III. Les francophones au Canada
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A. Les immigrants et la démographie des communautés de langue officielle
Lorsqu’il s’agit de prédire l’incidence des gestes posés par les gouvernements sur les communautés de langue officielle, il peut être utile d’identifier les secteurs où les politiques sur l’immigration et sur les langues convergent et à quel degré il y a des recoupements. Les conditions démographiques sont sans l’ombre d’un doute l’une des facettes les plus importantes à considérer lorsqu’on désire évaluer la situation des communautés de langue officielle. Une autre facette dont il faut tenir compte est celle de la qualité de vie, soit celle du bien-être institutionnel de la communauté ou, pour reprendre les termes du sociologue Raymond Breton, « institutional completeness » (intégralité institutionnelle). Si certains analystes mettent l’accent sur le nombre de personnes appartenant à un groupe linguistique donné (importance numérique), d’autres se préoccupent davantage de la proportion que cette communauté linguistique représente dans la population totale de la municipalité/métropole, de la province ou du pays (poids démographique).
L’importance numérique et le poids démographique d’une communauté de langue officielle comptent pour beaucoup dans l’élaboration de certaines politiques gouvernementales et souvent lorsqu’il s’agit de déterminer l’étendue et le type de services qui lui seront offerts. Pour cette raison, les leaders communautaires sont très intéressés à connaître le nombre total de personnes appartenant à la communauté.
Or, ce nombre peut varier selon les critères d’appartenance utilisés par l’analyste. Aux fins de l’analyse de l’incidence de l’immigration sur les communautés de langue officielle, nous avons utilisé ici les catégories linguistiques suivantes.
- La connaissance des langues officielles a servi à déterminer la contribution de l’immigration à l’état général de la langue française.
- La première langue officielle parlée a servi à déterminer la taille de la communauté; dans les situations où les répondants ont déclaré les deux langues officielles, on a procédé à une distribution égale de ces personnes entre les populations francophone et anglophone.
- La langue maternelle a servi à examiner la répartition des immigrants francophones de même que leur incidence sur la composition de la communauté.
1. Connaissance des langues officielles chez les immigrants
Tandis que CIC mesure la connaissance des langues officielles au moment de l’arrivée, Statistique Canada étudie l’état de ces connaissances au moment du recensement. Ainsi, les données de Statistique Canada nous permettent de savoir dans quelle mesure l’immigrant a appris une langue officielle entre le moment de son arrivée et le moment du recensement.
| 1991-1995 | 1996-2000 | |
|---|---|---|
| Immigration totale | 1 175 821 | 1 033 346 |
| Français | 58 587 (5,3 %) | 46 490 (4,6 %) |
| Français et anglais | 42 531 (3,8 %) | 36 702 (3,6 %) |
| Source : Citoyenneté et Immigration Canada, Faits et chiffres, 1991-2000. | ||
Le tableau 1 nous permet de voir dans quelle mesure les immigrants ont déclaré connaître le français à leur arrivée. La baisse du nombre d’immigrants connaissant le français constatée pour la période 1996-2000 va de pair avec l’affaiblissement des taux annuels d’immigration de la fin des années 1990; par contre, il y a également une baisse de la proportion d’arrivants connaissant le français, notamment de la proportion d’immigrants ne connaissant que cette langue.
Le tableau 2 permet d’examiner les fluctuations observées dans le nombre d’immigrants arrivés au pays entre 1961 et 1996 qui possèdent aujourd’hui une connaissance du français et/ou de l’anglais. L’écart par rapport aux données du tableau 1 s’explique principalement par les personnes qui ont déclaré ne connaître que le français à leur arrivée qui ont depuis appris l’anglais, les immigrants anglophones au Québec qui ont depuis appris le français et tous les allophones qui, surtout au Québec, ont depuis appris le français. Les données publiées par Statistique Canada indiquent que le pourcentage d’immigrants qui ne connaissaient que le français s’est accru entre 1961 et 1991 de près de 50 % dans chacune des décennies visées. Le pourcentage d’immigrants qui ne connaissaient que le français a progressé de façon constante entre 1961 et 1996 (passant de 2,9 % à 5,4 %), une situation largement attribuable aux efforts déployés par le Québec pour recruter de tels immigrants. Lorsqu’on inclut les immigrants ayant déclaré connaître les deux langues officielles, le pourcentage d’immigrants connaissant le français grimpe aux environs de16 % et 17 % pour la période allant de 1961 à 1991. En fait, malgré les points supplémentaires accordés en 1986 pour la connaissance des langues officielles, la proportion d’immigrants qui déclarent connaître le français à leur arrivée a peu changé.
| Canada | Français | Français et anglais | Anglais | Ni l’un ni l’autre | |
|---|---|---|---|---|---|
| Nombre total d’immigrants | 4 971 070 | 183 380 (3,6 %) | 571 785 (11,4 %) | 3 864 015 (78,8 %) | 351 890 (6,2 %) |
| Avant 1961 | 1 054 935 | 19 865 (1,8 %) | 105 075 (10,0 %) | 899 320 (85,6 %) | 30 660 (2,5 %) |
| 1961-1970 | 788 580 | 23 140 (2,9 %) | 107 140 (13,5 %) | 617 225 (79,1 %) | 41 075 (4,5 %) |
| 096 160$3C/TD>%0@ | $0A | 132 505 (03,3 $25) | 672&nbrp;505#(78+0 %)56 075 (5,1 %) | ||
| 1981-1990 | 1 092 405 | 49 755 (4,6 %) | 135 345 (12,4 %) | 815 615 (74,8 %) | 91 685 (8,2 %) |
| 1991-1996 | 1 038 995 | 55 540 (5,4 %) | 91 715 (8,9 %) | 759 345 (73,7 %) | 132 390 (12,0 %) |
| Source : Statistique Canada, Recensement du Canada, 1996. | |||||
| Année | Langue connue | Canada | N.-B. | Québec | Ontario | Manitoba | Alberta | C.-B. |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 1996 | Anglais | 117 017 | 401 | 6 779 | 70 769 | 2 240 | 7 553 | 25 971 |
| Français | 9 799 | 51 | 8 182 | 1 191 | 42 | 89 | 183 | |
| Les deux | 6 607 | 33 | 3 419 | 2 283 | 61 | 202 | 502 | |
| 1997 | Anglais | 111 324 | 362 | 5 958 | 68 712 | 2 150 | 7 021 | 24 215 |
| Français | 8 302 | 35 | 6 935 | 1 032 | 31 | 72 | 138 | |
| Les deux | 6 111 | 30 | 3 010 | 2 160 | 43 | 220 | 556 | |
| 1998 | Anglais | 83 628 | 336 | 4 694 | 51 559 | 1 483 | 5 717 | 17 725 |
| Français | 8 497 | 47 | 7 145 | 991 | 38 | 113 | 123 | |
| Les deux | 7 644 | 42 | 3 542 | 2 038 | 53 | 199 | 481 | |
| 1999 | Anglais | 92 545 | 331 | 5 548 | 58 422 | 1 775 | 6 414 | 17 939 |
| Français | 9 530 | 49 | 8 069 | 1 102 | 41 | 80 | 138 | |
| Les deux | 7 644 | 45 | 4 424 | 2 305 | 56 | 245 | 471 | |
| Source : Citoyenneté et Immigration Canada, 1996-1999. | ||||||||
La proportion d’immigrants qui connaissent les deux langues officielles demeure en deçà de la proportion globale de Canadiens capables de s’exprimer en anglais et en français, laquelle se situait autour de 17 % lors du recensement de 1996. Bien qu’il faille laisser à la cohorte d’immigrants de 1991-1996 le temps d’apprendre une autre langue officielle, il est légitime de se demander si on pourrait faire davantage dans le domaine de la formation en langue seconde des immigrants.
Lorsque CIC procède à la collecte de données sur l’immigration, il concentre plus particulièrement ses efforts sur la connaissance des langues officielles au moment de l’arrivée et examine comment cette situation peut influer sur le processus d’adaptation. Comme le montre le tableau 3, au cours des dernières années, la répartition des immigrants en fonction de leur connaissance des langues officielles demeure assez constante, le Québec accueillant 70 % de tous les immigrants qui déclarent connaître le français. En poussant la ventilation encore plus loin, cela représente 84 % de toutes les personnes qui ne connaissent que le français, et 57 % de tous les nouveaux arrivants ayant déclaré connaître le français et l’anglais.
On pourrait penser que la répartition initiale, en fonction des connaissances linguistiques, des immigrants qui s’installent dans le reste du Canada contribuerait à accroître le niveau de bilinguisme de la population. Cependant, il est important de tenir compte de la part que représente une telle immigration, de même que de la façon dont les connaissances linguistiques des immigrants évoluent au fil des ans.
Le tableau 3 montre qu’entre 1996 et 1999, le nombre réel d’immigrants qui ne parlaient que le français au moment de leur arrivée et d’immigrants qui parlaient le français et l’anglais est resté relativement constant. Ces données sont immanquablement liées aux taux annuels d’immigration. Ainsi, pour l’an 2000, le nombre d’immigrants a augmenté de près de 20 % (passant d’environ 190 000 à juste un peu plus de 227 000) et dans le même temps, le nombre d’immigrants qui ont déclaré connaître le français a augmenté dans presque la même proportion (il est passé de 17 185 à 20 247 personnes). Ce sont plutôt les arrivants ayant déclaré connaître à la fois le français et l’anglais que ceux ne connaissant que le français qui sont responsables de cette hausse, car il s’agit dans un cas de 30 % des arrivants et dans l’autre, de 8 %.
Il n’est pas surprenant de constater que le Québec attire de loin la plus grande part des immigrants qui ne connaissent que le français. Quatre-vingt-seize pour cent des immigrants unilingues francophones habitent au Québec. Pour ce qui est des immigrants qui déclarent connaître à la fois le français et l’anglais, ils sont quelque 54 % à habiter au Québec et, pendant la période allant de 1991 à 1996, ce chiffre s’élevait à 57 %. à ufe échelle beatcoup moindre, il y a eu un accroissement du nombre d’immigrants ne connaissant que le français en Ontario, en Colombie-Britannique et en Alberta. Il appert que bien peu d’immigrants qui ne connaissent que le français habitent à l’extérieur de la province de Québec, bien que les taux d’unilinguisme chez les immigrants puissent avoir été plus élevés au moment où ils se sont initialement installés dans une région donnée. Parmi les quelque 755 000 immigrants ayant déclaré connaître le français, environ les trois quarts parlent les deux langues officielles. Au Québec, environ 63 % des immigrants qui connaissent le français ont également affirmé être capables de parler l’anglais et, dans le reste du Canada, 98 % des immigrants sachant s’exprimer en français parlent l’anglais également. En résumé, bien peu des immigrants qui se sont établis dans le reste du Canada continuent de parler uniquement le français, ce qui était déjà le cas des immigrants arrivés au pays entre 1991 et 1996.
Une quasi-majorité de ceux qui immigrent au Québec peut s’exprimer en français et en anglais. La probabilité qu’ils maîtrisent les deux langues augmente avec le nombre d’années écoulées depuis l’établissement, surtout s’ils possèdent déjà une bonne connaissance de l’une des deux langues. Quelque 53 % des immigrants arrivés au Québec entre 1971 et 1990 ont déclaré qu’ils pouvaient parler les deux langues, ce qui représente un taux global de bilinguisme plus élevé que celui de la population québécoise. La proportion des immigrants qui ne connaissent que le français a augmenté au cours des dix dernières années, ce qui reflète les changements concernant les sources d’immigration pour le Québec et la plus grande importance qu’accordent les nouveaux immigrants à la maîtrise de la langue française. Tandis que le pourcentage d’immigrants arrivés au Québec entre 1991 et 1996 et ayant déclaré connaître à la fois le français et l’anglais (35,4 %) demeure sensiblement égal au pourcentage total de personnes qui parlent les deux langues dans toute la province (37 %), la situation est bien différente dans le reste du Canada, où l’écart entre les immigrants qui affirment connaître les deux langues (4,5 %) et la population prise dans son ensemble (10 %) est considérable.
| Canada | N.-B. | Québec | Ontario | Manitoba | Alberta | C.-B. | |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Avant 1961 | 19 865 | 45 | 19 255 | 385 | 35 | 35 | 90 |
| 1961-1970 | 23 140 | 35 | 22 560 | 440 | 15 | 20 | 60 |
| 1971-1980 | 35 075 | 95 | 33 825 | 870 | 45 | 80 | 135 |
| 1981-1990 | 49 755 | 70 | 47 845 | 1 485 | 30 | 75 | 250 |
| 1991-1996 | 55 540 | 90 | 52 740 | 2 335 | 15 | 130 | 215 |
| Total | 183 375 | 335 | 176 225 | 5 515 | 140 | 340 | 750 |
| Source : Statistique Canada, Recensement du Canada, 1996. | |||||||
| Canada | N.-B. | Québec | Ontario | Manitoba | Alberta | C.-B. | |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Avant 1961 | 105 075 | 890 | 54 270 | 32 620 | 1 215 | 3 440 | 10 570 |
| 1961-1970 | 107 140 | 975 | 57 840 | 31 400 | 1 280 | 3 980 | 9 500 |
| 1971-1980 | 132 505 | 2 460 | 71 050 | 37 335 | 1 490 | 6 305 | 11 445 |
| 1981-1990 | 135 345 | 1 200 | 73 240 | 41 915 | 1 360 | 4 905 | 10 785 |
| 1991-1996 | 91 715 | 300 | 51 845 | 27 585 | 695 | 2 680 | 7 465 |
| Total | 571 785 | 5 825 | 308 245 | 170 855 | 6 040 | 21 310 | 49 765 |
| Source : Statistique Canada, Recensement du Canada, 1996. | |||||||
Afin de mieux comprendre la situation linguistique de la population immigrante, il faut examiner la connaissance des langues officielles de pair avec d’autres aspects de l’identification linguistique. Les données relatives à la connaissance des langues officielles chez les immigrants ne donnent pas d’indications quant au processus initial d’adaptation linguistique mis en branle dès l’arrivée. Ce genre d’information est évaluée de façon optimale lorsqu’elle est fondée sur les résultats issus de la question du recensement portant sur la première langue officielle parlée.
Le tableau 6 montre que le pourcentage et le nombre réel d’immigrants dont la première langue officielle parlée fut le français ont connu une légère augmentation au cours des décennies étudiées.
| Canada | Anglais | Français | Français et anglais | |
|---|---|---|---|---|
| Avant 1961 | 1 054,9 | 963,0 (91,3 %) | 42,1 (4,0 %) | 19,4 (2,0 %) |
| 1961-1970 | 788,5 | 675,7 (85,7 %) | 52,2 (6,6 %) | 20,0 (2,5 %) |
| 1971-1980 | 996,1 | 836,1 (84,0 %) | 75,3 (7,5 %) | 29,3 (3,0 %) |
| 1981-1990 | 1 093,4 | 865,2 (87,6 %) | 86,8 (7,9 %) | 50,0 (4,5 %) |
| 1991-1996 | 1 038,9 | 786,2 (78,6 %) | 80,7 (7,8 %) | 41,9 (4,0 %) |
| Total | 4 971,0 | 4 126,3 (83,0 %) | 337,4 (6,8 %) | 160,8 (3,2 %) |
| Source : Statistique Canada, Recensement du Canada, 1996. | ||||
3. Langue maternelle
Comme on a pu le voir à la section précédente, il semble évident que la classification des immigrants qui déclarent à la fois le français et l’anglais comme premières langues officielles parlées est absolument indissociable de la façon dont on détermine le nombre de francophones habitant dans un territoire donné. Les analystes tendent à affecter la moitié de ces personnes à la communauté anglophone, et l’autre moitié, à la communauté francophone. Avant que la question portant sur la première langue officielle parlée soit introduite dans le recensement de 1991, c’était la langue maternelle et, dans une mesure moins importante, la langue parlée à la maison, qui servaient à évaluer le nombre de francophones se trouvant dans un territoire donné. Tandis que la première langue officielle parlée a pour objet d’examiner le nombre de personnes qui pourraient faire appel à des services linguistiques minoritaires, ce qui inclut automatiquement toutes les personnes dont la langue maternelle n’est ni le français ni l’anglais mais qui utilisent une langue officielle ou encore les deux, la catégorie de la langue maternelle excluait d’emblée les allophones qui savaient utiliser une des langues officielles au moment de leur arrivée. En appliquant le critère de la première langue officielle parlée, on compte quelque 44 000 immigrants francophones établis au Canada ailleurs qu’au Québec, tandis qu’en appliquant celui de la langue maternelle, on en compte environ 39 000. Toutefois, la grande différence se situe dans le nombre d’immigrants dont les langues maternelles sont à la fois le français et l’anglais, par rapport à ceux ayant déclaré à la fois le français et l’anglais comme premières langues officielles parlées. En se basant sur la façon dont Statistique Canada répartit les personnes qui font ce genre de double déclaration, on compterait 27 000 immigrants de plus au Canada à l’extérieur du Québec dont la première langue officielle parlée est le français. En revanche, si le critère était la langue maternelle, un peu plus de 2 000 immigrants francophones s’ajouteraient à cette population.
Comme l’indique le tableau 7, plus de 20 % des immigrants au Canada de langue maternelle française résident à l’extérieur du Québec; ce pourcentage grimpe à près de 25 % lorsque l’on compte les gens ayant déclaré avoir comme langues maternelles à la fois le français et l’anglais. Cela dit, la situation a évolué considérablement au cours des dernières décennies, tandis que le Québec a vu s’accroître de façon constante sa part d’immigrants dont la langue maternelle est le français. Entre 1961 et 1970, cette part se situait autour de 76 % et, entre 1991 et 1996, elle était d’environ 85 %. Il y a également eu des fluctuations dans la proportion d’immigrants de langue maternelle française s’étant établis en Ontario. Des quelque 15 % qu’ils étaient pendant la période allant de 1961 à 1970, on n’en comptait plus que 11 % une décennie plus tard. Bien qu’il n’y en ait pas eu en grand nombre, il y a eu une légère augmentation des immigrants de langue maternelle française dans les provinces du Nouveau-Brunswick, de l’Alberta et de la Colombie-Britannique. Dans les années 1970, environ un immigrant de langue maternelle française sur dix s’établissait ailleurs qu’au Québec et qu’en Ontario. Toutefois, depuis 1980, le Québec et l’Ontario ont accueilli à eux seuls 95 % de ces immigrants.
| Pays/province | Langue | Total | Avant 1961 | 1961-1970 | 1971-1980 | 1981-1990 | 1991-1996 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Canada | Français | 173 315 | 25 045 | 31 600 | 42 275 | 38 765 | 35 630 |
| Français et anglais | 9 060 | 1 320 | 1 170 | 2 215 | 2 415 | 1 940 | |
| Québec | Français | 134 635 | 16 930 | 23 810 | 33 175 | 31 030 | 29 705 |
| Français et anglais | 4 935 | 670 | 650 | 1 310 | 1 285 | 1 025 | |
| Ontario | Français | 23 190 | 4 565 | 4 720 | 4 795 | 4 995 | 4 115 |
| Français et anglais | 2 860 | 405 | 355 | 565 | 830 | 710 | |
| Nouveau-Brunswick | Français | 2 425 | 325 | 345 | 1 160 | 445 | 150 |
| Français et anglais | 90 | 15 | - | 35 | 25 | 15 | |
| Manitoba | Français | 1 285 | 360 | 255 | 315 | 250 | 100 |
| Français et anglais | 80 | 35 | 20 | 10 | 15 | - | |
| Alberta | Français | 2 995 | 720 | 620 | 800 | 560 | 260 |
| Français et anglais | 335 | 80 | - | 130 | 55 | 75 | |
| Colombie-Britannique | Français | 6 915 | 1 620 | 1 500 | 1 630 | 1 070 | 1 105 |
| Français et anglais | 630 | 90 | 120 | 150 | 155 | 110 | |
| Source : Statistique Canada, Recensement du Canada, 1996. | |||||||
Principales constatations se dégageant des données
- Depuis 1961, la proportion d’immigrants qui connaissent le français est demeurée relativement la même (entre 16 % et 17 %).
- La proportion et le nombre réel d’immigrants dont la première langue officielle parlée fut le français ont connu une légère augmentation au cours des décennies étudiées, particulièrement pendant la période allant de 1981 à 1990.
- Quatre-vingt-seize pour cent des immigrants qui déclarent le français comme première langue officielle parlée habitent au Québec. Pour ce qui est des immigrants qui déclarent connaître à la fois le français et l’anglais, ils sont quelque 54 % à habiter au Québec.
4. Répartition hors Québec
Selon Maurice Beaudin, les francophones se divisent en deux groupes qui occupent chacun un univers bien différent au Canada (Beaudin, 1998). Le premier groupe est celui des communautés relativement bien établies ou enracinées (« de souche ») qui vivent dans les régions où les francophones se sont établis à l’origine. Le deuxième groupe est beaucoup plus mobile; ses membres vivent et travaillent dans les grands centres urbains du pays où l’anglais est vraiment la langue dominante. La répartition des immigrants francophones ressemble grandement à celle qu’adopte la très grande majorité des personnes qui arrivent au Canada. L’Ontario reçoit le plus grand nombre de francophones à l’extérieur du Québec (13,4 %). Les nouveaux arrivants ont tendance à s’installer à Toronto et à Ottawa. Bien qu’un très petit nombre de francophones habite la Colombie-Britannique (1,5 %), une proportion des immigrants francophones relativement grande s’y installe (4 %). Au Nouveau-Brunswick en revanche, on remarque un écart considérable entre la proportion de francophones du Canada habitant cette province (3,5 %) et le pourcentage d’immigrants francophones que reçoit cette dernière (1,4 %).
En fait, les régions dans lesquelles les immigrants choisissent aujourd’hui de s’établir ne correspondent pas nécessairement aux régions où est concentrée la population francophone du Canada, à l’extérieur du Québec. La très grande majorité des immigrants s’établit dans les provinces de l’Ontario, de la Colombie-Britannique et du Québec et, plus particulièrement, dans les villes de Toronto, de Vancouver et de Montréal.
Depuis un certain temps déjà, les francophones sont touchés par le déplacement graduel vers les grandes métropoles, au détriment des villes de plus petite taille. Tout comme la majorité des immigrants, les arrivants francophones sont principalement concentrés dans nos grands centres urbains.
Selon certains observateurs, si rien n’est fait, ce mouvement vers les centres urbains où l’anglais prédomine fera en sorte que les francophones perdront leur langue de plus en plus vite.
Selon Beaudin (1998), l’épanouissement de la langue française dépendra :
- de la revitalisation économique des régions moins urbanisées où les francophones sont établis depuis plus longtemps;
- du renforcement des liens et des échanges entre les habitants de ces régions et les minorités francophones des grands centres urbains;
- de la présence des francophones dans les grandes villes; les immigrants sont un maillon stratégique dans l’évolution de l’espace économique francophone.
Si Beaudin voit juste, les immigrants francophones pourraient donc contribuer de façon significative à l’épanouissement de la langue française.
5. Enracinement
L’immigration et la migration interprovinciale ont eu pour effet que dans les grandes villes, les francophones n’ont pas tous le même degré d’» enracinement », ou sentiment d’appartenance. La notion de communauté ou de société d’accueil (« de souche ») est de plus en plus difficile à définir dans une société multiculturelle accueillant un grand nombre d’immigrants. On présume que la population « de souche » a certaines racines qui la rattachent à la communauté. Dans les grands centres urbains, les nouveaux arrivants récents ont tendance à constituer une part plus importante de la population que la population dite « de souche », ce qui peut avoir des répercussions sur la dynamique d’une communauté donnée. Comme l’illustre le tableau 8, c’est en Colombie-Britannique qu’on retrouve le pourcentage le plus élevé de personnes de langue maternelle française nées à l’extérieur du pays. Cette province compte en fait un plus grand nombre d’immigrants de langue maternelle française que de francophones qui y sont nés.
| Province | Total | Nés dans la province | Nés ailleurs au Canada | Nés à l’étranger |
|---|---|---|---|---|
| Terre-Neuve | 2 300 | 930 (40,0 %) | 1 290 (59,8 %) | 210 (2,1 %) |
| Nouveau-Brunswick | 242 385 | 216 120 (90,1 %) | 21 050 (8,7 %) | 2 475 (1,0 %) |
| Nouvelle-Écosse | 36 370 | 24 830 (70,6 %) | 9 350 (26,6 %) | 950 (2,5 %) |
| I.-P.-É. | 5 725 | 3 865 (69,4 %) | 1 605 (28,8 %) | 90 (1,6 %) |
| Québec | 5 728 290 | 5 442 160 (95,0 %) | 144 280 (2,5 %) | 134 655 (2,3 %) |
| Ontario | 502 725 | 316 465 (65,3 %) | 143 710 (29,6 %) | 23 850 (4,9 %) |
| Manitoba | 49 625 | 38 965 (81,5 %) | 7 690 (16,0 %) | 1 285 (2,7 %) |
| Saskatchewan | 19 790 | 14 810 (76,8 %) | 3 870 (20,0 %) | 550 (2,9 %) |
| Alberta | 55 675 | 21 670 (40,8 %) | 28 275 (53,2 %) | 2 955 (5,5 %) |
| C.-B. | 57 345 | 5 170 (9,5 %) | 41 655 (77,0 %) | 6 915 (13,0 %) |
| Source : Statistique Canada, Recensement du Canada, 1996. | ||||
| Ville | Total | Nés dans la province | Nés ailleurs au Canada | Nés à l’étranger |
|---|---|---|---|---|
| Québec | 476 590 | 462 695 (97,0 %) | 6 775 (1,4 %) | 6 530 (1,4 %) |
| Sherbrooke | 117 320 | 113 580 (97,0 %) | 1 585 (1,4 %) | 1 955 (1,6 %) |
| Montréal | 933 235 | 830 950 (89,0 %) | 25 935 (3,0 %) | 71 315 (8,0 %) |
| Ottawa-Carleton | 111 530 | 69 675 (62,0 %) | 36 315 (33,0 %) | 5 315 (5,0 %) |
| Région de Toronto | 47 290 | 14 045 (29,0 %) | 22 695 (48,0 %) | 10 855 (23,0 %) |
| Winnipeg | 26 750 | 20 910 (78,0 %) | 4 905 (18,0 %) | 925 (4,0 %) |
| Edmonton | 12 990 | 5 940 (46,0 %) | 6 155 (47,0 %) | 855 (7,0 %) |
| Calgary | 11 600 | 1 580 (14,0 %) | 8 810 (76,0 %) | 1 210 (10,0 %) |
| Hamilton | 6 425 | 2 685 (42,0 %) | 3 075 (48,0 %) | 615 (10,0 %) |
| Vancouver | 24 070 | 2 505 (10,0 %) | 16 865 (70,0 %) | 4 460 (19,0 %) |
| Source : Statistique Canada, Recensement du Canada, 1996. | ||||
La migration interprovinciale a d’importantes répercussions sur l’enracinement des communautés qu’il faut examiner de plus près. Comme nous pouvons le constater, les migrations ont fait en sorte que la plupart des francophones qui habitent en Colombie-Britannique, à Terre-Neuve et en Alberta n’y sont pas nés.
Les immigrants francophones de Toronto et de Vancouver représentent près du quart de tous les francophones tandis qu’à Calgary, les immigrants francophones représentent plus de 10 % de la population francophone.
Ainsi, le nombre estimé de francophones dans une région donnée peut varier considérablement suivant le critère utilisé, soit celui de la langue maternelle ou celui de la première langue officielle parlée. Dans ce dernier cas, la présence d’immigrants francophones est un facteur très important. Dans les régions où le nombre d’immigrants est peu élevé, on compte un plus grand nombre de francophones de langue maternelle que de francophones dont le français est la première langue officielle parlée. Dans les régions où on compte un plus grand nombre d’immigrants, on retrouve un plus grand nombre de francophones dont la première langue officielle parlée est le français que de francophones de langue maternelle. L’immigration a parfois pour effet d’entraîner une croissance rapide d’une minorité francophone, ce qui augmente le pourcentage de francophones au sein d’une population donnée.
Principales constatations se dégageant des données
- L’Ontario reçoit le plus grand nombre de francophones à l’extérieur du Québec (13,4 %). Les nouveaux arrivants ont tendance à s’installer à Toronto et à Ottawa. Le nombre d’immigrants francophones qui s’installent en Colombie-Britannique (4 %) dépasse de loin la proportion de francophones habitant cette province (1,5 %).
- Dans certains grands centres urbains, les francophones nés hors de la province sont plus nombreux que ceux qui y sont nés.
- L’immigration peut modifier favorablement la proportion de francophones au sein d'une population donnée.
B. Immigration francophone : Attraction et recrutement
1. Pays sources
Le visage linguistique de l’immigration s’est transformé ces dernières années, et cela dû au fait que les pays sources des nouveaux arrivants ne sont plus tout à fait les mêmes. Une politique d’immigration qui comporte certaines orientations démolinguistiques cible, dans une certaine mesure, des pays précis pour le recrutement d’immigrants. Dans son dernier plan d’immigration (février 2001), CIC fait état d’un certain nombre de tendances internationales qui ont une incidence sur ses programmes de sélection, dont :
- une augmentation des mouvements de non-immigrants;
- la pénurie mondiale de main-d’œuvre dans certains secteurs économiques clés;
- la concurrence sur le marché mondial;
- un changement dans les pays sources;
- une augmentation du nombre de migrants.
Ces facteurs jouent également dans le recrutement d’immigrants francophones. Les francophones sont considérés comme un groupe relativement mineur en matière d’immigration. Les trois principales sources d’immigration francophone sont l’Europe de l’Ouest, l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne.
La majorité des personnes qui ont le français comme langue maternelle se trouve en Europe de l’Ouest. Même si le contexte économique de l’Afrique pousse plus de gens à émigrer, le français est dans bien des cas une langue seconde dans nombre de pays de cette région du monde. En effet, ce ne sont pas tous les immigrants des pays faisant partie de la francophonie mondiale qui ont le français comme langue maternelle.
Comme l’indique le tableau 10, l’Europe a été la principale source d’immigrants francophones au Canada. Les chiffres incluent les immigrants dont la première langue officielle parlée était le français ainsi que ceux qui parlaient à la fois le français et l’anglais (Statistique Canada a généralement alloué la moitié à chaque groupe pour estimer le total de chaque communauté linguistique).
Au Québec, environ 40 % de tous les immigrants francophones sont venus de pays d’Europe. Pendant les années 1990 par contre, la majorité des immigrants francophones qui sont arrivés au Québec n’étaient pas d’origine européenne et près des trois quarts de ces nouveaux arrivants appartenaient à une minorité visible. Entre la période allant de 1990 à 1994 et celle allant de 1995 à 1999, le pourcentage d’immigrants en provenance d’Europe et d’Afrique (en particulier de l’Afrique du Nord) a augmenté et le nombre d’immigrants venant d’Asie et des Amériques a diminué.
| Pays/continent | Canada | Québec | Ontario | Autres provinces | ||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Français | Français/ Anglais | Français | Français/ Anglais | Français | Français/ Anglais | Français | Français/ Anglais | |
| Total | 337 400 | 160 815 | 293 855 | 105 430 | 28 210 | 40 660 | 15 335 | 14 725 |
| États-Unis | 14 430 | 990 | 10 400 | 625 | 1 290 | 225 | 2 740 | 140 |
| Amérique du Sud et Amérique centrale | 28 730 | 14 215 | 27 680 | 9 900 | 705 | 2 930 | 345 | 1 385 |
| Caraîbes et Bermudes | 47 785 | 3 155 | 44 470 | 2 690 | 2 960 | 415 | 355 | 50 |
| Europe | 140 425 | 70 020 | 119 020 | 45 735 | 12 415 | 17 835 | 8 990 | 6 450 |
| Afrique | 52 820 | 14 415 | 43 670 | 8 490 | 7 190 | 5 145 | 1 960 | 780 |
| Asie | 51 910 | 57 840 | 46 975 | 37 850 | 3 545 | 14 100 | 1 390 | 5 890 |
| Asie du centre-ouest et Moyen-Orient | 25 315 | 27 055 | 22 350 | 18 570 | 2 290 | 6 900 | 675 | 1 585 |
| Asie du Sud-Est | 19 860 | 15 025 | 18 520 | 11 070 | 810 | 2 550 | 530 | 1 405 |
| Source : Statistique Canada, Recensement du Canada, 1996. | ||||||||
De 1990 à 1994, les principaux pays sources ont été le Liban, Hong Kong et Haïti tandis que de 1995 à 1999, ce furent la France, la Chine et l’Algérie. Les sources d’immigrants francophones qui se sont installés dans d’autres parties du Canada ont suivi la même évolution.
Par rapport au Québec, l’Ontario reçoit proportionnellement moins d’immigrants francophones de l’Amérique centrale et de l’Amérique du Sud, des Caraîbes et des Bermudes. En Ontario, environ 25 % de tous les immigrants francophones viennent d’Afrique tandis qu’au Québec, les immigrants d’origine africaine représentent 15 % de l’immigration francophone. Ailleurs qu’en Ontario ou au Québec, les États-Unis sont la deuxième source d’immigrants francophones en importance et la grande majorité de ces immigrants (1 820 d’entre eux) s’est installée au Nouveau-Brunswick.
Depuis qu’il joue un rôle plus important dans le recrutement des immigrants, le gouvernement du Québec est plus actif à cet égard dans les régions du globe où plus d’immigrants potentiels parlent le français. En 1989, une entente visant à favoriser l’immigration de francophones a été signée avec l’Office des migrations internationales (OMI) de la France. En vertu de cette entente, qui a été renouvelée en 1992, en 1995 et encore en 1999, les membres de la délégation du Québec en France organisent des sessions d’information destinées aux immigrants potentiels (MRCI, Rapport annuel, 2000).
Ailleurs dans le monde, en 1998, les services d’immigration du Québec ont organisé des sessions d’information destinées aux immigrants potentiels à Bruxelles; ils ont fait des activités de promotion au Liban, ont fait paraître des annonces dans les journaux afin de joindre les francophones en Bulgarie et en Roumanie et ont conclu des partenariats avec les Alliances françaises au Mexique dans le but d’y recruter des travailleurs qualifiés.
Récemment, le MRCI a annoncé une réorganisation de ses services d’immigration à l’étranger. Il entend déménager ses services de Damas à Beyrouth et ouvrir un bureau à Rabat (au Maroc), qui est au coeur d’un important bassin d’immigration francophone.
Le gouvernement du Canada cherche activement à recruter des immigrants de la composante économique et possède des centres de coordination des gens d’affaires immigrants dans les villes suivantes : Pékin, Hong Kong, Londres, Paris, Berlin, Séoul, Singapour, Damas et Buffalo. Le Québec a son propre réseau de sélection outre-mer et ses bureaux des services d’immigration sont plutôt situés à Mexico, New York, Paris, Bruxelles, Vienne, Damas et Hong Kong. Le gouvernement fédéral ne prend aucune mesure directe pour recruter des immigrants francophones à l’étranger, bien que nous ayons déjà vu dans le cas du Manitoba que CIC semble prêt à aider les communautés locales dans leur recrutement.
2. Le Canada par rapport aux États-Unis
Le Québec s’efforce de recruter des immigrants francophones et fournit un milieu francophone sans pareil sur le continent. Il n’est pas surprenant qu’il attire le plus gros pourcentage de ces immigrants au Canada; plus de 4 sur 5 s’installent au Québec. Néanmoins, des immigrants francophones ont manifesté l’intérêt de s’installer dans certains des plus grands centres urbains du pays et du reste du continent. S’il est possible de comparer le nombre d’immigrants francophones qui ont choisi de s’établir au Québec avec celui du reste du Canada, il est par contre difficile de définir un cadre afin d’évaluer dans quelle mesure le Canada réussit à attirer ce type d’immigrants.
Malgré la différence de taille des deux pays, de leurs orientations politiques et de leur capacité d’accueil de nouveaux immigrants, nous avons choisi d’examiner dans quelle mesure les États-Unis attirent les immigrants de certains pays francophones. Même si les États-Unis ne peuvent offrir de services en français comme le Canada, la force de l’économie américaine exerce un puissant attrait sur les immigrants de plusieurs régions du monde. Entre 1990 et 1998, quelque 220 000 immigrants (dont environ 160 000 d’origine haïtienne) ont été admis aux États-Unis à partir de pays francophones ou de pays où l’usage du français est très répandu.
Comme l’indique le tableau 11, pour la période allant de 1991 à 1996, les États-Unis ont réussi à attirer un assez grand nombre d’immigrants de pays francophones (182 029) par rapport au nombre ayant immigré au Canada (33 980). Nos voisins du sud ont su attirer des immigrants de France en dépit du fait que le Canada offre de meilleurs conditions socioculturelles pour les francophones. De 1980 à 1990, le nombre de francophones aux États-Unis a augmenté malgré des taux d’assimilation beaucoup plus élevés qu’au Canada, en grande partie en raison de l’arrivée de personnes nées en Haïti.
| Pays | États-Unis | Canada | Québec | Reste du Canada |
|---|---|---|---|---|
| Afrique du Nord | 11 785 | 10 505 | 9 080 | 1 425 |
| France | 29 063 | 11 890 | 9 890 | 2 000 |
| Haïti | 141 181 | 11 585 | 10 435 | 1 150 |
| Source : Services d’immigration et de naturalisation des États-Unis, 1998 et Statistique Canada, Recensement du Canada, 1996. | ||||
En dépit du taux de transfert linguistique qui s’élève en moyenne à 90 %, l’immigration de francophones aux États-Unis a contribué à une augmentation du nombre de personnes qui parlent français à la maison. (Une partie de cette augmentation, reflétée au tableau 12, est due à la migration de Canadiens-français aux É.-U.). Le recrutement d’immigrants par l’entremise de bureaux outre-mer et la diffusion de l’information aux candidats potentiels sont essentiels pour attirer des immigrants francophones. CIC reconnaît qu’il n’a pris aucune mesure directe pour recruter des immigrants francophones à l’étranger. Il se concentre sur la diffusion d’information comme moyen pour attirer de tels immigrants.
| Langue | 1990 | 1980 |
|---|---|---|
| Français (incluant le créole) | 543 192 | 376 060 |
| Français (excluant le créole) | 387 915 | 359 870 |
| Créole français (haïtien) | 140 433 | 14 519 |
| Source : Bureau de recensement des États-Unis, Recensement de 1980 et de 1990. | ||
Principales constatations se dégageant des données
- L’Europe a été la principale source d'immigrants francophones au Canada.
- Pendant les années 1990, la majorité des immigrants de langue française qui sont arrivés au Canada n’étaient pas d'origine européenne et près des trois quarts de ces nouveaux arrivants appartenaient à une minorité visible.
- Entre 1991 et 1996, les États-Unis ont réussi à attirer un nombre considérable d’immigrants de pays francophones par rapport au nombre ayant immigré au Canada.
3. Catégories d’immigrants
Le Plan d’immigration du gouvernement pour l’année 2000-2001 traduit les avantages socio-économiques découlant de l’immigration et maintient la longue tradition humanitaire du pays. Il assure un équilibre entre les immigrants de la composante économique et ceux de la catégorie de la famille, ce qui permet aux immigrants d’apporter une importante contribution sur le plan économique, sans oublier d’accorder la priorité à la réunion des familles. Il y a trois principales catégories d’immigrants, soit :
La catégorie de la famille - ce sont les membres de la famille immédiate parrainés par un citoyen canadien ou un résident permanent, soit les conjoints, les fiancés, les enfants à charge, les parents et les grands-parents;
Les immigrants indépendants - sélectionnés pour leur contribution économique, soit les travailleurs qualifiés et les gens d’affaires immigrants;
Les réfugiés - c’est-à-dire les réfugiés au sens de la Convention des Nations Unies et les autres personnes déplacées sélectionnées à l’étranger aux fins de ré-établissement qui sont prises en charge par le gouvernement ou par le secteur privé, ainsi que les personnes qui ont revendiqué et obtenu le statut de réfugié au sens de la Convention au Canada.
Pour la première fois en 1978, le nombre combiné de personnes des catégories de la famille et des réfugiés était supÙrieur au nombre total d’immigrants indépendants. Parallèdement à ce ch`ngement, les pays sources d’immigrafts trad`tionnels — ler États-Unis+ le Royaume-Uni"et les pays de d’Europe de lOuest — ont $E9té remplacÙs par les pays moins développés de l’Asie, de l’Amérique latine et de l’Afrique. On considère que ce changement a eu une incidence sur le processus d’adaptation des immigrants.
Sur le nombre total d’immigrants en 2000, le Canada a reçu 26,6 % de personnes de la catégorie de la famille, 13,2 % de réfugiés et 6 % de gens d’affaires; 51,9 % étaient des travailleurs qualifiés. Les autres catégories représentaient au total environ 2 % des immigrants. Cette ventilation diffère quelque peu de celle des immigrants francophones qui viennent s’installer au pays. L’écart est considérable entre le pourcentage de réfugiés qui ne parlaient que le français à leur arrivée et la proportion de réfugiés dans la population canadienne dans son ensemble. Le tableau 13 indique, au cours des dernières années, une diminution du nombre de réfugiés qui ne parlent que le français et une augmentation du nombre des travailleurs qualifiés francophones. Il importe d’examiner comment le processus de sélection des immigrants du Canada a une incidence sur l’admission de francophones.
| Catégorie | 1996 | 1997 | 1998 | 1999 |
|---|---|---|---|---|
| Famille | 2 446 (25,6 %) | 2 242 (27,6 %) | 1 830 (22,0 %) | 2 115 (22,3 %) |
| Réfugiés | 3 363 (35,1 %) | 2 412 (29,7 %) | 2 050 (24,7 %) | 2 672 (28,2 %) |
| Gens d’affaires | 317 (3,3 %) | 340 (4,1 %) | 479 (5,1 %) | 426 (4,5 %) |
| Travailleurs qualifiés | 3 458 (36,1 %) | 3 125 (38,5 %) | 4 028 (48,2 %) | 4 251 (45,0 %) |
| Total | 9 584 | 8 119 | 8 377 | 9 464 |
| Source : Citoyenneté et Immigration Canada, Faits et chiffres, 1996-2000. | ||||
| Catégorie | Immigration totale | Français seulement | Français et anglais |
|---|---|---|---|
| Famille | 60 517 (30,2 %) | 2 235 (22,3 %) | 1 454 (14,8 %) |
| Réfugiés | 30 044 (15,0 %) | 2 661 (26,6 %) | 825 (8,4 %) |
| Gens d’affaires | 13 655 (6,8 %) | 361 (3,6 %) | 263 (2,6 %) |
| Travailleurs qualifiés | 118 495 (59,2 %) | 5 072 (50,0 %) | 7 292 (74,3 %) |
| Total | 222 711 | 10 329 | 9 834 |
| Source : Citoyenneté et Immigration Canada, Faits et chiffres, 2000. | |||
Le tableau 14 fait ressortir d’importantes différences au chapitre de la connaissance des langues officielles selon que l’on appartient à une catégorie d’immigrants ou une autre. Par exemple, il y avait beaucoup plus de réfugiés qui ne connaissaient que le français à leur arrivée que de réfugiés connaissant les deux langues officielles, et le bilinguisme était de loin plus courant chez les travailleurs qualifiés.
D’importantes variations ont été relevées au niveau régional dans les catégories d’immigrants francophones venus s’installer au Canada. En 1999, la région de Montréal a reçu une proportion plus élevée de travailleurs qualifiés et d’investisseurs francophones (50,3 % de l’immigration francophone totale à Montréal) qu’Ottawa (30 %) ou que Toronto (39 %). Ottawa a accueilli une proportion élevée de réfugiés (42 %) parmi son pourcentage total d’immigrants francophones, tandis que Toronto avait une proportion plus grande d’immigrants de la catégorie de la famille (33,2 %).
Depuis la mise en place de ses nouveaux critères de sélection, le MRCI est plus à même de sélectionner les immigrants indépendants qui sont le plus susceptibles de contribuer à l’essor économique de la province, de participer pleinement à la société québécoise et d’exiger le moins d’aide de l’état. Selon les données du MRCI, quelque 60 % des immigrants indépendants connaissent le français (80 % si l’on exclut la catégorie des gens d’affaires). Cette proportion n’est que de 30 % pour la catégorie de la famille et de 25 % chez les réfugiés.
Principales constatations se dégageant des données
- Le pourcentage d’immigrants ne parlant que le français était moins élevé dans la catégorie des réfugiés que dans les autres catégories.
- Il y avait beaucoup plus de réfugiés qui ne connaissaient que le français à leur arrivée que de réfugiés connaissant les deux langues officielles, et le bilinguisme était de loin plus courant chez les travailleurs qualifiés.
C. Intégration et adaptation
1. Le Canada
Le Commissaire aux langues officielles a pu observer que dans les grands centres, les communautés de langue officielle ont mis sur pied des structures et des services visant à aider les nouveaux arrivants à s’adapter à la vie au Canada et à se sentir chez eux le plus rapidement possible (Commissaire aux langues officielles, 1989).
CIC juge prioritaire de bien intégrer les immigrants. Pour les immigrants comme pour les non-immigrants, l’insertion économique est la clé d’une intégration véritable. Il n’est donc pas étonnant que dans les sondages, les immigrants répondent que l’insertion économique est le principal problème auquel ils se heurtent lorsqu’ils arrivent au Canada.
CIC a déterminé que les facteurs suivants contribuent à leur intégration :
- maîtrise de l’une des deux langues officielles du Canada;
- capacité de trouver et de garder un emploi;
- capacité de transférer et de mettre à profit les compétences professionnelles et les titres de scolarité acquis précédemment;
- capacité d’intégrer les valeurs et les attitudes qui ont cours au Canada;
- capacité d’accéder aux institutions et associations s’adressant à l’ensemble des Canadiens et de participer pleinement à leurs activités (CIC, février 2001).
Les programmes canadiens d’établissement des immigrants cherchent surtout à amener les immigrants à devenir des membres à part entière de la société canadienne le plus rapidement possible. CIC s’intéresse à plusieurs aspects du processus d’adaptation des immigrants. Les cinq aspects principaux de ce processus sont peut-être l’emploi, le logement, l’éducation, la santé et la sécurité du revenu.
Dans une série de fiches de renseignements sur l’intégration produites par CIC (juin 1997), on souligne l’importance d’apprendre le français ou l’anglais pour trouver un emploi. Voici un extrait de la section portant sur l’emploi de l’une de ces fiches que nous considérons utile de relever dans le cadre de la présente étude.
Si vous exerciez une profession ou un métier dans votre pays d’origine, vous devrez peut-être vous recycler pour répondre aux exigences canadiennes. Vos titres de compétences pourraient ne pas être reconnus tant que vous n’aurez pas de titres canadiens, que vous n’aurez pas suivi de formation ou que vous n’aurez pas acquis une certaine expérience de travail au Canada, et que vous n’aurez pas une bonne maîtrise du français ou de l’anglais.
CIC considère que la connaissance d’une des deux langues officielles est une condition essentielle à l’insertion économique des immigrants, soulignant toutefois que les exigences linguistiques varient d’une région à l’autre.
À plusieurs reprises pendant les années 1990, CIC a choisi de confier à des organismes représentant les communautés de langue officielle le mandat de fournir des services aux immigrants. Cependant, il n’est pas toujours simple de déterminer à qui ou à quel groupe l’aide devrait être offerte. Outre les services linguistiques, beaucoup d’immigrants francophones ont certains besoins liés à leur bagage ethnoculturel. Voilà pourquoi on s’interroge abondamment sur la composante de la communauté linguistique qui devrait être responsable d’accueillir les immigrants et, selon la réponse à laquelle on en arrive, sur la façon dont les ressources devraient ensuite être affectées.
2. Le Québec
L’orientation des immigrants vers les institutions francophones du Québec a amené les instances provinciales à développer une expertise en adaptation des nouveaux arrivants. Dans son énoncé de politique de 1990 sur l’immigration, le Québec a adopté les principes suivants en ce qui a trait à l’intégration des nouveaux arrivants :
- l’intégration influe sur tous les aspects de la vie communautaire;
- l’intégration exige un engagement de l’immigrant et de toute la société d’accueil;
- l’intégration est un processus d’adaptation à long terme qui évolue à un rythme variable.
Les responsables de la politique québécoise ajoutent que la dimension linguistique de l’intégration des immigrants dépend en grande partie du milieu socio-économique, du niveau de participation aux institutions de la société d’accueil, et de la qualité de la relation interpersonnelle établie entre l’immigrant et les membres de la société d’accueil. On croit que tous ces facteurs se répercutent sur les possibilités qui s’offrent à l’immigrant de parler la langue et sur l’attitude qu’il adopte à l’égard de celle-ci. Au Québec comme ailleurs, le processus d’intégration soulève de nombreuses questions quant aux rôles et responsabilités de l’immigrant et de la communauté d’accueil.
Au cours des années 1990, la stratégie d’intégration des immigrants du Québec était articulée autour du concept des Centres d’orientation et de formation des immigrants (COFI). Les COFI avaient pour fonction principale l’enseignement du français et la prestation de services aux immigrants non francophones. Ils se voulaient un guichet unique pour la francisation des nouveaux arrivants.
L’étendue du contact que les immigrants ont avec les francophones qui les entourent au cours des premières années d’établissement est considérée comme étant déterminante dans l’apprentissage du français. Une étude commandée par le MRCI révèle que l’absence de contact avec des francophones est un obstacle majeur à l’apprentissage du français, et cela est particulièrement vrai chez les personnes qui sont entrées rapidement sur le marché du travail.
Un groupe de travail sur les services d’intégration gouvernementaux a recommandé qu’on accorde un soutien plus individuel à l’immigrant pendant la phase d’adaptation qui suit celles de la francisation et de l’insertion sociale et économique. Ainsi, un conseiller suivrait de près le processus d’intégration de l’immigrant et lui apporterait le soutien nécessaire selon l’évolution de ses circonstances particulières (MRCI, 1998).
En novembre 1999, le MRCI a amorcé une réforme qui modifie les services d’accueil et d’intégration offerts aux nouveaux immigrants. La principale mesure adoptée a été le remplacement des Centres d’orientation et de formation des immigrants (COFI) par des Carrefours d’intégration. Ces derniers offrent aux immigrants une vaste gamme de services d’accueil et d’intégration à leur nouvel environnement.
Chaque carrefour offrira aux nouveaux immigrants l’accès aux services et aux renseignements nécessaires concernant
- la prise de contact;
- le processus d’établissement au Québec, notamment au chapitre de la santé, de l’éducation et de l’emploi.
Pour ce qui est de la francisation, les carrefours évalueront les besoins des nouveaux immigrants et leur donneront accès à la formation appropriée, que ce soit sur place, dans un établissement ou dans un cadre communautaire (MRCI, Rapport annuel, 2000).
La réforme visait à intégrer davantage les services de francisation et d’immigration au réseau institutionnel général déjà en place dans la province. Ainsi, le ministère offrira des services de francisation dans le réseau des collèges et universités afin d’offrir la formation qui correspond le mieux aux besoins de la clientèle immigrante. La situation d’apprentissage du français sera davantage au diapason du degré d’intégration de l’immigrant et tiendra compte du contexte auquel le nouvel arrivant doit s’adapter. Quant à eux, les services d’intégration seront davantage harmonisés à l’ensemble des services offerts sur un territoire donné. On mettra l’accent sur des partenariats avec des institutions s’adressant à la population québécoise en général, soit le centre d’emploi local, le centre de santé local, l’école, la municipalité et l’organisme communautaire local (le MRCI a établi des partenariats avec de nombreux organismes communautaires publics et parapublics pour la prestation de services aux immigrants). Le processus de francisation, qui consiste à placer l’immigrant au centre des institutions de la communauté francophone, est considéré comme étant un élément essentiel de l’intégration (MRCI, Les carrefours..., 2000).
3. Les communautés minoritaires francophones
Tous les ordres de gouvernement offrent des services dans les deux langues officielles dans un certain nombre de domaines. Cependant, nous ne savons pas si les immigrants francophones éprouvent plus de difficulté à avoir accès à certains services gouvernementaux offerts en français que les francophones non immigrants. Il serait utile de faire des études dans ce domaine.
Il y a plus de trente ans, le gouvernement de l’Ontario a reconnu le besoin d’offrir des services en français aux francophones de la province. En novembre 1989, la province a adopté une loi qui garantissait la prestation de services en français. Ainsi, tous les citoyens et citoyennes qui en faisaient la demande pouvaient être servis en français dans les bureaux principaux des ministères et organismes du gouvernement provincial dans 23 régions désignées.
L’Office des affaires francophones du gouvernement de l’Ontario estime qu’environ 85 % de la population francophone de la province a accès à de tels services. Le sondage de Larocque (1997) montre que ce sont les services de santé qui sont le plus en demande chez les immigrants francophones.
La vaste majorité des immigrants francophones ont cherché à obtenir des services en français. Dans ce groupe, près de une personne sur quatre a pu obtenir des services en français, environ le tiers n’a obtenu satisfaction qu’en partie et un peu moins du tiers n’a pas pu obtenir de services en français.
On trouvera au tableau 15 la liste des services que les immigrants francophones ont trouvé particulièrement difficiles à obtenir en français.
| Service | % |
|---|---|
| Services médicaux | 21,3 |
| Services juridiques | 14,7 |
| Éducation | 13,3 |
| Immigration | 12,0 |
| Services sociaux | 10,7 |
| Emploi | 9,3 |
| Tous les services | 8,0 |
| Source : Daniel Larocque, Sondage effectué dans la communauté urbaine de Toronto, pour CIC, région de l’Ontario et Patrimoine canadien, 1997. | |
Ailleurs qu’au Québec, les services d’intégration et d’établissement s’adressant aux immigrants francophones ne sont pas encore tout à fait en place; on est à ajuster les structures en place en fonction du nombre de ces immigrants et de leurs pays sources.
Les communautés francophones hors Québec ont des stratégies d’accueil des nouveaux arrivants depuis surtout les vingt dernières années. Il est important de souligner que leurs initiatives ont coïncidé avec une période pendant laquelle plusieurs communautés francophones luttaient pour avoir le contrôle de leurs écoles et d’autres institutions. La gestion des écoles de langue française par les francophones est essentielle à l’intégration des nouveaux immigrants.
Des consultations menées en 1998 en Ontario pour le compte de CIC ont révélé qu’indépendamment des différences ethniques et/ou linguistiques, beaucoup de nouveaux immigrants ont les mêmes préoccupations fondamentales en ce qui a trait à leur établissement. Des réunions spéciales organisées avec des immigrants francophones ont permis de constater que les besoins de ces derniers sont semblables à ceux des immigrants non francophones (Institut canadien des affaires culturelles, 1998). Voici certaines de leurs grandes préoccupations.
- Sensibiliser les responsables des services d’intégration offerts en anglais à l’existence et à l’importance de la communauté francophone et des services qu’elle offre.
- Veiller à ce que les immigrants sachent qu’il existe des services en français.
- Soutenir la recherche qui aide à trouver les moyens d’intégration déjà utilisés pour les francophones, et à les adapter au contexte franco-ontarien.
- Établir des liens entre les fournisseurs de services en français et diffuser largement l’information auprès des immigrants francophones.
- Montrer plus d’ouverture envers les nouvelles organisations qui peuvent être créées par les immigrants eux-mêmes.
- Créer un centre de ressources à l’intention des immigrants francophones venant d’Afrique.
- Trouver des façons de refléter la diversité des besoins de l’ensemble des immigrants francophones.
- Établir des partenariats avec des employeurs susceptibles d’avoir besoin d’employés parlant français.
Une étude des services d’établissement auprès de la communauté africaine de l’Ontario mentionne certaines des préoccupations soulevées plus tôt sur l’adaptation des immigrants. George et Mwarigha (1999) mentionnent les difficultés que vivent à Toronto les immigrants venant de l’Afrique francophone en raison de services bilingues inadéquats. Au cours d’une consultation, des participants ont déploré l’absence de personnel francophone dans bon nombre d’organismes qui assurent des services d’établissement et le fait que des clients ne reçoivent pas de services ou encore doivent subir de longues périodes d’attente. Une capacité limitée de parler l’anglais ou l’absence de services en français ralentissent le processus d’établissement et d’intégration des immigrants touchés. Les Africains francophones vivent souvent une expérience d’établissement difficile, même s’ils ont des aptitudes et des compétences professionnelles très en demande.
Les participants des groupes de consultation ont indiqué qu’il n’y avait pas suffisamment d’information sur les services de soutien à l’établissement tels ceux visant les soins de santé et de garde, l’éducation et le système juridique canadien. Les francophones ont exprimé le besoin de disposer d’un centre de ressources qui leur permettrait d’obtenir les informations jugées importantes et nécessaires (George et Mwarigha, 1999).
Des recommandations du même ordre ont été formulées ailleurs au Canada. La Société franco-manitobaine (SFM) estime que les plus importants défis en matière d’immigration au Manitoba sont les suivants.
Défi linguistique
- La majorité des immigrants francophones connaissent très peu l’anglais, alors qu’au Manitoba, il faut avoir une connaissance au moins équivalente des deux langues officielles pour être en mesure de fonctionner et de se trouver un emploi (cela peut prendre de 6 à 12 mois avant d’atteindre un niveau d’anglais suffisant pour entrer sur le marché du travail).
- Aucun cours de français n’est offert aux immigrants (pourquoi des cours d’anglais langue seconde seulement ?).
- L’évaluation linguistique pour les cours d’anglais (p. ex., le service à la réception est offert en anglais seulement; les clients doivent signer un contrat rédigé en anglais seulement).
- Il y a un sérieux manque de personnel bilingue dans bien des bureaux des gouvernements fédéral et provincial.
Emploi
- Aide pour la traduction des CV vers l’anglais.
- Mise en contact des nouveaux arrivants avec des employeurs.
- Service d’évaluation des attestations professionnelles (même en présence d’un cas exceptionnel, le service n’est offert qu’en anglais). Il arrive souvent que les diplômes et attestations ne soient pas l’équivalent de ceux que l’on retrouve au Manitoba et que le client doive retourner aux études.
- Formation dans des domaines professionnels.
Logement
- Il y a une pénurie de logements dans le quartier francophone de Saint-Boniface et près des écoles de langue française.
écoles
- Les écoles doivent offrir plus de services d’appui aux nouveaux élèves (la SFM songe déjà à un plan d’action).
- Il faut élaborer et mettre en œuvre des programmes de sensibilisation des enseignants et autres intervenants du secteur de l’éducation aux besoins des immigrants (SFM, 2000).
D. Les institutions
1. Organismes nationaux
À l’extérieur du Québec, c’est peut-être en Ontario que le débat sur l’incidence de l’immigration francophone dans les communautés établies a été le plus animé. Les communautés francophones n’ont offert que très peu d’aide aux immigrants. D’après une analyste, à partir des années 1960, la population franco-ontarienne a graduellement commencé à comprendre les défis de la diversité culturelle et s’est inquiétée du fait que la présence d’immigrants finirait par entraîner une remise en question de la notion des deux peuples fondateurs du Canada (Martel, 1995).
Cependant, en 1990, la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada a adopté une série de résolutions visant à répondre au phénomène du pluralisme tant à l’extérieur qu’à l’intérieur des communautés de langue officielle. Dans une déclaration de principes sur la question du pluralisme et de l’immigration, la FCFA a souligné ce qui suit.
- Étant donné :
- que le Canada est à l’aube de transformations démographiques irréversibles et que dans quelques années, la population dite « ethnoculturelle » sera plus nombreuse que les populations anglophone et francophone dites « de souche », il importe pour les communautés francophones et acadienne que :
- les immigrantes et immigrants, anciens et nouveaux, adhèrent de leur plein gré et sans aliénation à la caractéristique nationale fondamentale de la dualité linguistique, indépendamment de la communauté linguistique à laquelle ils s’intègrent;
- les néo-francophones de même que les immigrantes et immigrants qui optent pour apprendre le français aient toutes les chances et les moyens de s’intégrer aux communautés francophones et acadienne;
- que la francophonie canadienne peut et devra s’adapter aux transformations à venir afin de renflouer le nombre de Canadiennes et Canadiens d’expression française désireux de participer pleinement au développement des communautés francophones et acadienne (Churchill et Kaprielian-Churchill, 1991).
Une publication commandée par la FCFA sur la question du pluralisme et de la francophonie canadienne fait état d’un certain nombre de suggestions pour renforcer le lien entre pluralisme et immigration, dont :
- Il y a lieu d’améliorer l’accueil offert par les organismes communautaires francophones aux immigrants francophones.
On retrouve les suggestions suivantes en ce qui concerne les politiques multiculturelles.
- En collaboration avec les associations provinciales membres, élaborer des programmes conjoints visant la coopération avec différents groupes raciaux ou ethnoculturels pour améliorer la compréhension mutuelle et, en particulier, promouvoir la protection des droits de la personne et des membres des groupes minoritaires dans une société multiculturelle.
- Poursuivre les discussions sur la façon d’intégrer au mieux les néo-Canadiens francophones au sein des communautés francophones et acadienne du Canada. Les associations francophones provinciales devraient mettre l’accent sur leur volonté de trouver des modes d’interaction qui, dans un esprit d’ouverture, respectent les différences culturelles des immigrants (Churchill et Kaprielian-Churchill, 1991).
Au niveau national, les leaders de la francophonie canadienne ont évolué vers une plus grande ouverture face à l’immigration et au multiculturalisme. En effet, la FCFA a récemment lancé une initiative appelée « Dialogue » par laquelle on tente de sensibiliser les différents segments de la population, incluant les communautés ethniques, aux préoccupations des francophones du Canada (FCFA, 1999).
En ce qui à trait aux stratégies, on soutient que les Canadiens francophones et les Acadiens pourraient insister pour prendre part au recrutement et à l’établissement d’immigrants qui parlent le français. Les communautés acadienne et francophones peuvent effectivement prendre des mesures en collaboration avec CIC par l’entremise de leurs organisations locales et de leurs associations provinciales et territoriales.
Il importe certes que l’organisme national représentant les francophones du Canada réfléchisse à la façon dont l’immigration peut contribuer à l’épanouissement des communautés régionales et locales, et mène des initiatives en rapport avec cette question. Il faut trouver des façons de faciliter la participation active des immigrants francophones dans les organismes nationaux et de s’assurer que les structures rendent compte de leur présence.
2. Éducation
Bien que le droit à l’enseignement en français ne leur soit pas conféré automatiquement, il y a peu de preuves que des enfants d’immigrants se soient vu refuser l’accès à l’école de langue française hors Québec, dans les cas où les parents ont exprimé le désir d’obtenir un tel enseignement. Il reste que la difficulté d’avoir accès à l’école de langue française pourrait avoir un effet dissuasif.
En Ontario, si tel est le choix des parents et s’il y a des places, la Loi sur l’éducation prévoit une procédure qui permet à des non-ayants droit d’avoir accès à l’enseignement en français en présentant une demande au comité d’admission du conseil scolaire francophone concerné. L’admission se fait selon les critères établis par le conseil scolaire; ces critères peuvent comprendre le niveau de connaissance de la langue française du nouvel arrivant ou l’attitude des parents à l’égard du mandat de l’éducation franco-ontarienne.
En Saskatchewan aussi on a exprimé des préoccupations au sujet de la question de l’accès des enfants d’immigrants francophones aux écoles de langue française. Citons ici un cas récent mettant en cause deux familles immigrantes francophones qui voulaient inscrire leurs enfants dans une école de langue française. Pour y être admissibles, elles devaient obtenir une permission du conseil de l’école en question, l’approbation du conseil scolaire francophone local et le consentement de l’école de la majorité anglophone du district.
Même si les francophones ont le contrôle de leurs écoles, un immigrant francophone doit obtenir l’autorisation du secteur anglophone pour inscrire son enfant, s’il n’est pas visé par les dispositions de l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés. La division des écoles de langue française de la Saskatchewan examine présentement la relation entre la loi provinciale - le projet de loi 144 - qui couvre la gestion des écoles de langue française en Saskatchewan et l’article pertinent de la Charte (Radio-Canada, Saskatchewan, 2001).
De façon significative, c’est au Québec (notamment dans la région de Montréal) et en Ontario (en particulier à Toronto et à Ottawa) que les écoles de langue française ont dû faire face à la réalité du pluralisme. Au Québec, la Charte de la langue française a obligé presque tous les enfants d’immigrants à fréquenter l’école de langue française, de sorte que dans la région de Montréal, bon nombre de ces écoles comptent en majorité des enfants d’immigrants. Dans les villes de Toronto et d’Ottawa, il y a aussi des écoles où la plupart des élèves sont des enfants d’immigrants, mais elles sont l’exception. Au cours de la seule année 1989-1990, le pourcentage des élèves non immigrants dans une des grandes écoles secondaires de langue française d’Ottawa est passé de 30 % à la majorité de l’effectif.
En 1995, la Commission royale sur l’éducation du gouvernement de l’Ontario a conclu que « l’impatience et les frustrations des nouveaux arrivants francophones étaient certes légitimes, mais que la résistance au changement ou sa lenteur chez certains éléments de la communauté franco-ontarienne sont aussi compréhensibles dans le contexte provincial de l’éducation ». La Commission a souligné que les mémoires de la plupart des groupes clés engagés dans l’enseignement en langue française ont souligné l’importance de l’ouverture aux communautés ethnoculturelles francophones.
L’année suivante, on organisait dans la province une série de consultations complémentaires afin d’examiner les préoccupations des francophones des communautés ethnoculturelles. Les recommandations suivantes ont été faites.
- Mettre en place des programmes scolaires qui répondent aux besoins d’une population francophone multiculturelle. Ceci devrait se refléter dans l’enseignement de l’histoire et de la géographie ainsi que de la littérature où l’on devrait mettre l’accent sur la francophonie canadienne et internationale.
- Refléter la diversité ethnoculturelle de la population étudiante au sein du personnel enseignant et administratif des écoles de langue française, en particulier dans les écoles qui présentent une importante diversité ethnoculturelle.
- Favoriser la confiance en soi chez les élèves en leur fournissant des exemples de gens qui ont réussi dans leur vie professionnelle.
- Mettre en place une structure provinciale crédible afin de représenter les préoccupations des francophones ethnoculturels auprès des conseils scolaires, des instances régionales, de l’administration provinciale et d’autres instances gouvernementales (états généraux complémentaires, province de l’Ontario, 1998).
Une étude réalisée en 1991 par le Comité canadien francophone pour l’éducation interculturelle démontre qu’il y a encore beaucoup de travail à faire pour introduire la notion d’enseignement multiculturel dans les écoles de la minorité linguistique à la fois dans les grands centres urbains et dans les régions où il y a moins de francophones ethnoculturels dans le système scolaire. Pour beaucoup de Franco-Ontariens, la diversité ethnoculturelle est un phénomène relativement récent. Les francophones s’en remettent très souvent aux stratégies adoptées par le secteur anglophone face au pluralisme ethnoculturel.
Dans certains cas, les écoles dont la composition s’est modifiée rapidement ressentent le besoin de réviser leur mission et de se réorienter afin de reconnaître la valeur du français international dans un contexte multi-ethnique et souvent multilingue. Tout ceci survient alors que beaucoup d’établissements de langue française doivent composer avec un sentiment croissant de biculturalisme parmi la population étudiante francophone (Lafontant, 2000).
Dans une publication de la FCFA, Stacy Churchill et Isabel Kaprielian-Churchill (1991) proposent que l’organisme national « ... [fasse la promotion active du] rôle de l’école française comme lieu d’accueil et de première insertion des enfants d’immigrants francophones pour aider les familles à s’identifier de près à la communauté francophone locale ».
Bien que la plupart de l’attention et des ressources sont principalement axées sur l’Ontario, les problèmes que nous avons décrits plus tôt ne sont pas le seul fait des écoles de l’Ontario. En Alberta, malgré l’appui du gouvernement à l’égard du financement des écoles de langue française, on croit que les besoins des nouveaux immigrants ne reçoivent pas toute l’attention méritée. En plus du manque de choix dans les établissements d’enseignement, il y a trop peu d’enseignants dans les écoles de langue française compte tenu du nombre d’étudiants (Couture et al., 2001). En 1996, on ouvrait des écoles francophones non confessionnelles à Calgary et à Edmonton parce que souvent, les immigrants qui envoient leurs enfants dans les écoles de langue française ne sont pas de religion chrétienne et n’ont donc pas accès à l’école catholique. Selon Robert Stebbins, on ne sait pas « comment se sentent les francophones nés au Canada et habitant à Calgary et à Edmonton, à propos de ces nouveaux arrivants dans leur milieu, la plupart ayant des racines raciales et religieuses différentes mais aussi une bonne maîtrise du français, même si souvent ils le parlent avec un accent peu familier » (Stebbins, 2000).
3. Pluralisme
Les conflits entre les membres établis d’une communauté et les nouveaux arrivants sont assez courants, surtout là où la situation démographique évolue rapidement et où l’identité de la communauté fluctue en raison des changements qui se produisent autour d’elle. Ceux qui croient que la défense des droits des francophones au Canada repose essentiellement sur la notion des deux peuples fondateurs pourraient avoir du mal à situer les immigrants francophones dans ce paradigme. La présence même de ces immigrants fait en sorte que le lien que beaucoup de francophones « de souche » ont toujours établi entre la langue et l’ethnicité n’est plus aussi évident.
Plus la diversité ethnique s’accentue au sein des minorités francophones des centres urbains où l’anglais prédomine, plus l’opposition censée exister entre dualité linguistique et multiculturalisme s’atténue. Des sondages récents montrent que les politiques de multiculturalisme n’amènent pas les Canadiens non francophones à moins appuyer la langue française hors Québec. Ces politiques ne découragent pas non plus les Canadiens non francophones d’apprendre le français (Jedwab, Ethnic Identification..., 2000). Beaucoup plus pourrait être fait à cet égard. Le phénomène du multiculturalisme s’accentue au sein de la population francophone. à l’avenir, le Programme du multiculturalisme de Patrimoine canadien devrait appuyer davantage le fait français.
Les francophones appartenant à une minorité visible représentent une proportion relativement faible de l’ensemble des personnes qui ont le français pour langue maternelle : moins de 1,5 % au Québec, un peu plus de 2 % en Ontario et environ 2,5 % en Colombie-Britannique. Cependant, étant donné que presque tous les francophones appartenant à une minorité visible habitent les grands centres urbains, ils constituent une proportion passablement différente de la population francophone minoritaire en région métropolitaine. Lorsque le critère utilisé est la première langue officielle parlée, il y a une légère augmentation du nombre de francophones appartenant à une minorité visible. Par exemple, plus de 12 % des personnes dont la langue maternelle est le français à Toronto (y compris les régions de York et de Peel) sont membres de minorités visibles; par contre, lorsque le critère utilisé est la première langue officielle parlée, cette proportion passe à plus de 20 %.
Une analyste a déterminé trois types de francophones dans les écoles à caractère multi-ethnique : les francophones que l’on pourrait qualifier « de souche », c’est-à-dire qui sont nés au Canada et qui forment eux-mêmes une minorité à l’intérieur de la société anglophone majoritaire; les membres des groupes d’immigrants ethnoculturels francophones qui se sont joints au groupe minoritaire francophone, faisant de ce dernier le groupe dominant d’un point de vue interethnique et enfin, un troisième groupe constitué de ces groupes ethnoculturels et de ces francophones dits « de souche » qui ensemble se perçoivent comme une communauté minoritaire dans ses rapports avec le groupe majoritaire anglophone (Gérin-Lajoie, 1995).
Ces catégories reflètent la rencontre entre les identités linguistiques, ethnoculturelles et raciales et l’importance respective que les élèves accordent à leurs diverses appartenances. La cohabitation d’élèves qui ont des antécédents culturels différents soulève de nouvelles questions sur l’appartenance à la communauté, la formation de la communauté et la solidarité. Par exemple, une observatrice voit une contradiction dans la perception qu’ont les francophones de souche qui estiment ne pas recevoir comme groupe un traitement équitable de la part des anglophones, et les francophones ethnoculturels qui ont un sentiment d’inégalité à l’intérieur de la grande communauté francophone. Monica Heller affirme que « cela devient de plus en plus difficile de rallier toutes les composantes de la population pour la cause franco-ontarienne qui est de lutter contre l’oppression commune quand certains groupes au sein de cette population se sentent opprimés par d’autres; ceci est notamment le cas de groupes d’immigrants qui se sentent exclus du processus éducationnel par la population locale » (Heller, 1994).
Une grande partie du débat intercommunautaire qui a cours chez les francophones dans un environnement multi-ethnique tourne autour de la définition changeante de la société d’accueil. Quels sont les responsabilités et les rôles réciproques de la communauté francophone établie et des nouveaux arrivants ? Il est difficile de parler de l’intégration des francophones ethnoculturels au sein de la minorité francophone dans son ensemble quand les deux communautés sont chacune à sa manière en processus de redéfinition.
Bon nombre d’immigrants francophones se sont plaints du fait que la collaboration avec la communauté établie n’était pas suffisante (Quell, 2000). Très souvent, les efforts faits pour intégrer les francophones ethnoculturels sont jugés insatisfaisants, et beaucoup croient que les ressources ne sont pas bien réparties au sein de la communauté. Il ne faut donc pas se surprendre si les francophones ethnoculturels et ethnoraciaux sont souvent sceptiques devant les appels à l’unité de certains leaders francophones établis. Pour les premiers, l’impossibilité de créer une communauté d’esprit n’a jamais été aussi évidente que dans la distinction que l’on fait entre les francophones ethnoraciaux et les francophones établis (« de souche »). Le débat autour de ces questions identitaires, et la façon de s’y prendre pour en tirer une formule équitable de répartition des ressources, est très complexe du fait qu’aucun des partis qui compose la communauté linguistique n’est monolithique.
Robert Choquette reconnaît que les institutions franco-ontariennes n’ont pas toujours accueilli les immigrants francophones à bras ouverts et que, de ce fait, de nombreuses associations ont été créées par les communautés ethnoculturelles francophones. Par exemple, le fait que c’est la ténacité des Franco-Ontariens établis qui a mené au renforcement du réseau institutionnel dont se sont dotés les francophones de la province est une source de tension. Choquette croit qu’un dialogue est essentiel entre les immigrants et les non-immigrants et qu’un rapprochement exige que tous fassent des compromis afin de poursuivre certains projets en collaboration et de développer des stratégies communes (Choquette, 2000).
Une communauté linguistique peut comprendre de nombreuses ethnies tout comme un groupe ethnique peut utiliser plus d’une langue. Par contre, comme nous l’avons fait remarquer précédemment, l’engagement qu’a pris le gouvernement fédéral de promouvoir l’épanouissement linguistique des communautés de langue officielle ne suppose pas qu’il doive appuyer l’expression ethnoculturelle de l’identité des groupes. Ce genre d’aide peut être consenti dans le cadre du Programme du multiculturalisme, bien que l’argent fourni par ce dernier aux groupes mono-ethniques ne soit plus aussi élevé qu’auparavant. Recourir au budget des langues officielles pour promouvoir l’identité ethnique est donc difficile à justifier. D’un autre côté, il est essentiel que ceux qui reçoivent une aide gouvernementale pour la promotion des langues officielles n’excluent personne et reflètent la diversité des communautés qu’ils représentent.
Le Programme du multiculturalisme peut, pour sa part, favoriser le dialogue entre les francophones de différentes origines. Des partenariats ont été tentés en Ontario entre les organisations francophones provinciales et les francophones ethnoculturels et ethnoraciaux. Même si ces partenariats n’ont pas tous été fructueux, il est important de continuer d’encourager une telle coopération. Une trop grande fragmentation n’est pas toujours compatible avec l’objectif de favoriser l’épanouissement, puisqu’elle peut faire en sorte qu’il soit difficile de cerner tous les besoins de la population francophone et de déterminer les secteurs où les services ont pu être négligés. Le désir commun de recevoir des services en français est une très bonne raison de conjuguer ses efforts. Les communautés ethnoculturelles et ethnoraciales peuvent contribuer à susciter un plus grand engagement à l’égard de ces objectifs au sein de la population ethnique non francophone dans son ensemble. En plus de renforcer la langue française en Ontario, les francophones ethnoculturels et ethnoraciaux peuvent créer des occasions de participer davantage à la francophonie internationale.
Des tentatives ont été faites pour jeter les bases d’un dialogue communautaire axé sur les valeurs et l’identité de la communauté francophone. Faute d’un désir de coopération et d’un sentiment d’appartenance à la communauté linguistique francophone, il y a des risques que les immigrants, du fait de leur appartenance ethnique et raciale, cherchent à s’intégrer de telle façon que, dans certains cas, ils se considéreront surtout comme une minorité linguistique à l’intérieur de leur communauté ethnoculturelle ou ethnoraciale dans son ensemble. Par contre, pour bon nombre de ces immigrants, la langue française constitue une expression importante de leur identité culturelle. Par exemple, de nombreux Africains francophones sont déterminés à ne pas perdre leur particularité linguistique. Si l’on ne poursuit pas l’objectif d’une participation à part entière, le risque que les immigrants perdent leur langue est encore plus grand, ce qui ne tend pas à favoriser l’épanouissement de la communauté.
Un certain nombre d’organismes qui répondent aux besoins des francophones ethnoculturels reçoivent l’appui de CIC et de Patrimoine canadien. La direction de l’Ontario de ce dernier a montré son désir d’aider les francophones ethnoculturels à mettre au point un modèle institutionnel qui tiendra compte de leurs besoins. Des membres de la communauté ethnoraciale francophone de l’Ontario ont attiré l’attention du gouvernement sur les enjeux suivants.
- Méfiance à l’égard de différents organismes francophones provinciaux et nationaux et remise en question de leur leadership.
- Difficulté à évaluer la mesure dans laquelle les organismes francophones ethnoraciaux répondent aux besoins des membres de la communauté, en particulier dans les domaines de l’emploi et de la formation.
- Accès limité à l’information fournie par les ministères et organismes gouvernementaux.
En 1994, Patrimoine canadien a rencontré les représentants d’organismes francophones de l’Ontario afin de discuter de nouvelles façons de distribuer le financement aux groupes de la minorité linguistique. Une nouvelle structure devait être établie qui aurait pour nom la Coalition pour le développement et l’épanouissement de la communauté franco-ontarienne et des minorités raciales francophones de l’Ontario. Certains groupes ethnoculturels francophones qui ont participé à la réunion ont senti qu’on les forçait à accepter le contrôle des organismes traditionnels sur le financement et la répartition des services.
En 1996, Patrimoine canadien incluait le soutien de francophones en situation de minorité raciale dans son accord pluriannuel de soutien aux communautés de langue officielle dans la province de l’Ontario. En fait, la ministre s’est engagée à porter une attention spéciale à la question. Un rapport récent portait sur les besoins des communautés francophones ethnoraciales dans la province de l’Ontario. Ces communautés apportent une contribution vitale à la diversité de la population francophone de l’Ontario. L’accord Canada-communauté pour la province de l’Ontario a reconnu la contribution des minorités raciales et ethniques à la francophonie ontarienne; il fallait donc un plan d’action afin de concrétiser une telle reconnaissance.
Une des principales questions au sujet de l’intégration porte sur les types de coopération nécessaire entre francophones immigrants et non immigrants pour répondre aux besoins des nouveaux arrivants. On a envisagé trois types de partenariats pour les groupes : 1) des partenariats entre des organismes qui représentent des minorités raciales et ethnoculturelles pour mieux harmoniser les efforts et éviter le double emploi; 2) des partenariats avec des établissements et des organismes francophones existants, dans lesquels on ne se limiterait pas à la nomination d’un représentant de minorités raciales ou ethnoculturelles au sein des conseils et autres comités mais qui viseraient une représentation équitable des membres de ces communautés; 3) des partenariats avec les divers ordres de gouvernement et avec le secteur privé. Les fonctionnaires du gouvernement croient que l’on n’a pas examiné pleinement le potentiel de telles initiatives (Muse et al., 1999).
E. Mobilité
1. Emploi et revenu
Un peu plus haut, nous nous sommes penchés sur l’importance que CIC accorde à la connaissance des langues officielles dans la sélection des immigrants. La pertinence de ce critère repose souvent sur l’évaluation du niveau d’adaptation économique des immigrants après plusieurs années. D’après les études effectuées par CIC, la connaissance d’une langue officielle se traduit généralement par des revenus plus élevés. En fait, un travailleur qualifié qui ne parle aucune des deux langues officielles gagne en moyenne moins que la personne moins qualifiée mais qui connaît le français ou l’anglais. En outre, les personnes qui maîtrisent le mieux les deux langues officielles sont les plus susceptibles de travailler pendant toute la durée de leur vie professionnelle. Il y a malgré tout des différences d’une région à l’autre, selon la conjoncture économique qui prévaut et la langue officielle concernée. Par conséquent, dans la plupart des régions du pays à l’extérieur du Québec, les personnes qui parlent français n’amélioreront pas de façon significative leur situation si elles ne possèdent pas aussi une certaine connaissance de l’anglais.
Le rapport qui existe entre les compétences linguistiques et l’insertion économique peut être évalué de différentes façons, et les résultats obtenus dépendent souvent des aspects examinés.
Sur le plan linguistique, les progrès économiques considérables réalisés par les francophones partout au Canada sont l’un des faits marquants des quatre dernières décennies.
À leur arrivée, les immigrants ont un revenu inférieur à celui des non-immigrants, mais bon nombre d’analystes prétendent que les nouveaux arrivants finissent par combler cet écart avec le temps. Quoi qu’il en soit, les critères de sélection établis par les décideurs en fonction des besoins économiques présumés du Canada et de ses obligations humanitaires sont fortement influencés par le temps que ces décideurs estiment qu’il faudra aux immigrants pour atteindre un certain degré de parité économique.
Selon l’étude sur les immigrants francophones de Toronto dont nous avons parlé précédemment, 94 % des nouveaux arrivants n’avaient pas d’emploi qui les attendait à leur arrivée au Canada.
Environ 30 % des personnes à la recherche d’un emploi ont mis un mois à se trouver du travail, 12 % ont mis un an à s’en trouver, et 9,6 % ont été incapables d’en trouver, ce qui correspond à peu près au taux de chômage national au moment où l’étude a été réalisée. Près d’une personne sur quatre (24,7 %) n’a eu aucune aide dans la recherche d’un emploi, tandis que les autres ont eu l’aide de la famille, d’amis, ou encore se sont tournés vers les journaux, les bureaux d’emploi ou des membres de leur communauté ethnique.
Un certain nombre d’études empiriques montrent que les cohortes récentes d’immigrants s’en tirent moins bien sur le marché du travail que dans le passé. Ces résultats vont dans le même sens que l’observation selon laquelle depuis les années 1980 environ, la composition des cohortes de nouveaux arrivants a changé et s’est accompagnée d’un déclin de leur niveau d’adaptation économique, si l’on en juge par le revenu moyen et le taux d’emploi. Il reste que les raisons d’une telle érosion ne sont pas toujours clairement expliquées et que certains observateurs attribuent peut-être trop vite cette situation à une baisse du niveau général de compétences des immigrants.
Au Québec, certains changements importants relativement à l’écart de revenu entre les immigrants et les non-immigrants dépendent en grande partie de la période où les immigrants se sont établis au Canada. En gros, les immigrants qui sont arrivés entre 1971 et 1981 ont un revenu qui se rapproche davantage de celui des non-immigrants que ce n’est le cas pour les immigrants arrivés plus récemment. Si l’écart général de revenu s’est accentué entre les immigrants et les non-immigrants, c’est que les immigrants venus d’ailleurs que d’Europe gagnent moins que les immigrants venus d’Europe et que les non-immigrants.
Au Canada dans son ensemble, on peut constater que les immigrants qui ne connaissaient que le français à leur arrivée ont un revenu légèrement supérieur à ceux qui ne connaissaient ni l’une ni l’autre des langues officielles, et que leur taux de chômage est supérieur à celui des autres immigrants, bien qu’ils soient moins nombreux à déclarer toucher des prestations d’aide sociale que les nouveaux arrivants qui ne connaissaient ni le français ni l’anglais. Toutefois, il y a des différences considérables entre les grands centres urbains. Comme on le verra plus loin, les immigrants résidant ailleurs qu’au Québec et qui ne connaissaient que le français à leur arrivée ne sont pas plus pénalisés sur le plan économique que ceux qui s’installent au Québec.
Plusieurs facteurs méritent d’être examinés de plus près en ce qui a trait aux écarts de taux d’emploi et de revenu chez les immigrants. Notre objectif se limite ici à examiner les conclusions qui se dégagent des données longitudinales. Il faudrait faire des études plus poussées pour mieux comprendre la façon dont se fait l’adaptation économique des immigrants francophones dans les différentes régions du pays.
| Années écoulées depuis l’arrivée | Revenu d’emploi moyen | Touchant des prestations d’assurance-chômage | Touchant de l’aide sociale | |||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Anglais | Français | Les deux | Aucun | Anglais | Français | Les deux | Aucun | Anglais | Français | Les deux | Aucun | |
| 1 | 16 423 | 12 798 | 18 865 | 10 498 | 10 % | 16 % | 11 % | 14 % | 10 % | 29 % | 20 % | 12 % |
| 5 | 23 418 | 16 028 | 23 878 | 17 023 | 15 % | 20 % | 16 % | 20 % | 11 % | 21 % | 11 % | 18 % |
| 10 | 28 242 | 21 961 | 33 599 | 21 108 | 13 % | 17 % | 13 % | 17 % | 12 % | 25 % | 9 % | 20% |
| 15 | 36 158 | 25 446 | 39 187 | 24 995 | 9 % | 15 % | 9 % | 14 % | 8 % | 14 % | 5 % | 18 % |
| Source : CIC et Statistique Canada, Base de données longitudinales sur les immigrants, 1998. | ||||||||||||
Principales constatations se d égageant des données
- Sur les trois provinces étudiées (l’Ontario, le Québec et la Colombie-Britannique), c’est en Ontario que les immigrants, qui ne connaissaient que le français à leur arrivée, avaient le taux de chômage le plus bas.
- C'est également en Ontario qu'on rapporte les revenus annuels les plus élevés chez les immigrants qui ne connaissaient que le français à leur arrivée, quoique ceux installés très récemment en Colombie-Britannique aient affiché un revenu légèrement plus élevé.
- Les immigrants qui connaissaient les deux langues officielles ont réalisé des gains importants sur le plan de l'emploi au cours des quinze années visées, et ceux qui vivent en Ontario et en Colombie-Britannique ont le taux de chômage le plus bas.
- Les immigrants qui ne connaissaient que le français à leur arrivée ont un taux de chômage légèrement plus élevé que la moyenne dans les trois provinces étudiées, mais ils s'en tirent mieux que ceux qui ne connaissaient ni l'anglais ni le français.
Daniel Larocque s’est demandé si les emplois décrochés par les francophones immigrants correspondent à leur domaine d’étude. Dans son enquête, les réponses vont autant dans un sens que dans l’autre, car environ 48,7 % des répondants ont indiqué que leur travail ne correspondait pas à leur domaine de compétence, et un pourcentage identique ont répondu que leur emploi cadrait avec leur formation (y compris 1,3 % de personnes estimant avoir trouvé un emploi meilleur que ce à quoi elles s’attendaient).
Les immigrants en provenance d’Asie sont ceux qui trouvent que leur emploi cadre le plus avec leur formation (50 %), suivis de près par les immigrants venant d’Europe (46,5 %). Ce pourcentage diminue rapidement avec les immigrants en provenance des Amériques (23,1 %), de l’Afrique centrale et méridionale (20,6 %), et finalement de l’Afrique du Nord/Moyen-Orient (5,3 %).
Comme le montrent les données de CIC, les immigrants qui ne connaissaient que le français à leur arrivée sont moins instruits que ceux qui ne connaissaient que l’anglais. Ceux qui connaissaient les deux langues officielles à leur arrivée possédaient en général un niveau de scolarité beaucoup plus élevé que les autres.
L’écart entre les immigrants qui ont un niveau de scolarité plus élevé et qui ne connaissent que le français à leur arrivée et ceux qui ont un niveau de scolarité moins élevé a néanmoins diminué quelque peu depuis 1980. La majorité des immigrants qui connaissaient les deux langues officielles à leur arrivée avaient en général un diplôme universitaire ou l’équivalent. Les différences liées à la scolarité expliquent peut-être en partie les différences observées entre les deux groupes linguistiques au chapitre de l’emploi et du revenu. à Toronto, une proportion plus élevée d’immigrants possédaient un certificat d’une école de métiers ou un diplôme non universitaire.
Cette situation de sous-emploi est en partie attribuée à la non-reconnaissance de la formation et des diplômes reçus à l’étranger, à l’obligation d’avoir une expérience de travail au Canada et à la situation économique (beaucoup de Canadiens, qu’ils soient nés ici ou à l’étranger, ont de la difficulté à trouver un travail qui cadre avec leurs compétences et leur formation). Relativement à la question de l’emploi, il importe de se rappeler que la situation économique d’une province à un moment donné influe évidemment sur la situation générale du marché du travail.
2. Transfert linguistique
Le phénomène de perte de la langue a des répercussions profondes sur la plupart des communautés francophones hors Québec. Il est communément admis que la perte du français est le principal obstacle à l’épanouissement linguistique des francophones hors Québec, et que ce phénomène touche de façon égale les immigrants et les non-immigrants d’expression française. Les transferts linguistiques au sein de la population immigrante francophone sont le reflet d’un phénomène qui existe au sein de la population francophone dans son ensemble. Comme le montre le tableau 19, le degré de transfert linguistique varie d’une région du pays à l’autre. Au Nouveau-Brunswick et au Québec, il semble y avoir eu peu de transferts linguistiques chez les immigrants de langue maternelle française et par ailleurs la population francophone s’est enrichie d’un certain nombre de nouveaux arrivants dont la langue maternelle n’était ni le français ni l’anglais, et qui ont fini par adopter le français à la maison.
| Années | Nouveau-Brunswick | Québec | Ontario | ||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| LM | LPM | DIFF. (%) | LM | LPM | DIFF. (%) | LM | LPM | DIFF. (%) | |
| Avant 1961 | 320 | 320 | 0,0 | 16 115 | 22 915 | +40,0 | 3 920 | 1 515 | -61,0 |
| 1961-1970 | 330 | 360 | +9,8 | 22 205 | 30 695 | +37,1 | 4 160 | 2 170 | -48,0 |
| 1971-1980 | 1 150 | 1 290 | +12,5 | 29 150 | 44 525 | +40,0 | 3 970 | 2 395 | -40,0 |
| 1981-1990 | 430 | 480 | +11,0 | 25 110 | 41 905 | +60,0 | 4 035 | 3 005 | -23,7 |
| 1991-1996 | 150 | 175 | +16,8 | 24 415 | 36 290 | +50,0 | 3 040 | 2 805 | -6,7 |
| Total | 2 380 | 2 625 | +10,3 | 116 995 | 176 330 | +52,0 | 19 120 | 11 890 | -37,5 |
| Années | Manitoba | Alberta | Colombie-Britannique | ||||||
| LM | LPM | DIFF. (%) | LM | LPM | DIFF. (%) | LM | LPM | DIFF. (%) | |
| Avant 1961 | 340 | 115 | -66,2 | 615 | 185 | -70,0 | 1 460 | 470 | -68,0 |
| 1961-1970 | 230 | 130 | -43,5 | 575 | 240 | -57,9 | 1 350 | 460 | -66,0 |
| 1971-1980 | 260 | 195 | -25,0 | 720 | 280 | -61,2 | 1 470 | 570 | -61,3 |
| 1981-1990 | 225 | 175 | -20,5 | 430 | 185 | -57,0 | 955 | 600 | -37,2 |
| 1991-1996 | 85 | 85 | 0,0 | 205 | 195 | -5,0 | 975 | 625 | -35,9 |
| Total | 1 150 | 710 | -38,3 | 2 545 | 1 090 | -57,1 | 6 220 | 2 730 | -56,2 |
| (LM) Langue maternelle | |||||||||
| (LPM) Langue parlée à la maison | |||||||||
| (DIFF.) Différence | |||||||||
| Source : Statistique Canada, Recensement du Canada, 1996. | |||||||||
Dans les provinces situées à l’ouest du Québec, le taux de transfert linguistique chez les immigrants est notable, particulièrement après une période de dix ans. Cela est en partie attribuable au fait qu’au début de la période visée, la grande majorité des immigrants, y compris ceux dont le français était la langue maternelle, se tournaient vers les institutions de langue anglaise. Ils n’avaient guère la possibilité de participer à la vie institutionnelle de minorités francophones qui luttaient pour leur sauvegarde. Les taux de transfert linguistique sont beaucoup moins élevés chez ceux qui sont arrivés plus récemment. Toutefois, si l’on veut lutter contre le phénomène du transfert linguistique chez les immigrants francophones, il faudra absolument amener ceux-ci à se tourner vers les institutions francophones.
Fait intéressant, en Ontario, la tendance récente au chapitre du transfert linguistique est plus forte à l’extérieur d’Ottawa et de Toronto que dans ces deux villes. Dans le cas d’Ottawa, l’arrivée d’immigrants francophones se traduit par un gain net pour la population francophone, ce qui s’explique principalement par le fait que certains allophones adoptent le français.
Le tableau 20 fait état du phénomène de transfert linguistique par pays ou région d’origine chez les immigrants dont le français est la langue maternelle. Pour faire les comparaisons, nous avons choisi la France, l’Afrique du Nord et l’Afrique continentale. Tout comme dans les tableaux précédents, il ressort que l’accélération du transfert linguistique peut se produire après une période de dix ans et qu’à l’extérieur du Québec, environ un immigrant sur deux fait ce transfert après dix ans. De toute évidence, dans le cas des immigrants qui continuent de parler français à la maison à l’extérieur du Québec, le pays d’origine ne fait pas une grande différence.
| Canada | |||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Années | France | Afrique du Nord | Afrique continentale | ||||||
| MT | LSH | DIFF.(%) | MT | LSH | DIFF.(%) | MT | LSH | DIFF.(%) | |
| 1981-1985 | 3 525 | 3 060 | -13,2 | 1 375 | 1 120 | -18,5 | 705 | 505 | -28,4 |
| 1986-1990 | 4 830 | 4 185 | -13,4 | 2 100 | 1 710 | -18,6 | 1 720 | 1 240 | -27,9 |
| 1991-1995 | 10 875 | 10 370 | -4,6 | 2 255 | 1 835 | -18,6 | 3 570 | 2 950 | -17,4 |
| Québec | |||||||||
| Années | France | Afrique du Nord | Afrique continentale | ||||||
| MT | LSH | DIFF.(%) | MT | LSH | DIFF.(%) | MT | LSH | DIFF.(%) | |
| 1981-1985 | 2 800 | 2 725 | -2,7 | 1 115 | 995 | -10,8 | 415 | 370 | -10,8 |
| 1986-1990 | 3 835 | 3 690 | -3,8 | 1 885 | 1 615 | -14,3 | 1 010 | 865 | -14,4 |
| 1991-1995 | 9 345 | 9 140 | -2,2 | 2 035 | 1 740 | -14,5 | 2 365 | 2 135 | -9,7 |
| Reste du Canada | |||||||||
| Années | France | Afrique du Nord | Afrique continentale | ||||||
| MT | LSH | DIFF.(%) | MT | LSH | DIFF.(%) | MT | LSH | DIFF.(%) | |
| 1981-1985 | 725 | 335 | -53,8 | 260 | 125 | -51,9 | 290 | 135 | -53,4 |
| 1986-1990 | 1 000 | 500 | -50,0 | 215 | 95 | -55,8 | 710 | 375 | -47,2 |
| 1991-1995 | 1 540 | 930 | -39,6 | 220 | 95 | -56,8 | 1 205 | 815 | -32,4 |
| Source : Statistique Canada, Compilation spéciale sur l’immigration, Recensement du Canada, 1996. | |||||||||
| Destination à l’arrivée | Langue | Arrivés de l’étranger | Déménagés ailleurs au Canada | Venus d’ailleurs au Canada | Nombre net | % net |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Atlantique | Anglais | 14 180 | 5 820 | 1 945 | -3 875 | -27,3 |
| Français | 320 | 150 | 70 | -80 | -25,0 | |
| Les deux | 1 020 | 355 | 215 | -140 | -13,7 | |
| Québec | Anglais | 56 965 | 19 320 | 5 515 | -13 805 | -24,2 |
| Français | 47 175 | 2 750 | 1 020 | -1 730 | -3,7 | |
| Les deux | 31 865 | 3 905 | 1 760 | -2 145 | -6,7 | |
| Ontario | Anglais | 393 795 | 22 655 | 37 135 | +14 480 | 3,7 |
| Français | 6 180 | 910 | 2 335 | +1 425 | 23,1 | |
| Les deux | 14 215 | 2 160 | 3 725 | +1 565 | 11,0 | |
| Manitoba | Anglais | 21 900 | 6 505 | 1 645 | -4 860 | -22,2 |
| Français | 250 | 85 | 35 | -50 | -20,0 | |
| Les deux | 505 | 220 | 100 | -120 | -23,8 | |
| Saskatchewan | Anglais | 8 000 | 3 920 | 1 160 | -2 760 | -34,5 |
| Français | 95 | 60 | 10 | -50 | -52,6 | |
| Les deux | 285 | 155 | 60 | -95 | -33,3 | |
| Alberta | Anglais | 61 480 | 15 560 | 8 585 | -6 975 | -11,3 |
| Français | 780 | 250 | 185 | -65 | -8,3 | |
| Les deux | 1 850 | 615 | 415 | -200 | -10,8 | |
| Colombie-Britannique | Anglais | 101 975 | 10 025 | 27 150 | +17 125 | 16,8 |
| Français | 815 | 130 | 655 | +525 | 64,4 | |
| Les deux | 3 250 | 520 | 1 545 | +1 025 | 31,5 | |
| Source : CIC et Statistique Canada, Base de données longitudinales sur les immigrants, 2000. | ||||||
Principales constatations se dégageant des données
- Dans les provinces situées à l’ouest du Québec, le taux de transfert linguistique chez les immigrants est notable, particulièrement après une période de dix ans.
- L’accélération du transfert linguistique peut se produire après une période de dix ans; à l'extérieur du Québec, environ un immigrant sur deux fait ce transfert après dix ans.
- Dans le cas des immigrants qui continuent de parler français à la maison à l'extérieur du Québec, le pays d'origine ne fait pas une grande différence.
- Les grands centres urbains hors Québec retiennent une bonne proportion d'immigrants francophones. Par contre, les centres de plus petite taille ont vu partir un nombre important des immigrants francophones qu'ils avaient été les premiers à accueillir.
3. Migration interprovinciale
La mobilité ou migration interprovinciale a des conséquences importantes sur la situation démographique des communautés francophones. Il est juste de croire que lorsque la migration interprovinciale des immigrants est limitée, leur adaptation en est grandement facilitée. Un analyste qui suit ces mouvements a constaté que de 15 à 20 % des immigrants changent de province dans les six années qui suivent leur arrivée au Canada (Dougherty, 1994). De plus, les immigrants semblent assez sensibles aux conditions économiques lorsqu’ils choisissent leur destination. Les conclusions auxquelles en vient Dougherty font croire que le lien important qui existe entre le revenu régional et la disproportion de sans-emploi parmi les immigrants se traduira par une mobilité accrue chez les immigrants dont la destination initiale a été choisie en fonction d'autres facteurs.
De 1980 à 1995, quelque 1 020 immigrants qui ne parlaient que le français à leur arrivée et s’étaient établis dans le reste du Canada ont finalement déménagé au Québec, alors qu'environ 2 750 immigrants qui s’étaient d’abord installés au Québec ont déménagé ailleurs au Canada. Les données permettent de conclure que les grands centres urbains hors Québec retiennent une bonne proportion d'immigrants francophones. Par contre, les centres de plus petite taille ont vu partir un nombre important des immigrants francophones qu’ils avaient été les premiers à accueillir.
Enfin, on peut voir qu’au Québec, environ le tiers des immigrants qui ne connaissaient que l’anglais à leur arrivée ont quitté la province dans les années qui ont suivi.
Discussion/Incidence sur les politiques
Le recrutement d’immigrants francophones
Les données exposées au présent chapitre (au tableau 2) font ressortir un écart important entre le nombre d’immigrants francophones et le nombre d’immigrants anglophones : 3,6 % des immigrants ne parlant que le français, contre 78,8 % des immigrants ne parlant que l’anglais. La hausse du pourcentage d’immigrants ne parlant que le français à leur arrivée au Canada constatée depuis 1961 (pour la période 1991-1996, 5,4 %, contre 73,3 % des immigrants ne parlant que l’anglais) est attribuable aux efforts que le gouvernement québécois a faits pour recruter davantage d’immigrants francophones dans le but de favoriser l’épanouissement de la langue française au Québec. Contrairement au Québec, le Canada ne prend aucune mesure directe pour recruter des immigrants francophones à l’étranger; CIC pourrait en faire beaucoup plus à cet égard. Des délégations de francophones issus de communautés de langue officielle pourraient se rendre dans les pays sources d’immigrants potentiels et fournir des renseignements sur les conditions de vie et les débouchés qui existent dans ces communautés. On pourrait mettre des ressources en place dans les pays où il existe un potentiel de recrutement et conclure des ententes avec des organismes internationaux qui travaillent dans le domaine des migrations. CIC devrait établir des cibles relativement au nombre d’immigrants francophones que le Canada accueille chaque année et évaluer les progrès réalisés annuellement. Il est essentiel de se préparer à l’arrivée des immigrants et d’établir des structures capables de répondre à leurs besoins initiaux. Cela devrait se faire en étroite collaboration avec les communautés de langue officielle et, dans la mesure du possible, en fonction de propositions qu’elles auraient soumises. Ces propositions décriraient ce dont on a besoin pour favoriser l’établissement des immigrants et leur processus d’adaptation.
Établissement et intégration
La répartition des immigrants francophones s’apparente à celle de la majorité des arrivants au Canada; en bref, ils ne choisissent pas nécessairement de s’installer là où la population francophone au Canada hors Québec est concentrée. Il serait fort utile d’effectuer un vaste sondage auprès des immigrants francophones à l’échelle nationale afin de déterminer leurs besoins ainsi que les manquements au plan des services auxquels ils sont confrontés dans diverses parties du pays. Leur intégration éventuelle aux communautés de langue officielle est liée à l’épanouissement des institutions de ces communautés. La capacité d’accueillir des immigrants dépend beaucoup des ressources, des institutions et des structures en place pour répondre aux besoins de ces immigrants. Il faut donner aux communautés les moyens de s’épanouir, y compris les outils dont elles ont besoin pour favoriser l’intégration des immigrants. L’immigrant qui appartient à une minorité de langue officielle doit non seulement pouvoir participer pleinement à la vie de la société dans son ensemble mais voudra sans doute aussi contribuer à la vie de la communauté minoritaire. L’absence d’institutions permettant de répondre à ce dernier objectif freinera sans aucun doute la participation des immigrants à la vie communautaire et nuira à l’engagement à favoriser l’épanouissement de la minorité de langue officielle.
Attirer les immigrants vers les institutions traditionnelles de la communauté francophone pose tout un défi. De nombreux immigrants francophones ont exprimé leur déception au sujet de leur expérience initiale au Canada. L’insertion des immigrants dépend fortement de la connaissance des services offerts et des premiers contacts faits au moment de l’arrivée dans le nouvel environnement. De nombreuses communautés francophones de partout au pays pourraient reprendre à leur compte le modèle des Carrefours d’intégration conçu au Québec (examiné à la section C2 du présent chapitre) comme moyen d’attirer les immigrants vers elles. Les communautés francophones ont demandé la création de centres de ressources pour faciliter l’adaptation des immigrants.
Il faudrait éliminer les obstacles à l’accès des enfants des immigrants francophones aux écoles de langue française. Pour nombre de communautés francophones du Canada, les écoles de langue française constituent le seul milieu hors de la famille où les gens peuvent parler français. Conséquemment, l’intégration linguistique des enfants d’immigrants est en grande partie conditionnée par la langue d’enseignement choisie par les parents. Bon nombre d’études ont permis d’observer l’impact socioculturel de la présence d’immigrants francophones dans les écoles de langue française à l’extérieur du Québec; cependant, aucune étude n’a encore permis d’analyser les taux d’attraction et de rétention des enfants d’immigrants francophones dans ces établissements. Une telle étude nous aiderait à comprendre le désir d’immigrants francophones d’inscrire leurs enfants dans ces écoles et le profil de ceux qui les choisissent.
Il est par ailleurs important de prendre les mesures nécessaires pour que les compétences professionnelles des immigrants soient pleinement reconnues. Le rôle des ordres regroupant médecins, ingénieurs, psychologues et autres professionnels dans l’accréditation des professionnels qui souhaitent immigrer au Canada est important. Encore beaucoup de réflexion et d’ajustements s’imposent pour reconnaître à leur juste titre les acquis des candidats à l’immigration.
Chez les immigrants francophones, les transferts linguistiques suivent les mêmes courbes que chez la population francophone dans son ensemble. Attirer des immigrants vers la communauté francophone aidera tous les francophones, les immigrants comme les non-immigrants, à mieux faire face au phénomène du transfert linguistique.
L’intégration est un processus à deux sens qui implique un changement d’identité tant pour les nouveaux arrivants que pour la communauté d’accueil. Les immigrants francophones introduisent souvent une diversité ethnique dans les communautés linguistiques « établies » (ou « de souche »). En outre, au cours des quatre dernières décennies, l’identification à la province/région et l’appartenance à la localité/municipalité ont pris de l’importance. La présence d’immigrants francophones invite à une réflexion sur les éléments qui définiront les communautés francophones du Canada de l’avenir, notamment en ce qui a trait à la dimension ethnoraciale. Il sera essentiel que les immigrants francophones soient davantage représentés au sein des organisations francophones locales, régionales et nationales. Les institutions francophones seront confrontées à la nécessité de tenir compte des besoins diversifiés des francophones ethnoraciaux. Les programmes qui visent à sensibiliser au multiculturalisme les fournisseurs de services aux institutions francophones devraient être amplifiés. Il existe une expertise dans ce domaine un peu partout au pays, et il faudrait l’employer à cette fin. Par ailleurs, il faudrait mettre sur pied des initiatives qui contribueraient à une meilleure harmonisation des politiques en matière de multiculturalisme et de promotion des communautés de langue officielle. Les personnes responsables du Programme du multiculturalisme devraient favoriser l’épanouissement des communautés francophones par le truchement d’initiatives interculturelles qui rassemblent des francophones immigrants et non immigrants ainsi que la population dans son ensemble. L’initiative « Dialogue » menée par la FCFA est un bon exemple d’initiative interculturelle.
Peu d’études ont examiné ce que pourrait exiger le soutien de l’épanouissement linguistique des anglophones du Québec. Il ne fait aucun doute qu’étant donné les pertes attribuables à la migration interprovinciale des anglophones, l’arrivée de nouveaux immigrants revêt une importance encore plus grande pour assurer l’épanouissement de la communauté. L’immigration des anglophones et celle des allophones qui adoptent ultérieurement l’anglais comme langue d’usage à la maison ont non seulement eu une incidence démographique profonde sur la communauté, mais elles ont aussi affecté l’identité de la population anglophone.
Malgré tout, l’incidence de l’immigration internationale sur la communauté anglophone du Québec au cours des vingt dernières années a rarement attiré l’attention. Cela est attribuable en partie au fait que l’on s’est beaucoup plus intéressé à ceux qui quittaient la province et aux conséquences démographiques et institutionnelles de leur départ. Cela est également attribuable aux transferts de responsabilités concernant l’intégration des nouveaux immigrants des institutions anglophones aux institutions francophones. Dans ce qui suit, nous examinons les incidences démographiques de l’immigration anglophone au Québec et nous abordons plusieurs aspects de l’intégration linguistique, économique et sociale des immigrants anglophones.


