IV. Les anglophones au Québec : Immigration et épanouissement
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A. Immigration et démographie
De 1945 à 1970, la croissance de la communauté anglophone était principalement attribuable à l’arrivée d’immigrants européens qui, pour la plupart, adoptaient la langue anglaise et étaient intégrés, en partie du moins, par les institutions de langue anglaise. La population anglophone a énormément bénéficié de l’arrivée des enfants immigrants, dont la grande majorité a fréquenté les écoles de langue anglaise. En raison du nouveau profil de l’immigration qui est apparu au début des années 1970 et de l’adoption de la Charte de la langue française, qui rendait désormais obligatoire la fréquentation des écoles de langue française par les enfants des nouveaux immigrants, l’immigration est devenue une source de moins en moins importante de croissance pour la communauté anglophone. Depuis le transfert des services de sélection et d’intégration des immigrants au gouvernement du Québec, la communauté anglophone a joué un rôle très limité dans l’insertion des immigrants.
Entre 1996 et 2000, les immigrants au Québec pour qui l’anglais était la seule langue officielle parlée représentaient environ 20 % de l’immigration provinciale totale. Cette proportion dépasse le pourcentage de la population de langue maternelle anglaise du Québec, qui représente un peu moins de 10 % de la population. La grande majorité s’installant dans la région de Montréal, le pourcentage de l’immigration par rapport à la population anglophone de Montréal est encore plus élevé. Il serait bon d’examiner si davantage d’immigrants anglophones aimeraient s’établir dans des régions à l’extérieur de Montréal, dont les communautés pourraient profiter d’un tel apport.
La présence d’immigrants dans la communauté anglophone se reflète dans les transferts linguistiques de personnes dont la langue maternelle n’est ni l’anglais ni le français. En 1996, plus de 700 000 personnes déclaraient ne parler que l’anglais à la maison, malgré le fait que l’anglais était la langue maternelle de seulement 586 000 personnes. Si l’on tient compte des personnes qui parlent l’anglais à la maison parmi les personnes qui déclarent parler les deux langues, la population anglophone se chiffre à près de 820 000 personnes. Et si l’on tient compte de la première langue officielle parlée (PLOP), cette population passe à 900 000 personnes.
1. Connaissance des langues officielles
Dans les années 1970, la proportion d’immigrants ne parlant que le français dépassait de beaucoup celle d’immigrants ne parlant que l’anglais. Le profil de la connaissance des langues officielles est demeuré relativement stable au cours des dernières années, un peu plus du quart des arrivants ayant déclaré ne parler que le français, près du cinquième ayant déclaré ne parler que l’anglais et environ le sixième ayant déclaré parler les deux langues officielles. Pour tenter d’attirer plus de francophones au Québec, le gouvernement de la province combine le nombre et le pourcentage d’immigrants qui ne parlent que le français et ceux des immigrants qui parlent à la fois le français et l’anglais. Le nombre d’immigrants qui parlent le français a augmenté entre 1997 et 2000, et celui des nouveaux arrivants qui parlent l’anglais a lui aussi augmenté. De fait, la majorité des immigrants qui s’établissent au Québec connaissent l’anglais.
Entre la fin des années 1980 et le début des années 1990, il est arrivé un nombre accru de candidats potentiels pour la communauté anglophone. Cela est dû non pas à l’augmentation du pourcentage de l’immigration anglophone, mais plutôt à l’augmentation du nombre total d’immigrants arrivés au Québec durant cette période. Au milieu des années 1970, la population anglophone était plus nombreuse et le nombre de candidats potentiels plus faible. Une décennie plus tard, la population anglophone est moins nombreuse et elle reçoit le double du nombre d’immigrants anglophones. L’immigration a donc une incidence beaucoup plus importante sur la communauté qu’il y a deux décennies. On observe cependant ces dernières années une baisse du nombre réel d’immigrants qui connaissaient l’anglais à leur arrivée (en moyenne 28 000 personnes par année entre 1995 et 1999, contre 45 000 personnes en moyenne durant les cinq années précédentes). On peut observer au tableau 23 que la proportion d’immigrants pour qui l’anglais était la seule langue officielle parlée à l’arrivée a diminué, passant d’environ 23 % à 20 %.
2. Langue maternelle/Première langue officielle parlée/Enracinement
La plupart des immigrants arrivant au Québec n’ont pour langue maternelle ni le français ni l’anglais; en effet, de 1996 à 2000, environ 85 % des nouveaux arrivants étaient des allophones. En 2000, environ 13,5 % des immigrants avaient le français pour langue maternelle, et environ 2,5 % des immigrants (contre 3,8 % en 1996) avaient l’anglais pour langue maternelle. Quant à la première langue officielle parlée, le tableau 24 montre que de 1991 à 1996, plus du tiers des immigrants parlaient l’anglais à leur arrivée.
Que l’anglais soit leur langue maternelle ou la première langue officielle parlée (PLOP), les immigrants forment une part appréciable de la communauté anglophone du Québec. Comme on peut le constater au tableau 25, les immigrants constituent quelque 28 % des anglophones du Québec pour qui l’anglais est la PLOP et près de 15 % de ceux pour qui l’anglais est leur langue maternelle.
| Années | Total | Anglais | Français | Français et anglais | Ni l’un ni l’autre |
|---|---|---|---|---|---|
| Avant 1961 | 113 870 (17,6 %) | 34 860 (25,6 %) | 19 255 (10,9 %) | 54 270 (17,6 %) | 5 485 (12,7 %) |
| 1961-1970 | 109 510 (17,0 %) | 22 000 (16,1 %) | 22 560 (12,8 %) | 57 840 (18,7 %) | 7 105 (16,5 %) |
| 1971-1980 | 132 370 (20,5 %) | 20 820 (15,3 %) | 33 825 (19,2 %) | 71 050 (23,0 %) | 6 675 (15,5 %) |
| 1981-1990 | 137 830 (21,3 %) | 26 515 (19,4 %) | 47 845 (27,1 %) | 73 240 (23,7 %) | 10 235 (23,7 %) |
| 1991-1996 | 150 915 (23,4 %) | 32 755 (24,0 %) | 52 740 (29,9 %) | 51 845 16,8 %) | 13 570 31,5 %) |
| Total | 644 495 | 136 950 | 176 220 | 308 250 | 43 075 |
| Source : Statistique Canada, Recensement du Canada, 1996. | |||||
| Années | Total | Anglais seulement | Français et anglais |
|---|---|---|---|
| 1991-1995 | 200 258 | 46 293 (23,1 %) | 27 937 (13,9 %) |
| 1996-2000 | 145 619 | 28 841 (19,8 %) | 20 297 (13,9 %) |
| Source: Statistique Canada, Recensement du Canada, 1996. | |||
| Années | Nombre total d’immigrants parlant une langue officielle | Nombre d’immigrants dont la PLOP est l’anglais | % |
|---|---|---|---|
| Total | 664 495 | 275 000 | 41,4 |
| Avant 1961 | 113 870 | 66 510 | 58,8 |
| 1961-1970 | 109 510 | 50 800 | 46,6 |
| 1971-1980 | 132 370 | 50 500 | 38,2 |
| 1981-1990 | 157 830 | 55 400 | 35,2 |
| 1991-1996 | 150 910 | 53 250 | 35,5 |
| Source : Statistique Canada, Recensement du Canada, 1996. | |||
| Statut | PLOP Anglais | Langue maternelle Anglais | PLOP Anglais et français | Langue maternelle Anglais et français |
|---|---|---|---|---|
| Total | 842 105 | 602 865 | 167 460 | 56 345 |
| Non-immigrants | 603 665 | 514 485 | 57 960 | 51 145 |
| (71,6 %) | (85,6 %) | (34,6 %) | (90,8 %) | |
| Nés dans la province de résidence | 492 345 | 410 245 | 54 320 | 44 780 |
| (58,4 %) | (68,3 %) | (32,5 %) | (79,5 %) | |
| Nés hors de la province de résidence | 111 320 | 104 240 | 3 645 | 6 365 |
| (13,2 %) | (17,3 %) | (2,1 %) | (11,3 %) | |
| Immigrants | 223 855 | 83 670 | 105 430 | 4 940 |
| (28,4 %) | (14,4 %) | (63,1 %) | (8,7 %) | |
| Source : Statistique Canada, Recensement du Canada, 1996. | ||||
Principales constatations se dégageant des données
- De 1945 à 1970, la croissance de la communauté anglophone était principalement attribuable à l’arrivée d’immigrants européens.
- Entre 1996 et 2000, les immigrants au Québec pour qui l’anglais était la seule langue officielle parlée représentaient environ 20 % de l’immigration provinciale totale.
- Dans les années 1970, la proportion d’immigrants ne parlant que le français dépassait de beaucoup celle d’immigrants ne parlant que l’anglais. Selon des données récentes, un peu plus du quart des arrivants ont déclaré ne parler que le français, près du cinquième a déclaré ne parler que l’anglais et environ le sixième a déclaré parler les deux langues officielles.
- Le nombre d’immigrants qui ne parlaient que l’anglais à l’arrivée a diminué au cours des années 1990.
- Au Québec, plus d’un anglophone sur quatre est un immigrant.
3. Répartition : Montréal et le reste du Québec
Durant la période allant de 1991 à 1996, on a connu une hausse de la concentration des immigrants anglophones dans la région de Montréal et une diminution de la proportion des nouveaux arrivants s’installant dans le reste du Québec. La répartition des immigrants anglophones diffère très peu de la répartition des autres immigrants dans la province. Les immigrants qui s’établissent à l’extérieur de Montréal se retrouvent, pour la majeure partie, à Laval et dans la Montérégie. Dans ces deux régions, la proximité géographique de Montréal et la masse critique d’anglophones se traduisent par un tissu institutionnel d’une densité appréciable. Dans les Laurentides, à Québec, en Outaouais et en Estrie, la situation est différente, car on y observe un nombre réduit d’immigrants et un degré moindre d’organisation de la communauté anglophone.
4. Catégories d’immigrants
Le tableau 27 montre que la langue parlée par les immigrants de la catégorie affaires ne connaissant qu’une seule langue à leur arrivée est plus souvent l’anglais que le français. Parmi les immigrants de la catégorie affaires, environ 7,5 % ne connaissaient que l’anglais et un peu plus de 4 % ne connaissaient que le français à leur arrivée. C’est parmi les immigrants ne parlant ni l’une ni l’autre des langues officielles que l’on trouve le pourcentage le plus élevé d’immigrants de la catégorie affaires.
Les immigrants qui ne parlent que l’anglais ou qui parlent à la fois le français et l’anglais à leur arrivée ont tendance à posséder un niveau de scolarité plus élevé que ceux qui ne parlent que le français à leur arrivée. Parmi les immigrants arrivés en 1990 et en 1995 qui ne parlaient que l’anglais, 23 % et 27 % respectivement détenaient un diplôme universitaire. Le pourcentage était même plus élevé en 1995 parmi les immigrants ayant déclaré connaître les deux langues officielles à leur arrivée. Parmi les immigrants accueillis au cours de ces mêmes années et qui ne parlaient que le français à leur arrivée, moins d’une personne sur six détenait un diplôme universitaire.
| Province de Québec | Communauté urbaine de Montréal | Reste du Québec | |
|---|---|---|---|
| Nombre total d’immigrants par période d’immigration | 83 670 | 58 690 (70,2 %) | 24 980 (29,8 %) |
| Avant 1961 | 19 495 | 12 450 (64,1 %) | 7 045 (35,9 %) |
| 1961-1970 | 17 215 | 11 640 (67,6 %) | 5 575 (32,4 %) |
| 1971-1980 | 19 770 | 13 640 (69,2 %) | 6 130 (30,8 %) |
| 1981-1990 | 15 730 | 11 600 (73,8 %) | 4 130 (26,2 %) |
| 1991-1996 | 11 460 | 9 360 (82,1 %) | 2 100 (17,9 %) |
| Source : Statistique Canada, Recensement du Canada, 1996. | |||
| Catégorie | Indépendants | Affaires | Famille | Réfugiés | Total | ||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Français seulement | 17 633 (34,5 %) | 1 618 (10,1 %) | 8 735 (22,3 %) | 11 032 (29,0 %) | 39 018 | ||||
| Français et anglais | 14 542 (28,4 %) | 639 (4,0 %) | 3 068 (7,8 %) | 2 048 (5,3 %) | 20 297 | ||||
| Anglais seulement | 8 491 (16,6 %) | 2 121 (13,2 %) | 8 408 (21,5 %) | 9 821 (25,8 %) | 28 841 | ||||
| Ni l’un ni l’autre | 10 677 (20,9 %) | 11 904 (74,3 %) | 19 568 (50,1 %) | 15 314 (40,2 %) | 57 463 | ||||
| Total | 51 4343 | 16 282 | 39 779 | 38 215 | 145 619 | ||||
| Source : MRCI, Tableaux sur l’immigration au Québec 1996-2000, mars 2001. | |||||||||
5. Origines
Contrairement aux minorités francophones du reste du Canada, la population anglophone du Québec jouit d’une expérience appréciable en matière d’intégration des membres des communautés ethnoculturelles. Les pays sources des immigrants anglophones ont considérablement changé au cours des trente dernières années. Ces derniers proviennent de plus en plus des Caraïbes, des Bermudes, d’Asie et du Moyen-Orient. Cette évolution a modifié de façon appréciable la composition de la communauté anglophone.
Dans l’ensemble, près de la moitié des immigrants anglophones du Québec viennent de pays où les nouveaux arrivants sont généralement considérés dans le recensement comme membres de minorités visibles. Dernièrement, le nombre d’immigrants anglophones issus de minorités visibles a encore augmenté. Durant la période allant de 1991 à 1996, ces immigrants représentaient près des trois quarts de tous les immigrants dont la première langue officielle parlée est l’anglais.
La diversification croissante des pays sources d’immigrants qui s’intègrent à la population anglophone contribuera probablement à accroître la dimension ethnoraciale de la communauté anglophone. Comme le montre le tableau 28, en 1996, plus de 10 % de la population québécoise de langue maternelle anglaise faisait partie des minorités visibles, et ce pourcentage atteignait 15 % à Montréal. Lorsque le critère employé est la première langue officielle parlée, la proportion des membres de minorités visibles passe à 23 % environ pour la population anglophone de Montréal et à un peu plus de 18 % pour la province de Québec. Au recensement de 2001, les membres des minorités visibles représenteront probablement entre un quart et un tiers de la population montréalaise dont la première langue officielle parlée est l’anglais. Il ne fait aucun doute que cela aura une grande incidence sur la manière dont se définit la communauté et sur ses besoins institutionnels futurs.
| Province de Québec | Montréal | |
|---|---|---|
| Total - Langue maternelle anglaise | 586 430 | 426 600 |
| Total - Minorités visibles | 62 585 (10,6 %) | 60 015 (14,0 %) |
| Noirs | 34 430 (5,8 %) | 33 335 (7,8 %) |
| Sud-asiatiques | 10 080 (1,7 %) | 9 705 (2,2 %) |
| Chinois | 3 955 (0,7 %) | 3 660 (0,8 %) |
| Source : Statistique Canada, Recensement du Canada, 1996. | ||
Principales constatations se dégageant des données
- Durant la période allant de 1991 à 1996, on a connu une hausse de la concentration des immigrants anglophones dans la région de Montréal et une diminution de la proportion des nouveaux arrivants s’installant dans le reste du Québec.
- La langue parlée par les immigrants de la catégorie affaires ne connaissant qu’une seule langue à leur arrivée est plus souvent l’anglais que le français.
- Dans l’ensemble, près de la moitié des immigrants anglophones du Québec viennent de pays où les nouveaux arrivants sont identifiés comme étant membres de minorités visibles au Canada.
- Près du quart des anglophones de Montréal appartiennent à une minorité visible.
B. Mobilité
1. Emploi et revenu
Les immigrants au Québec qui connaissaient soit l’anglais seulement, soit le français et l’anglais avaient assez bien réussi leur intégration économique. Ainsi, le suivi des immigrants effectué entre 1980 et 1995 révèle que le taux de chômage parmi ceux qui ne connaissaient que l’anglais à leur arrivée était le moins élevé de tous les groupes linguistiques. Le taux de personnes touchant des prestations d’aide sociale était presque aussi faible dans ce groupe que dans le groupe des immigrants qui connaissaient à la fois le français et l’anglais à leur arrivée. Une bonne partie de cette réussite est attribuable au profil des immigrants qui ne parlaient que l’anglais à leur arrivée, notamment durant la période allant de 1980 à 1990. Selon une étude réalisée par le Conseil de la langue française du Québec, au moins 80 % des immigrants de langue maternelle anglaise utilisent principalement l’anglais au travail alors que plus de 10 % y utilisent principalement le français (Béland, 1999).
En somme, l’expérience des immigrants anglophones est assez semblable à celle de la communauté anglophone en général pour ce qui est du lieu de travail. Cependant, lorsqu’on interroge les immigrants et les non-immigrants sur l’appui offert aux anglophones pour apprendre le français, les deux groupes expriment des inquiétudes. Dans une enquête générale sur les attitudes des anglophones du Québec, plus de la moitié des non-immigrants se sont dit satisfaits, tandis que seulement un peu plus du tiers des immigrants anglophones se sont dits satisfaits de cet appui. Toutefois, la principale différence est la mesure dans laquelle les immigrants anglophones déclarent ne pas avoir appris le français (voir le tableau 29).
| Né au Canada (%) | Né à l’étranger (%) | |
|---|---|---|
| Oui | 39 | 28 |
| Plus ou moins | 10 | 8 |
| Non | 44 | 32 |
| N’a pas appris le français | 6 | 30 |
| Ne sait pas ou refuse de répondre | 1 | 2 |
| Source : Sondage CROP-Missisquoi des anglophones, 2000. | ||
2. Transfert linguistique
Le transfert linguistique, c’est-à-dire le fait de parler le français à la maison au lieu de la langue maternelle anglaise, est peu fréquent chez les immigrants au Québec. Seuls 6 % de ces immigrants ont effectué un transfert linguistique, ce qui est légèrement inférieur au pourcentage global de transfert linguistique chez les non-immigrants de langue maternelle anglaise. Toutefois, ces transferts linguistiques sont compensés par les transferts du français vers l’anglais effectués par les immigrants de langue maternelle française. Il est à noter que ces transferts du français vers l’anglais sont depuis peu à la baisse parmi les immigrants. Plus de la moitié des quelque 4 700 immigrants de langue maternelle anglaise qui parlent aujourd’hui le français à la maison viennent des États-Unis.
3. Migration interprovinciale
Les facteurs qui incitent les immigrants anglophones du Québec à changer de province sont essentiellement les mêmes que ceux qui motivent la population anglophone en général.
Nous avons indiqué auparavant que depuis 1980, le Québec a perdu au profit des autres provinces près du quart de tous les immigrants qui ne parlaient que l’anglais à leur arrivée (perte nette). Comme le montre le tableau 31, les immigrants se disent davantage motivés à déménager pour des questions d’études et de débouchés économiques, alors que les anglophones non immigrants invoquent plus souvent des considérations politiques. Les immigrants anglophones sont plus nombreux à invoquer la discrimination comme étant un facteur incitant à quitter la province.
| Nombre de transferts | Taux de transfert (%) | |
|---|---|---|
| Avant 1951 | 475 | 5,9 |
| 1951-1960 | 590 | 5,9 |
| 1961-1965 | 340 | 6,2 |
| 1966-1970 | 470 | 4,7 |
| 1971-1975 | 720 | 6,8 |
| 1976-1980 | 595 | 7,7 |
| 1981-1985 | 400 | 6,7 |
| 1986-1990 | 515 | 6,6 |
| 1991-1996 | 570 | 6,2 |
| Total | 4 685 | 6,2 |
| Source : Statistique Canada, Compilation spéciale,1996. | ||
| Raisons | Nés au Canada (%) | Nés à l’étranger (%) |
|---|---|---|
| Études | 7 | 13 |
| Débouchés économiques | 24 | 31 |
| Politique | 26 | 15 |
| Sentiments de discrimination | 5 | 15 |
| Raisons familiales | 13 | 11 |
| Retraite | 3 | 4 |
| Autre / Aucune raison | 22 | 10 |
| Source : Sondage CROP-Missisquoi des anglophones, 2000. | ||
Les institutions anglophones seraient peut-être plus à même de retenir les immigrants anglophones au Québec si on leur fournissait les mécanismes pour ce faire. La perception que les immigrants anglophones ont de la société québécoise avant leur arrivée est un autre facteur qui mérite notre attention. Selon un sondage réalisé par SOM/La Presse/Radio-Canada, environ la moitié des anglophones qui ont choisi de s’établir au Québec ne voyaient aucune différence entre le Québec et le reste du Canada. Peu de temps après leur arrivée, quelque 80 % d’entre eux avaient changé d’avis : environ le tiers pour le mieux et le tiers pour le pire. Autre fait intéressant, environ 80 % des anglophones disent avoir fait des efforts pour se rapprocher de la population francophone (SOM/La Presse/Radio-Canada, octobre 2001).
Principales constatations se dégageant des données
- Le suivi des immigrants effectué entre 1980 et 1995 révèle que le taux de chômage parmi ceux qui ne connaissaient que l’anglais à leur arrivée était le moins élevé de tous les groupes linguistiques.
- Le transfert linguistique est peu fréquent chez les immigrants de langue maternelle anglaise au Québec. Seuls 6 % de ces immigrants ont effectué un transfert linguistique.
- Les immigrants anglophones du Québec se disent davantage motivés à déménager pour des questions d’études et de débouchés économiques, alors que les anglophones non immigrants invoquent plus souvent des considérations politiques.
- La communauté anglophone du Québec est devenue de plus en plus multi-ethnique au fil des trente dernières années, car les pays sources d’immigrants anglophones ont considérablement changé.
4. Le rôle de la communauté dans l’intégration et la rétention des immigrants
D’un point de vue qualitatif, on pourrait avancer que la population anglophone, surtout celle de la région de Montréal, a toujours bénéficié et continue de bénéficier d’un tissu institutionnel d’une densité appréciable. Cependant, les importants changements démographiques qui ont touché la communauté ont modifié ses besoins en matière d’institutions. La plupart des établissements de langue anglaise ne visent pas à intégrer les nouveaux immigrants. En raison des dispositions de la Charte de la langue française en matière d’éducation, les écoles de langue anglaise ne se concentrent plus sur l’intégration des immigrants. Il existe cependant un certain nombre d’organismes sociaux autour desquels gravitent les immigrants anglophones.
C. Les plans d’action de CIC et les anglophones du Québec
CIC a recommandé dans ses plans d’un certain nombre d’initiatives en ce qui concerne les obligations relatives à l’article 41 de la Loi sur les langues officielles dans le cas des anglophones du Québec, dont les suivantes.
- Continuer de collaborer avec les organisations qui représentent la minorité linguistique du Québec et de leur communiquer l’information du ministère.
- Faire mieux connaître aux collectivités minoritaires de langue officielle le programme de citoyenneté et d'immigration du ministère.
- Participer aux travaux de groupes consultatifs mixtes composés entre autres de membres d’organisations représentant la minorité anglophone du Québec.
- Établir des objectifs avec le Comité régional de gestion relativement à la partie VII de la Loi sur les langues officielles.
- Consulter les représentants des diverses organisations qui représentent la collectivité anglophone du Québec au sujet de questions d’intérêt commun.
- Mieux comprendre les objectifs communs, déterminer les voies à suivre pour accroître la collaboration et concevoir des projets pour les trois prochaines années.
Afin d’assurer l’intégration harmonieuse des immigrants dans la communauté anglophone du Québec, CIC doit veiller à ce que ses plans d’action soient mis en œuvre avec efficacité.
Discussion/Incidence sur les politiques
Les données démographiques exposées au présent chapitre font ressortir le rôle critique que joue l’immigration dans le ressourcement des communautés anglophones du Québec. En effet, elles permettent de constater qu’un très grand nombre d’anglophones ne sont pas nés au Canada et que la proportion d’immigrants anglophones au Québec dépasse celle de la population anglophone du Québec dans son ensemble. La très grande partie de ces immigrants s’établissent à Montréal, où la communauté anglophone est multi-ethnique et possède une grande expérience de l’intégration des immigrants anglophones. Dans les Laurentides, à Québec, en Outaouais et en Estrie, la situation est différente, car on y observe un nombre réduit d’immigrants et un degré moindre d’organisation de la communauté anglophone.
Les immigrants anglophones s’en sont relativement bien tirés au plan économique. Par ailleurs, les données suggèrent que le bilinguisme est valorisé en milieu de travail et que de nombreux immigrants québécois déclarent connaître les deux langues officielles. Il demeure que les immigrants anglophones trouvent l’enseignement du français inadéquat.
Le problème de la rétention des nouveaux arrivants constitue le principal obstacle à l’épanouissement de la communauté anglophone par l’immigration. En effet, il y a un fort taux de migration interprovinciale chez les immigrants anglophones, et il importe de donner aux organisations communautaires les moyens de contrer ce phénomène en créant chez les immigrants un sentiment d’appartenance à la communauté.


