6. Éducation
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Résumé :
Les dispositions de la Charte de la langue française sur l’éducation ont eu une grande incidence sur les écoles anglaises de la province. En vertu des dispositions pertinentes de la législation linguistique, l’accès à l’éducation primaire et secondaire en langue anglaise a été limité aux enfants dont un parent avait fait la plus grande partie de ses études en anglais au Canada. Les réductions des effectifs des écoles anglaises ont été compensées par des augmentations du nombre et de la part des francophones de langue maternelle. Dans les années 1990, l’effectif francophone de langue maternelle des écoles primaires et secondaires a augmenté d’environ 35 p. 100 à Montréal et bondi de près de 115 p. 100 dans le reste de la province. Entre 1991 et 2003, la proportion de l’effectif des écoles anglaises représentée par les francophones de langue maternelle a augmenté pour passer de 15,2 à 27,9 p. 100. Dans une mesure moindre, les mêmes changements ont été observés dans les effectifs des collèges et des universités. Les changements sont en grande partie attribuables à l’accroissement du nombre de francophones de langue maternelle admissibles à l’enseignement en langue anglaise à l’extérieur de Montréal. En effet, dans le reste de la province, les cégeps anglais comptent une majorité de francophones de langue maternelle. La mission des établissements d’enseignement en anglais est de plus en plus axée sur la prestation de services en anglais à une clientèle diversifiée plutôt qu’aux communautés linguistiques minoritaires.
A. Ayants droit
En vertu de la disposition pancanadienne de la Charte de la langue française, les élèves de l’extérieur du Québec qui ont reçu ou dont les parents ont reçu le gros de leur instruction en anglais peuvent fréquenter des écoles anglaises au Québec. En 2002-2003, les élèves nés dans le reste du Canada représentaient 8,7 p. 100 de l’effectif du secteur anglais, chiffre qui représente une diminution par rapport à 9,9 p. 100 en 1998-1999. La proportion des élèves nés à l’étranger a augmenté pendant la même période, pour passer de 4,7 à 5,1 p. 100. Les élèves nés dans la province représentaient 86,2 p. 100 du secteur anglais de la province.
Malgré les dispositions de la Charte de la langue française restreignant l’accès aux écoles anglaises dans les années 1990, le nombre d’élèves admissibles à recevoir une éducation en anglais au Québec a augmenté. Le nombre croissant d’élèves qui ont un tel droit, en particulier chez les francophones de langue maternelle,3 a été la cause principale des changements observés dans la composition des écoles anglaises, notamment dans celles de l’extérieur de la région de Montréal. Pour la plupart, ces enfants de langue maternelle française sont devenus admissibles en raison de mariages entre francophones et anglophones qui étaient des ayants droit. L’effet multiplicateur qui a résulté de ce genre de mariage en hausse dans les années 1990 a donné lieu aux augmentations du nombre de telles inscriptions dans les écoles anglaises. En fait, du milieu des années 1990 à la fin de 2003, la population de langue maternelle française du secteur scolaire public anglais a augmenté d’environ 1 000 élèves, ou d’environ 15 p. 100 par année.
Entre 1983 et 1991, environ 14 000 élèves de langue maternelle française avaient le droit de fréquenter des écoles publiques anglaises. Environ 10 000, ou 71,6 p. 100 d’entre eux, ont exercé ce droit et la proportion est restée sensiblement la même jusqu’en 1998-1999. À ce moment, des plus de 22 600 ayants droit de langue française, moins de 16 000 fréquentaient des écoles anglaises. Depuis, le nombre d’élèves de langue maternelle française qui ont exercé ce droit a augmenté légèrement, si bien que, en 2000-2001, on comptait près de 17 200 francophones admissibles à des établissements de langue anglaise (73,8 p. 100).
Environ 78 p. 100 des francophones ayant le droit de fréquenter des écoles anglaises résident à l’extérieur de la région de Montréal, une hausse de 60 p. 100 par rapport à deux décennies plus tôt. Environ 3 700 (71,7 p. 100) sur près de 5 200 ayants droit de langue maternelle française habitant à Montréal en 2000-2001 fréquentaient des écoles anglaises, contre 74,5 p. 100 à l’extérieur de Montréal (13 500 sur 18 150). Il faut ajouter que quelque 10 340 élèves de langue maternelle française de l’extérieur de Montréal avaient le droit, en 1991-1992, de fréquenter des écoles anglaises et qu’un peu plus de 7 300 ont exercé ce droit.
Chez les anglophones du Québec, quelque 7,8 p. 100 (7 325 élèves) qui avaient le droit de fréquenter des écoles anglaises ont choisi de fréquenter des écoles françaises au cours de l’année 1983-1984. La proportion d’anglophones détenteurs de ce droit dans les écoles françaises a beaucoup diminué entre les années 1986-1987 et 1991-1992, où elle a été ramenée de 8,5 p. 100 , ou 7 510 élèves, à 6,6 p. 100 ou 5 466 élèves. Au cours des huit années suivantes, le nombre et la part des ayants droit anglophones qui ont fréquenté des écoles françaises n’ont pratiquement pas bougé.
La diminution sans doute la plus marquée du nombre et de la part d’anglophones fréquentant des écoles françaises s’est produite entre les années 1999-2000 et 2000-2001, avec une baisse d’environ 7,5 p. 100 ou de presque 400 élèves. En même temps, le nombre d’anglophones dans le secteur anglais a diminué, probablement en raison des pertes nettes sur le plan de la migration interprovinciale. Ainsi qu’on l’a fait remarquer, le nombre des élèves inscrits dans le secteur anglais qui étaient nés dans le reste du Canada avait diminué de 5 p. 100 entre 1998 et 2002.
En 1983-1984, des plus de 18 000 élèves de langue maternelle anglaise fréquentant des écoles françaises, quelque 40 p. 100 l’ont fait par choix et les autres, par obligation. Deux décennies plus tard, le quart fréquentait des écoles françaises par choix et les autres, par obligation.
B. Écoles primaires et secondaires
Depuis sa publication au début de février 1992, le rapport du Groupe de travail sur le réseau scolaire anglophone au Québec constitué par le gouvernement provincial et présidé par Mme Gretta Chambers (connu sous le nom de rapport Chambers), est devenu une référence importante dans la plupart des débats sur l’état du réseau scolaire anglophone.
Au cours des 15 années qui ont suivi l’adoption de la Charte de la langue française, les effectifs du système scolaire ont beaucoup diminué. Faisant état d’une baisse de 57 p. 100 des effectifs entre 1972 et 1990, lesquels ont été ramenés de 250 000 à 108 000, le Groupe de travail sur le réseau scolaire anglophone au Québec a brossé un tableau plutôt sombre du système scolaire anglais (en comparaison, les effectifs du système français ont diminué de 24 p. 100 au cours de la même période). Les membres du Groupe de travail ont noté que la plus forte baisse est survenue entre 1976 et 1986 et qu’elle a été particulièrement ressentie dans l’île de Montréal (environ 64 p. 100 entre 1970 et 1990).
Comme les membres du Groupe de travail l’ont fait remarquer : « L’éducation de la jeunesse d’une communauté sert de fondement à l’édification de son avenir. Si elle laisse à d’autres le soin d’éduquer ses jeunes, ces autres finiront par définir ses valeurs culturelles et par décider de ses priorités sociales. » (Groupe de travail sur le réseau scolaire anglophone, février 1992) Un des aspects de la mission du réseau scolaire anglophone au Québec était d’inculquer à ses élèves la connaissance du patrimoine culturel anglophone et de la contribution de leur communauté au développement de la société québécoise. À l’époque, un lien important avait été fait entre les tendances des effectifs et le contrôle et la gestion du système scolaire anglais.
Selon le Groupe de travail : « La loi 101, qui restreint l’admissibilité à l’école anglaise, a accéléré ce déclin en éliminant une bonne partie de la clientèle de remplacement potentiel du réseau scolaire anglophone. » Toujours au sujet de l’état de la communauté anglophone, le Groupe de travail a prévenu ce qui suit : « Si on l’empêche de se renouveler, il [le Québec anglais] disparaîtra tout bonnement. Le fait de le couper systématiquement de ses sources traditionnelles de réapprovisionnement peut être interprété comme un arrêt de mort à retardement mais délibéré et le sera sans doute. »
Le système scolaire anglais a beaucoup évolué depuis la publication du rapport du Groupe de travail. À l’époque de sa publication, en 1992, le ministère de l’Éducation du Québec a prédit que les effectifs anglais cesseraient de diminuer et augmenteraient au cours des années 1990. Ses prévisions se sont avérées exactes, mais la source des augmentations a probablement des conséquences importantes pour l’avenir du système scolaire anglais, mais aussi pour la communauté anglophone du Québec. En fait, l’évolution démographique de la clientèle des écoles anglaises a inévitablement affaibli la mesure dans laquelle la transmission de la culture et du patrimoine anglais demeuraient une mission des établissements d’enseignement au Québec.
Comme l’indique le tableau 11, entre 1991 et 2002, le nombre d’anglophones de langue maternelle a diminué d’environ 2,5 p. 100 dans les écoles anglaises au Québec, alors que le nombre de francophones de langue maternelle y a augmenté d’environ 100 p. 100. Dans le cas des allophones de langue maternelle, leur nombre est demeuré relativement stable entre 1991 et 1998. Toutefois, depuis ce temps, les effectifs de cette source ont augmenté de près de 15 p. 100 dans les écoles anglaises.
| Tableau 11 – Élèves fréquentant des écoles anglaises (publiques et privées) dans la province de Québec, selon la langue maternelle, années scolaires 1991-1992, 1998-1999 et 2002-2003 | |||
| 1991-1992 | 1998-1999 | 2002-2003 | |
| Anglophones | 79 004 | 77 735 | 76 818 |
| Francophones | 10 362 | 15 826 | 20 354 |
| Allophones | 22 026 | 22 142 | 25 662 |
| Total | 111 392 | 115 703 | 122 834 |
| Source : Gouvernement du Québec, ministère de l’Éducation, Direction des statistiques et des études quantitatives, 1991-1992, 1998-1999 et 2002-2003. | |||
Entre 1991 et 2003, le nombre de francophones de langue maternelle inscrits dans les écoles anglaises a augmenté d’environ 35 p. 100 à Montréal. Les premières années, cette augmentation a annulé la baisse du nombre d’anglophones de langue maternelle dans les années 1990 et ainsi prévenu une réduction des effectifs globaux. Depuis 1998, la croissance du nombre d’allophones inscrits dans les écoles anglaises à Montréal a fait qu’au total les effectifs ont augmenté dans le secteur pour passer d’environ 61 500, en 1998-1999, à près de 64 500 en 2002-2003.
À l’extérieur de Montréal, le nombre d’élèves de langue maternelle française inscrits dans les écoles anglaises a bondi de près de 115 p. 100 entre 1991 et 2003. Le tableau 12 illustre les conséquences de cette tendance, la part de ces élèves dans le secteur anglais ayant augmenté pour passer de 15,2 à 27,9 p. 100 en une douzaine d’années.
| Tableau 12 – Élèves fréquentant des écoles anglaises (publiques et privées) à l’extérieur de Montréal, selon la langue maternelle, années scolaires 1991-1992, 1998-1999 et 2002-2003 | ||||||
| 1991-1992 | 1998-1999 | 2002-2003 | ||||
| Nombre | % | Nombre | % | Nombre | % | |
| Anglophones | 35 843 | 72,5 | 35 604 | 65,7 | 34 742 | 59,4 |
| Francophones | 7 548 | 15,2 | 12 300 | 22,7 | 16 187 | 27,7 |
| Allophones | 6 046 | 12,3 | 6 302 | 11, 6 | 7 594 | 12,9 |
| Total | 49 437 | 54 206 | 58 523 | |||
| Source : Gouvernement du Québec, ministère de l’Éducation, Direction des statistiques et des études quantitatives, 1991-1992, 1998-1999 et 2002-2003. | ||||||
En même temps, le nombre d’anglophones de langue maternelle inscrits dans les écoles françaises de la province a augmenté de façon modeste. En 1991, il y avait environ 15 700 anglophones de langue maternelle qui étudiaient dans les écoles françaises de la province et on en comptait près de 18 000 en 2003, soit une augmentation de 15 p. 100 au cours de cette période. La part des anglophones de langue maternelle dans le secteur français a aussi augmenté, passant de 1,5 à 1,8 p. 100.
S’il y a toujours eu une différence entre la composition des écoles anglaises de Montréal et celle des écoles anglaises des autres régions du Québec, la divergence s’est accentuée depuis 10 ans. La présence d’un nombre croissant de francophones dans les écoles anglaises à l’extérieur de Montréal a sans aucun doute eu une incidence importante sur la mission « communautaire » des écoles anglaises. C’est un point qui mérite d’être approfondi.
Les élèves de langue maternelle française représentent seulement 6 p. 100 de l’effectif des écoles anglaises à Montréal et environ un quart du secteur anglais dans le reste du Québec. Comme c’est dans les régions que les écoles anglaises ont profité le plus de l’arrivée de nouveaux élèves de langue maternelle française, l’effectif total du secteur anglais est plus grand à l’extérieur de Montréal que dans l’île de Montréal. Il y a maintenant plus de francophones de langue maternelle dans les écoles anglaises que d’anglophones dans les écoles françaises.
En fait, presque toute l’augmentation de l’effectif des écoles anglaises est survenue à l’extérieur de la région de Montréal.
| Tableau 13 – Élèves fréquentant des écoles publiques anglaises à Montréal et dans le reste du Québec, selon la langue maternelle, 1991-1992 et 2000-2001 | ||||||||
| Montréal | Reste du Québec | |||||||
| 1991-1992 | 2000-2001 | 1991-1992 | 2000-2001 | |||||
| Nombre | % | Nombre | % | Nombre | % | Nombre | % | |
| Francophones | 2 159 | 4,3 | 3 139 | 6,2 | 7 305 | 15,0 | 13 736 | 25,0 |
| Anglophones | 34 788 | 68,7 | 33 416 | 65,9 | 35 249 | 73,1 | 34 704 | 63,3 |
| Allophones | 13 664 | 27,0 | 14 188 | 27,9 | 5 737 | 11,9 | 6 407 | 11,7 |
| Total | 50 611 | 50 743 | 48 249 | 54 847 | ||||
| Source : Gouvernement du Québec, ministère de l’Éducation, Direction des statistiques et des études quantitatives, 1991-1992 et 2000-2001. | ||||||||
Le gros de l’augmentation du nombre d’élèves de langue maternelle française inscrits dans les écoles anglaises est concentré dans quelques régions de la province. Entre 1991 et 2001, la plus forte augmentation réelle a été enregistrée dans la Montérégie, qui est à l’origine de plus de 25 p. 100 de l’augmentation totale du nombre de francophones dans les écoles anglaises. Suivent Montréal, avec plus de 20 p. 100; les Laurentides, avec plus de 10 p. 100; l’Estrie et la ville de Québec, avec environ 7,5 p. 100 chacune.
Dans certaines régions, la viabilité même des écoles anglaises semble tributaire de la présence d’élèves de langue maternelle française. Par exemple, le ratio entre élèves francophones et élèves anglophones est d’environ sept pour un dans la région du Centre du Québec (280 élèves de langue maternelle française contre 40 élèves de langue maternelle anglaise) et se situe entre trois et quatre pour un dans des régions comme la Chaudière, le Saguenay-Lac-Saint-Jean et la Mauricie.
Note
3 Les élèves de langue maternelle française qui fréquentent des écoles anglaises sont des ayants droit.


