chez les immigrants un sentiment d’appartenance à la communauté.
Les communautés de langue officielle éprouvent par ailleurs des problèmes sur le plan de l’établissement et de l’intégration. En effet, la capacité des communautés de langue officielle à intégrer les immigrants francophones qui décident de s’installer ailleurs qu’au Québec est souvent très faible. Comme l’a fait observer en 1996 le Commissaire aux langues officielles dans un rapport qui proposait un plan d’action de mise en oeuvre de la partie VII de la Loi sur les langues officielles, les communautés de langue officielle, exception faite des anglophones de Montréal, n’ont bien souvent pas les ressources qu’il faut pour se doter des institutions et des structures nécessaires pour aider les immigrants à s’adapter à leur nouvel environnement. La présente étude vient confirmer cette constatation et va plus loin en suggérant que les communautés de langue officielle ont besoin de l’appui du gouvernement fédéral à toutes les phases du processus, soit de celle de la planification initiale à celles de l’établissement et de l’intégration. Il faut sans contredit trouver le moyen de joindre les immigrants francophones hors Québec qui ne savent peut-être pas qu’il existe des institutions francophones et que de nombreux services sont offerts en français. L’intégration est un processus à deux sens qui implique un changement d’identité tant pour les nouveaux arrivants que pour la communauté d’accueil.


