ANALYSE DE SITUATION

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EXAMEN DE LA RECHERCHE – PRINCIPAUX RÉSULTATS ET ANALYSE

Un examen complet d’importants rapports et publications* a permis de déterminer les facteurs et les questions qui alimentent les intérêts et les impressions à l’égard de la langue et de la culture françaises au Canada et en Saskatchewan.

L’examen a surtout servi à mettre en lumière la portée du problème à l’étude et à cibler les lacunes de la recherche, qui ont été analysées plus en profondeur à la phase II de la recherche qualitative. De plus, nous avons mené des entrevues avec certains professionnels du domaine des langues officielles au Canada.

Le rapport détaillé de l’examen de la recherche présenté au Commissariat aux langues officielles à la fin de la phase I présentait un aperçu des facteurs qui, sur la scène tant canadienne que saskatchewanaise, touchent la langue et la culture françaises. Certains des points saillants de ce rapport figurent ci-dessous.

La scène canadienne – un environnement national qui valorise la diversité et le bilinguisme

La perspective canadienne générale positive à l’égard du français et du bilinguisme fournit une plateforme nationale de facto qui peut être utile pour influer de façon positive sur les opinions et l’attitude des Saskatchewanais à l’égard de la langue et de la culture françaises.

Recensement de 2001, Statistique Canada

  • 9,2 millions de Canadiens et de Canadiennes peuvent tenir une conversation en français (31 %).
  • 6,8 millions de Canadiens et de Canadiennes ont le français comme langue maternelle (23 %).
  • Entre 1951 et 2001, le nombre de francophones est passé de 4,1 à 6,8 millions, mais la proportion des francophones au sein de la population a baissé de 29 à 23 p. 100.

Enquête de 2002 de l’Association d’études canadiennes (AEC), Environics/Focus Canada

  • Une majorité de Canadiennes et de Canadiens croient qu’il est important de maîtriser une langue seconde (environ 75 % des répondants).
  • Environ deux Canadiens sur trois sont d’avis qu’une certaine instruction en français devrait être obligatoire dans les écoles élémentaires et secondaires anglaises au Canada, et 40 p. 100 sont entièrement d’accord.
  • Seulement 29 p. 100 des répondants de l’Ouest canadien sont entièrement d’accord que l’instruction en français devrait être obligatoire.

Les langues au Canada : recensement de 2001 de Louise Marmen et Jean-Pierre Corbeil

  • Les facteurs qui ont des répercussions sur l’évolution des groupes linguistiques au Canada : la transmission de la langue, la structure par âge, l’immigration, la migration interprovinciale, le transfert linguistique et l’exogamie, ainsi que l’utilisation de la langue maternelle au travail.

Le Canada par rapport à la Saskatchewan – Enquête du CRIC sur les langues officielles, 2003

L’Enquête du CRIC sur les langues officielles, réalisée en décembre 2003 auprès d’un échantillon de 2 002 Canadiens et Canadiennes, présente un bon aperçu de la situation de la langue et de la culture françaises au Canada. Les résultats de cette enquête ont été comparés entre provinces et catégories d’échantillon. Cette enquête fait état d’un haut taux d’optimisme chez la population canadienne en matière de bilinguisme et d’apprentissage d’une langue seconde. Lorsque nous comparons les résultats de la Saskatchewan à ceux d’autres provinces, il semble toutefois que le taux d’optimisme à l’égard du français y soit relativement moins élevé qu’ailleurs.

  • Lorsque nous avons lu aux répondants une série d’énoncés sur la valeur du bilinguisme, de l’apprentissage d’une langue seconde et de l’apprentissage du français comme langue maternelle, les Saskatchewanais ont été relativement moins optimistes que les répondants des autres provinces. C’est ainsi que, par exemple, lorsqu’on leur a demandé d’indiquer s’ils étaient en accord ou en désaccord avec l’énoncé qu’« Au Canada, l’anglais est la seule langue qu’on doit connaître pour réussir », seulement 39 p. 100 des répondants provenant de la Saskatchewan étaient en désaccord, le pourcentage le moins élevé de toutes les provinces. Cette donnée signifie que les répondants de la Saskatchewan attachent moins d’importance à l’apprentissage d’autres langues et à la valeur du français que les habitants des autres provinces.
  • Lorsqu’on a demandé aux répondants de dire s’ils étaient en accord ou en désaccord avec l’énoncé « J’aimerais pouvoir parler le français », le niveau de désaccord a été le plus élevé chez les répondants de la Saskatchewan (33 %). La moyenne nationale de désaccord est de 16 p. 100 en incluant le Québec et de 21 p. 100 en l’excluant. On peut donc dire que la motivation de voir leurs enfants apprendre le français est assez faible parmi les Saskatchewanais.
  • On a demandé aux répondants « Si [vos enfants/les enfants de votre collectivité] devaient apprendre une autre langue, quelle langue autre que l’anglais serait la plus importante à apprendre, pour eux? ». Bien que le français ait été nommé le plus souvent partout au Canada, de même qu’en Saskatchewan, il faut noter que les Saskatchewanais ont aussi cité le cri comme langue importante à apprendre. Ainsi, la population autochtone de la Saskatchewan constitue une unité de population de base et, naturellement, elle a une affinité particulière à l’égard de sa propre langue, plutôt que des autres langues. Ce fait pourrait poser un défi au moment de promouvoir le français langue seconde dans la communauté autochtone de la Saskatchewan.

* Les publications et les rapports analysés durant l’examen de la recherche figurent dans la bibliographie.

L’exemple de l’Alberta – vers une politique sur l’apprentissage obligatoire d’une langue seconde

L’initiative de politique de l’Alberta concernant l’apprentissage obligatoire d’une langue seconde peut servir de modèle et aider à concevoir, à évaluer et à orienter une politique similaire en Saskatchewan.

Selon l’information publiée sur le site Web du ministère de l’Éducation de l’Alberta, le projet Enhancing Second Language Learning a été mis sur pied au printemps 2000 en réponse à la diminution du nombre d’inscriptions dans les cours et les programmes de langue seconde dans l’ensemble de la province. Le projet consistait en une étude approfondie de la capacité du système scolaire de l’Alberta.

Le Language Research Centre de l’Université de Calgary a effectué un examen de la recherche actuelle portant sur quatre aspects de l’apprentissage d’une langue seconde. Cet examen a permis de dégager les constatations suivantes :

  • La sensibilisation à une langue seconde peut améliorer les capacités linguistiques dans la langue maternelle ainsi que d’autres aspects intellectuels et comportementaux.

  • L’apprentissage d’une langue seconde conjugué avec l’apprentissage d’une matière théorique (enseignement d’une langue et d’un contenu) est une façon rapide et efficace de favoriser le développement des compétences générales en langue seconde.

  • Les recherches sur les élèves ayant des besoins spéciaux se concentrent sur les stratégies permettant d’offrir et d’évaluer l’enseignement. Elles montrent que ces élèves sont capables d’apprendre une langue seconde.

Le ministère de l’Éducation de l’Alberta est en train de concevoir des ressources pédagogiques et de nouveaux programmes d’apprentissage de plusieurs langues visant les élèves débutants de 4e année. À compter de septembre 2006, le pied-noir, le cri, le chinois, le français langue seconde, l’allemand, le japonais, le punjabi, l’espagnol et l’ukrainien seront offerts dans le cadre d’une série de cours étalés sur neuf ans.

Le Ministère a déjà élaboré divers programmes d’apprentissage des langues pour répondre à l’exigence de la politique en matière d’apprentissage linguistique. Les ressources allouées aux programmes bilingues et aux programmes des points d’entrée précoces, comme les arts en espagnol (M-6), en ukrainien (M-12), et en cri et en pied-noir (M-9), continueront d’être offertes comme précédemment.

Au départ, la province avait planifié rendre obligatoire l’enseignement d’une langue seconde à tous les élèves de la 4e année à compter de l’année scolaire 2006-2007 et à tous les élèves de la 4e à la 9e année à compter de 2011-2012. Selon un article publié le 22 février 2006 dans le Edmonton Journal, le ministre de l’Éducation a toutefois reporté d’au moins deux ans son plan de rendre obligatoire l’enseignement d’une langue seconde aux élèves de la 4e à la 9e année. Cette décision découle du fait que 10 des 62 conseils scolaires de l’Alberta, principalement en régions rurales, ne sont pas prêts actuellement à offrir les programmes linguistiques.

Comme le montre le tableau ci-dessous, le nombre approximatif d’inscriptions pour l’année scolaire 2002-2003 aux cours de français indique que le français demeure une langue seconde de premier choix pour les élèves de l’Alberta :

  • Français langue seconde (M-12)                                                       114 400

  • Immersion française (M-12)                                                              28 300

  • Cours sur les cultures et les langues autochtones et internationales      16 000

  • Programmes linguistiques internationaux bilingues                                6 000

LA SITUATION EN SASKATCHEWAN – LES FACTEURS QUI ONT DES RÉPERCUSSIONS SUR LES PERCEPTIONS DE LA LANGUE ET DE LA CULTURE FRANÇAISES

Un coup d’oeil plus attentif sur la situation en Saskatchewan (examen de la recherche et entrevues avec les intervenants) révèle de nombreux facteurs qui influent sur les opinions et les attitudes à l’égard de la langue et de la culture françaises en Saskatchewan. Pour mieux comprendre ces facteurs, ils ont été regroupés en trois grandes catégories :

  • facteurs démographiques et socioéconomiques;

  • facteurs institutionnels;

  • facteurs liés aux attitudes du public.

Chacune de ces catégories regroupe un grand nombre d’éléments qui seront abordés ci-dessous et tout au long du rapport.

Facteurs démographiques et socioéconomiques

Voici quelques tendances démographiques de la population francophone de la Saskatchewan :

  • La population des francophones (langue maternelle) en Saskatchewan a grandement diminué, principalement dans les années 1960. Et elle continue de diminuer, bien qu’à un rythme plus ralenti au cours des dernières années. On compte actuellement environ 18 000 francophones en Saskatchewan et quelque 50 000 habitants qui peuvent soutenir une conversation en français.

  • De 1951 à aujourd’hui, le pourcentage de francophones au sein de la population de la Saskatchewan est passé de 4,4 à 2 p. 100.

  • La population francophone est principalement composée d’adultes, et l’âge médian est de 52 ans.

Il est hors de notre propos, dans le cadre du présent rapport, de proposer des moyens de renverser ces tendances démographiques. L’objectif des commentaires qui figurent ci-dessous est de décrire l’environnement démographique et socioéconomique de la Saskatchewan et, plus particulièrement, la façon dont il influe sur les opinions et les attitudes des habitants à l’égard de la langue et de la culture françaises. Les initiatives et les programmes visant à changer les tendances liées à l’usage du français en Saskatchewan doivent être élaborés et évalués en tenant compte de ces réalités démographiques.

Déclin et mouvements de la population

La population saskatchewanaise a connu des changements qui, pour la plupart, n’ont pas été positifs. L’ensemble de la population a diminué et vieilli. Tel que mentionné plus tôt, les francophones ne sont pas à l’abri de cette tendance démographique. Le vieillissement de la population francophone est préoccupant, car il a des répercussions négatives, notamment, sur le déclin du nombre d’enfants francophones d’âge scolaire, les priorités des communautés francophones ainsi que sur les questions d’intérêt public préoccupant ces communautés. Les relations exogames entre les francophones et les membres d’autres groupes linguistiques, principalement anglophones, ont aussi une influence négative sur les attitudes à l’égard du français dans les foyers et les familles de la Saskatchewan. Dans la majorité des cas, l’anglais tend à devenir la langue utilisée dans les foyers de familles exogames francophones-anglophones. De plus, le fait que l’anglais soit la langue maternelle dans certaines de ces familles exogames peut avoir des répercussions négatives sur les attitudes clés des parents à l’égard de l’éducation en français de leurs enfants.

On note que de plus en plus de gens des régions rurales déménagent dans des régions métropolitaines. Il ne s’agit pas en soi d’une chose négative mais, tel que démontré plus loin, cette situation a une incidence négative sur les unités démographiques de francophones qui vivaient traditionnellement dans des îlots ruraux.

Les statistiques indiquent que les francophones de la Saskatchewan habitent principalement en régions rurales. Le déclin de la croissance démographique en régions rurales a donc eu des répercussions négatives sur la disponibilité des ressources pédagogiques. Ces répercussions ont entraîné des effets néfastes sur les possibilités d’apprentissage du français dans les écoles et pourraient également avoir eu une incidence sur les opinions et l’attitude des conseils scolaires et des décideurs gouvernementaux. Le déclin de la population francophone se traduit par une baisse de la clientèle de base des programmes de français et une ouverture à l’égard de l’élaboration de politiques et de l’investissement pour les langues et les cultures de communautés ethniques et autochtones.

Croissance de la population autochtone

La population autochtone de la Saskatchewan est le segment de la population qui croît le plus rapidement dans la province. Par conséquent, les enfants autochtones représentent un pourcentage de plus en plus important de l’ensemble de la population d’âge scolaire.

Ce fait pose deux défis évidents qui ont des répercussions sur les opinions et les attitudes à l’égard de la langue et de la culture françaises en Saskatchewan. Tout d’abord, les enfants autochtones d’âge scolaire semblent peu enclins à apprendre le français comme langue seconde. En fait, on les encourage à apprendre une langue seconde, en leur demandant de choisir entre le français ou leur propre langue autochtone. Cette situation met de la pression sur les ressources pédagogiques et, par conséquent, a des répercussions négatives sur la prestation des ressources accordées à l’enseignement du français.

La croissance de la population autochtone a aussi une incidence sur les opinions et les attitudes à l’égard du français en Saskatchewan par rapport à la politique provinciale et à l’attribution des ressources. La promotion de la culture autochtone devient une priorité de plus en plus grande pour le gouvernement et, dans une certaine mesure, pour les entreprises de la province. Comme le suggèrent les recherches et certains intervenants, on mise plus souvent qu’autrement sur cette priorité au détriment d’autres activités culturelles. La promotion de la culture française en Saskatchewan se fait dans un environnement sollicité de toute part, ce qui peut modifier l’opinion du grand public qui ne considère peut-être pas le français comme un enjeu prioritaire.

La promotion continue de la culture française en Saskatchewan doit prendre en compte les activités promotionnelles majeures qui se déroulent en faveur des cultures autochtones. Dans ce contexte, il conviendrait de réexaminer les activités promotionnelles de la culture française pour s’assurer qu’elles sont bien ciblées et que les messages véhiculés sont efficaces sur le plan des communications publiques. La recherche future permettra de peaufiner les messages culturels pour qu’ils aient le plus de répercussions possible auprès de la population en général.

Facteurs institutionnels

Les institutions et leurs politiques ont des répercussions sur la langue et la culture dans les communautés et, en définitive, sur les impressions du public. Il faut donc examiner attentivement ces éléments essentiels.

Deux principaux types de facteurs institutionnels ont été identifiés : les facteurs liés au système éducatif et les facteurs gouvernementaux. Les principaux résultats de l’examen de la recherche et des discussions avec les intervenants, en ce qui a trait aux facteurs institutionnels, sont résumés ci-dessous.

L’examen de la recherche a fait ressortir certaines préoccupations liées aux opérations, aux politiques ou au financement qui ont des répercussions négatives sur l’apprentissage du français à l’école ou la promotion de la culture française dans la population en général.

Dans une perspective de recherche, plusieurs de ces enjeux n’exigent pas nécessairement une recherche plus poussée. Toutefois, nombre de ces enjeux représentent d’importants secteurs d’intérêt public qui pourraient être modifiés au fil du temps pour influer positivement sur les opinions et les attitudes des Saskatchewanais à l’égard de la langue et de la culture françaises.

Facteurs liés au système éducatif

Le système éducatif joue un grand rôle dans le façonnement de l’opinion publique quant à l’importance littéraire, intellectuelle et économique de l’apprentissage du français. À certains égards, le système éducatif permet aux gens de voir et de formuler des impressions au sujet de la langue.

D’après la recherche et certains intervenants clés, le système scolaire anglophone de la Saskatchewan obtient une évaluation mitigée pour ce qui est de créer un environnement propice à la promotion de l’enseignement du français à l’école, qu’il s’agisse du français de base ou de l’immersion française.

Parmi les points positifs du système scolaire de langue anglaise en Saskatchewan, mentionnons : aucun plafond pour l’inscription ou le transport d’élèves lorsqu’il s’agit de programmes de français langue seconde à l’école; aucuns frais supplémentaires pour les programmes de français langue seconde; les mesures de reconnaissance en place pour les élèves inscrits aux programmes d’immersion, telle une mention spéciale à la fin des études.

L’examen de la recherche et les entrevues avec les intervenants ont cependant mis en lumière plusieurs problèmes majeurs au sein du système scolaire de langue anglaise de la Saskatchewan. Le problème principal est la perception générale que l’apprentissage du français n’a pas le même statut que d’autres matières scolaires. Le personnel enseignant et, notamment, les conseillers d’orientation professionnelle, sont mal préparés ou réticents à promouvoir l’apprentissage du français.

En ce moment, les points d'entrée aux programmes d'immersion française se trouvent surtout à la maternelle et à la première année bien qu'il serait possible de commencer le programme plus tard à l'élémentaire. En conséquence, il serait bénéfique de faire valoir cette flexibilité des points d'entrée par l'entremise de campagnes d'information ciblées.

La préoccupation croissante à l’égard de la pénurie de personnel enseignant de français qualifié s’ajoute aussi aux deux points précédents. La recherche et bon nombre d’intervenants font valoir que cette question entrave l’expansion des programmes de français dans les écoles de la province.

Les intervenants ont cité des cas précis où les professeurs de français ne sont pas toujours suffisamment qualifiés, ce qui nuit à l’inscription à ces cours (surtout les cours de base) puisque les élèves n’ont pas l’impression que les cours de français sont intéressants. Si ces témoignages reflètent la réalité, ils mettent en relief le besoin de mieux évaluer les compétences du personnel de première ligne et d’accroître les ressources de perfectionnement professionnel afin de s’attaquer au problème de la qualification des professeurs de français.

Si tel est le cas, il faut remédier à la pénurie de professeurs de français qualifié. La recherche pourrait constituer un outil très utile à cet égard.

La recherche et certains intervenants font valoir la préoccupation que les administrateurs scolaires (conseils scolaires, commissaires, etc.) ne sont pas aussi utiles qu’ils le pourraient dans la promotion de l’apprentissage du français. Notamment, certains administrateurs considèrent le français comme un fardeau financier à gérer ou comme un élément de deuxième ordre comparativement à d’autres matières scolaires.

Encore une fois, les administrateurs scolaires peuvent prendre diverses mesures pour encourager l’apprentissage du français dans les écoles de la Saskatchewan.

En général, le système scolaire francophone de la Saskatchewan est considéré comme un facteur institutionnel positif, car il crée un contexte où l’apprentissage du français peut se dérouler dans un environnement exclusivement francophone. Cette solution de rechange au système scolaire de langue anglaise ne s’adresse cependant qu’aux familles entièrement ou partiellement francophones. Ainsi, le système scolaire francophone offre des possibilités limitées aux familles non francophones de la Saskatchewan désireuses d’offrir un lieu d’apprentissage francophone à leurs enfants, d’où une occasion manquée d’augmenter les inscriptions. Durant l’examen de la recherche, nous avons noté qu’un certain nombre de facteurs peuvent influencer les parents dans leur choix du système scolaire francophone : le nombre d’écoles dans la communauté, la distance à parcourir, la possibilité d’insciption des familles non francophones, etc. On comprend aisément que les parents sont plus enclins à envoyer leurs enfants dans une école francophone si elle est à une distance raisonnable.

Il importe de se rappeler que le système scolaire francophone de la Saskatchewan a fait l’objet de plusieurs débats intenses dans certaines régions, ce qui a créé des tensions dans ces communautés.

En résumé, la recherche existante montre que les parents et les élèves visent avant tout la réussite financière et professionnelle lors des choix liés à l’enseignement secondaire. La plus faible priorité accordée à l’enseignement en langue française pourrait influer sur l’opinion publique quant au rôle de cette langue dans la réussite future. Par ailleurs, en Saskatchewan, l’importance économique du bilinguisme n’est pas apparente. Selon l’Association d’études canadiennes, les avantages du bilinguisme qui existent dans certaines régions du Canada par rapport aux revenus disparaissent dans les provinces des Prairies. Ainsi, la valeur perçue du français pour ce qui est des avantages économiques ou de l’avancement professionnel semble baisser en Saskatchewan.

Facteurs gouvernementaux

Dans plusieurs domaines, la recherche et certains intervenants notent des lacunes quant à l’approche adoptée par le gouvernement provincial à l’égard de l’enseignement du français. La plupart de ces lacunes se résument par la faible priorité accordée à la promotion de l’enseignement du français dans la province. L’examen de la recherche a permis de faire les constatations suivantes :

  • La Direction de l’Éducation française et des langues contrôle les programmes en français, mais il ne dispose pas du personnel et du budget nécessaires.

  • Des politiques provinciales sont en place, mais doivent être davantage approfondies grâce à une recherche rigoureuse.

Comme c’est le cas du système scolaire, les activités du gouvernement provincial sont perçues comme le reflet des opinions de la population en général sur les diverses cultures et langues. Si le gouvernement entreprend peu d’initiatives dans un domaine, il est très probable que la question ne soit pas prioritaire pour une majorité de Saskatchewanais. À l’inverse, s’il lance une campagne de promotion et accorde des ressources à la cause du français, cela peut favoriser l’amorce d’une discussion sur la langue et la culture françaises dans les communautés de l’ensemble de la province.

Lorsque les élèves et leurs parents choisissent un programme d’études, les avantages économiques constituent l’un des principaux motivateurs. S’ils ne voient pas d’avantages économiques évidents à l’enseignement du français langue seconde ou du français langue maternelle, il est fort compréhensible qu’ils optent pour d’autres matières. Certaines initiatives gouvernementales permettant de générer, de reconnaître et de promouvoir les avantages économiques du français auprès des Saskatchewanais auront certainement des répercussions positives sur les opinions et les attitudes de la population à l’égard du français.

Pour changer de façon notable la dynamique actuelle de l’enseignement du français en Saskatchewan, la recherche et certains intervenants suggèrent d’adopter l’approche albertaine en mettant en oeuvre une politique sur l’apprentissage obligatoire d’une langue seconde. Il est fort probable qu’un tel changement ferait augmenter le nombre d’élèves qui choisissent le français comme langue seconde.

Facteurs liés aux attitudes du public

Dans la recherche actuelle, la plus importante lacune est sans doute le manque de données fiables sur les attitudes et les préférences des Saskatchewanais par rapport à l’apprentissage du français et à l’appui à la culture française. Bien que de nombreuses hypothèses soient avancées sur ce qui influe sur les points de vue du grand public sur cette question, peu de données factuelles existent.

Tel que déjà mentionné, certaines données se retrouvent dans le Sondage du CRIC sur les langues officielles effectué en décembre 2003 dans un échantillon de 2 002 Canadiennes et Canadiens. Ce sondage porte sur les attitudes des Saskatchewanais et propose une comparaison entre les données recueillies en Saskatchewan et celles provenant d’autres provinces canadiennes. Cependant, en raison du petit échantillon provincial utilisé et de la marge d’erreur élevée qui en résulte, il serait nécessaire d’effectuer une étude similaire mais plus poussée en Saskatchewan.

Cela dit, cette plus récente étude nationale (CRIC 2003) fournit tout de même certaines données indicatives sur les attitudes du public à l’égard du français en Saskatchewan. Dans plusieurs régions, les Saskatchewanais expriment des doutes quant à la valeur de l’apprentissage d’une langue seconde en général et du français en particulier. Ces constatations doivent être analysées plus en profondeur, d’un point de vue tant qualitatif que quantitatif.

La section qui suit présente un examen de trois ensembles de population, qui ne sont évidemment pas des catégories étanches, mais qui ont chacun leur importance par rapport au thème général de la recherche.

Population de l’ensemble de la Saskatchewan

D’abord, une étude approfondie des attitudes et des préférences des Saskatchewanais serait nécessaire.

Il va de soi que les opinions du grand public à l’égard de la langue et de la culture françaises sont cruciales lors de l’élaboration et de la mise en oeuvre de stratégies dans ce domaine. En définitive, les activités de communication devant renforcer l’appui en faveur de la langue et de la culture françaises pourraient focaliser sur l’ensemble des Saskatchewanais. Il importe donc de comprendre leurs impressions sur les questions clés, dont le bilinguisme officiel, l’importance d’apprendre une seconde langue et les obstacles perçus à l’apprentissage d’une langue seconde.

La compréhension des perceptions du grand public permettra de mieux centrer les activités de communication et de les rendre plus efficaces dans la promotion de la langue et de la culture françaises en Saskatchewan.

Parents

Les parents sont des décideurs clés et exercent une influence directe sur l’inscription à des cours de français. Des recherches montrent que les parents souhaitent en premier lieu faire tout en leur pouvoir pour ouvrir des portes à leurs enfants. Il reste à savoir dans quelle mesure ils perçoivent l’apprentissage d’une langue seconde comme un moyen de leur offrir cette ouverture. La baisse ou la stagnation des niveaux d’inscription aux cours de français langue seconde suggère qu’un problème de perception ou de compréhension existe à cet égard.

Élèves

Pour des raisons évidentes, les élèves sont une importante population à considérer si on veut élargir l’apprentissage du français en Saskatchewan et accroître l’appréciation pour la culture française. En général, les élèves sont les décideurs ou, à tout le moins, ils influencent la prise de décisions.

EXAMEN DE LA RECHERCHE – LACUNES ET SUGGESTIONS RELATIVES À DE FUTURES RECHERCHES

Compte tenu des résultats de l’examen de la recherche, les suggestions suivantes ont été formulées en vue de recherches futures :

Lacunes de la recherche qualitative

  • Les recherches antérieures et les intervenants indiquent que des raisons culturelles expliquent pourquoi la culture et les langues autochtones se retrouvent en concurrence avec la culture et la langue françaises. Toutefois, nous recommandons que des efforts de recherche soient faits auprès de la communauté autochtone de la Saskatchewan pour comprendre son attitude à l’égard de l’apprentissage d’une langue seconde en général et du français en particulier.

  • Des recherches plus approfondies permettraient de comprendre les motivations des enseignants de première ligne (qui influencent les décisions) en matière de promotion de l’apprentissage d’une langue seconde ou du français à l’école.

  • Il serait utile d’interroger des professeurs de français qui travaillent actuellement dans le système scolaire de la Saskatchewan pour comprendre leurs perceptions de l’environnement de travail et connaître leurs avis sur les raisons pour lesquelles moins de personnes choisissent d’enseigner le français. Des données devraient également être recueillies auprès des nouveaux enseignants qui ont décidé de ne pas enseigner le français même s’ils auraient pu le faire.

  • Il serait important de savoir comment les parents évaluent l’apprentissage d’une langue seconde par rapport à d’autres matières, comme les mathématiques ou les sciences. Quelles sont les perceptions en matière de possibilités d’apprentissage d’une langue seconde? Dans quelle mesure ces possibilités sont-elles réalistes en Saskatchewan? Comment les parents réagissent-ils aux messages actuels de promotion de l’apprentissage d’une langue seconde et quelles démarches supplémentaires ou différentes devraient être envisagées? Quel rôle les parents jouent-ils dans les choix scolaires de leurs enfants?

  • Bon nombre des questions présentées aux parents pourraient aussi être posées aux élèves. En outre, il serait utile de comprendre comment ils se forment une opinion à l’égard de l’apprentissage d’une langue seconde. Quel rôle les enseignants, les pairs et les parents jouent-ils dans ce processus?

Lacunes de la recherche quantitative

Il faudrait effectuer une étude approfondie sur les attitudes et les préférences des Saskatchewanais. Parmi les nombreux domaines à étudier, mentionnons :

  • les impressions générales sur la culture française (l’influence d’éléments externes à connotation négative, comme le mouvement séparatiste);

  • les attitudes à l’égard du bilinguisme;

  • les attitudes par rapport à l’apprentissage du français comme langue maternelle et comme langue seconde;

  • les avantages et les obstacles liés à l’apprentissage d’une langue seconde;

  • la perception du public de ce que le gouvernement devrait faire pour promouvoir l’apprentissage d’une langue seconde;

  • les messages visant à promouvoir l’apprentissage d’une langue seconde (en général et le français langue seconde en particulier).

Les renseignements recueillis dans le cadre d’une étude de cette nature permettraient non seulement de mieux comprendre les perceptions et les attitudes des Saskatchewanais à l’égard de la langue et de la culture françaises, mais ils aideraient peut-être aussi les décideurs dans les domaines éducatif et gouvernemental à gérer cet enjeu.

RECHERCHE QUALITATIVE – PRINCIPAUX RÉSULTATS ET ANALYSE

Six groupes de discussion se sont réunis dans trois villes de la Saskatchewan : Regina, Saskatoon et Swift Current. Tous les participants étaient des parents non francophones d’enfants d’âge préscolaire et scolaire. En outre, les groupes étaient répartis en deux segments comportementaux : les personnes ouvertes à l’idée que leurs enfants apprennent une langue seconde, et ceux qui étaient fermés à cette option.

La principale question de recherche visait à déterminer les facteurs qui influent sur les impressions et les intérêts des Saskatchewanais à l’égard de la culture française et de l’apprentissage du français.

Les groupes de discussion constituent une méthode de recherche qualitative où un animateur dirige une discussion avec des participants. Ces derniers sont incités à fournir des réponses ouvertes et détaillées aux questions afin de faire connaître leurs pensées et leurs sentiments.

Durant les discussions, l’animateur n’a pas essayé de renseigner les participants sur les aspects stratégiques de la langue ou de la culture françaises. Il posait des questions précises ou avançait des idées afin de connaître les préoccupations profondes ou les opinions erronées des participants, sans toutefois essayer de les éclairer sur la situation réelle. Un objectif clé de ces discussions était de déterminer dans quelle mesure les participants comprennent les enjeux et non de les former.

Perceptions de la culture française en Saskatchewan

Les groupes de discussion ont montré que le Québec, de même que les caractéristiques qui lui sont associées, exerce une influence considérable sur l’opinion du public saskatchewanais à l’égard de la culture française. Cette situation est problématique dans la mesure où presque tout ce que l’on lit, entend et voit à propos du Québec en Saskatchewan touche à la question de la séparation. Il s’ensuit donc une première impression négative de la culture française. Du point de vue des participants, la culture française de la Saskatchewan ne se distingue donc pas de celle du Québec.

À la lumière de cette constatation, il importerait d’élaborer une stratégie pour réorienter l’attention du public vers la culture française et la population de langue française de la Saskatchewan, en mettant davantage l’accent sur les éléments positifs ciblés dans la recherche, comme l’attachement des francophones aux traditions, leur rôle historique dans l’édification du pays et leur fierté à l’égard du patrimoine canadien. Les communautés francophones locales de la Saskatchewan pourraient donner un coup de pouce à cet égard en étant plus visibles dans la province. À l’heure actuelle, elles ne sont pas très bien connues et sont perçues comme un groupe très uni, dont les membres sont dispersés dans de petits îlots un peu partout dans la province.

La recherche a révélé que les impressions à l’égard de la communauté francophone locale sont plus positives, bien que moins spontanées, que les impressions générales à l’égard des francophones du Québec. Il faudrait améliorer la sensibilisation et la visibilité de la culture française locale auprès de l’ensemble des Saskatchewanais.

Le français en Saskatchewan

On note une grande sensibilisation à l’importance et à la valeur de l’apprentissage d’une langue seconde, notamment du français. Spontanément, on reconnaît qu’une langue seconde peut aider dans les domaines suivants :

  • les choix en matière d’emploi et de perfectionnement professionnel;

  • le développement et l’épanouissement personnel;

  • l’enrichissement culturel;

  • les possibilités de voyage.

Les points mentionnés ci-dessus sont des raisons convaincantes pour les parents d’encourager leurs enfants à apprendre une langue seconde. Il importe également de noter que la dualité linguistique du Canada est considérée comme un élément positif puisque les Canadiens ont la chance d’apprendre une langue seconde et de l’utiliser. Tous les pays ne jouissent pas d’un tel avantage.

Cela dit, plusieurs fortes perceptions du public entravent l’expansion de l’apprentissage d’une langue seconde dans la province. Par exemple :

  • la nature unilingue (anglophone) de la Saskatchewan et l’absence, localement ou à proximité, de toute autre masse critique de personnes parlant une autre langue;

  • les connotations négatives associées à la scène politique du Québec et leur influence sur les attitudes à l’égard de la culture française;

  • la politique sur le bilinguisme officiel et la perception qu’apprendre le français est obligatoire;

  • la croyance que les possibilités d’emploi découlant de la connaissance d’une langue seconde existent surtout dans l’Est du pays et au sein du gouvernement.

Bon nombre des facteurs qui contribuent à une perception négative de l’apprentissage d’une langue seconde sont aussi réunis dans certains des aspects positifs de l’apprentissage d’une autre langue. Cela donne à penser qu’on peut, en modifiant les approches actuelles en matière de communication, attirer l’attention des gens sur les aspects positifs de l’apprentissage d’une langue seconde. Par exemple, on considère le fait d’avoir deux langues officielles comme un avantage dont bénéficient les Canadiens. En revanche, on voit d’un mauvais oeil la politique de bilinguisme officiel, car on croit qu’elle oblige les gens à apprendre le français.

Il faudrait mettre en relief les divers avantages associés à l’apprentissage d’une langue seconde et laisser aux gens le choix de cette langue. Les résultats de la présente étude et l’exemple d’autres provinces où le choix existe (Alberta) montrent que, lorsqu’ils ont le choix, la majorité des gens choisissent d’apprendre le français pour les raisons dont nous avons déjà discuté (à savoir les possibilités de carrière et les occasions d’utiliser la langue au pays).

Obstacles à l’apprentissage d’une langue seconde (immersion française)

Les obstacles que les parents doivent franchir lorsqu’ils souhaitent que leurs enfants fassent l’apprentissage d’une langue seconde (en immersion) peuvent être regroupés en deux grandes catégories : les préoccupations pratiques et les préoccupations perceptuelles.

Parmi les obstacles pratiques, mentionnons :

  • l’emplacement de l’école et la nécessité de faire appel au transport scolaire;

  • l’obligation pour l’enfant de quitter son quartier et ses amis;

  • la disponibilité des écoles confessionnelles et non confessionnelles.

Ces obstacles peuvent être difficiles à surmonter, car ils relèvent principalement de la logistique et d’une question de demande et de financement. Comme il est impossible d’offrir l’immersion française dans toutes les écoles de la Saskatchewan, on doit souvent faire valoir et « vendre » les avantages des programmes d’immersion française aux parents pour contourner certains de ces obstacles pratiques.

Parmi les barrières perceptuelles, mentionnons :

  • La crainte que, si les parents ne parlent pas français, ils seront incapables d’aider leurs enfants à faire leurs devoirs et de suivre leurs progrès; ils seraient exclus de leur éducation.

  • Les compétences en anglais de leurs enfants seraient compromises.

  • Leurs enfants seraient mal préparés pour l’université.

  • L’immersion française vise surtout les enfants très brillants (l’élite).

Ces obstacles, surtout les deux premiers, semblent être majeurs pour les parents qui envisagent d’inscrire leurs enfants à un programme d’immersion française. Toutefois, certaines perceptions n’étant pas toujours fondées, il faudrait communiquer des renseignements de façon plus dynamique pour dissiper ces appréhensions. Par exemple, les parents anglophones sont-ils totalement incapables de participer à l’éducation de leurs enfants qui sont en immersion française? Il serait peut-être nécessaire de prendre des mesures supplémentaires et de fournir à ces parents du matériel qui leur permettrait d’aider leurs enfants à faire leurs devoirs (des manuels traduits, par exemple).

En matière de marketing de l’apprentissage d’une langue seconde, il serait utile de cibler ce que les parents veulent pour l’avenir de leurs enfants; leurs espoirs et leurs aspirations. Pour leurs enfants, les parents visent l’épanouissement personnel, la sécurité économique, une stimulation intellectuelle et l’ouverture sur le monde. La maîtrise d’une langue seconde peut faciliter la réalisation de chacun de ces objectifs.


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