La vitalité des communautés

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Dimension culturelle

Le capital culturel des CLOSM fait souvent figure de plus petit dénominateur commun associé à la condition minoritaire. Certains s'attendent à ce que la survie des minorités se campe dans la préservation de leurs traits culturels (Bernard, 1988, 1990, 1991,1992), d'autres à ce que les collectivités minoritaires construisent leurs propres significations culturelles (Martel, 2003). Dans cette dernière perspective, aujourd'hui prédominante, on met l'accent sur la création et l'innovation dans le domaine culturel. L'économiste Albert Breton (1999 : 115) affirme qu'il est indispensable pour la survie de la langue de s'assurer que les cultures locales sont solides et vivantes, d'où l'importance d'investir des ressources dans la créativité - une forme de capital humain dont on peut tirer à la fois un rendement privé et un rendement social. L'animation culturelle dans les communautés, et en particulier à l'école, est un moyen d'y parvenir (Haentjens et Chagnon-Lampron, 2004; Fédération nationale des conseils scolaires francophones, 2005).

Les intervenants communautaires et gouvernementaux reconnaissent l'importance des réseaux culturels donnant accès aux ressources de création, de production, de diffusion et d'appréciation des arts et de la culture, comme activités professionnelles ou de loisir. Afin de mieux connaître les défis et les pratiques culturelles, quelques études ont exploré les réseaux de théâtres des CLOSM – comme celles réalisées par le Quebec Drama Federation (1991) et le Groupe de recherche en gestion des arts (1991) – ou la problématique des centres culturels et communautaires francophones en Ontario et en Alberta (Groupe de recherche en gestion des arts, 1991; Piché et Robitaille, 1991, Farmer, 2003). Récemment, quelques organismes ont décidé de mener conjointement une étude sur les liens entre la langue, la culture et l'éducation en vue d'influencer l'élaboration des politiques publiques à cet égard (Haentjens et Chagnon-Lampron, 2004).

Par contre, la dimension de la mise en valeur des ressources patrimoniales des CLOSM semble négligée par le secteur des arts et de la culture, ainsi que par les différents niveaux de gouvernements. Il n'existe pas d'état de la situation ni de réseau pancanadien d'intervenants dans le secteur patrimonial du côté de la francophonie canadienne (Doucet, 2000). Au Québec cependant, les organismes du patrimoine se sont rassemblés au sein du Quebec Anglophone Heritage Network. Il existe néanmoins, dans les CLOSM francophones et anglophones, des initiatives régionales reliant le tourisme aux manifestations artistiques, culturelles et patrimoniales, par exemple, le Corridor francophone de l'Ouest et le Circuit Champlain en Ontario. Ces initiatives représentent un important potentiel de mise en valeur des ressources culturelles et patrimoniales aux fins du développement des communautés, et donc de leur vitalité.

Au Québec, le Plan de développement communautaire pour les communautés de langue anglaise établit, comme premier point de sa stratégie, l'identité culturelle (Quebec Community Groups Network, 2005). La communauté de langue anglaise est tiraillée entre la vitalité culturelle du Québec francophone et l'intensité de la pénétration culturelle américaine. Son plan aborde la redéfinition de l'identité culturelle anglo-québécoise dans le contexte de la nouvelle réalité démographique du multiculturalisme, du bilinguisme et de l'intégration.

Les intervenants des CLOSM, tant au Québec que dans la francophonie canadienne, sont conscients, mais pas moins inquiets, du rôle majeur que jouent l'école et le système scolaire dans la production et la transmission de l'identité et de la culture. Plusieurs études relèvent la mission et la responsabilité de l'école (Bernard, 1991; Martel, 2001; Landry et Rousselle, 2003). Quelques travaux récents dressent un programme d'action pour compléter le système scolaire de la minorité francophone à l'échelle canadienne, tout en soulignant certaines fonctions de l'école, notamment l'animation culturelle, l'éducation artistique et, plus largement, la construction identitaire (Gilbert et al., 2004; Fédération nationale des conseils scolaires francophones, 2005; Canada – Comité sénatorial permanent des langues officielles, 2005)

L'école est perçue comme un joueur clé au niveau des ressources culturelles : « L'école remplace le foyer familial et la communauté comme le site privilégié de production et de distribution de la ressource linguistique qu'est le français. » (Heller, 1999) Selon Landry et Allard (1999), le système d'éducation de langue française « est un élément essentiel de la vitalité ethnolinguistique des minorités francophones au Canada ».

Les modèles de l'école comme foyer de ressources culturelles ne manquent pas. Il y a, par exemple, le modèle d'éducation actualisante (Landry et Rousselle, 2003), le modèle constructiviste (Martel, 2003), le modèle d'écoles ouvertes à l'expérimentation et à l'expression multiculturelle autour d'une langue standard (Heller, 1999). Toutefois, il n'est pas sûr que l'école dispose vraiment des ressources et du ressort pour répondre à de tels registres d'attentes (Thériault, 2000). Certes, l'acquisition d'une langue et d'une culture qui y est associée résulte d'un effort d'éducation et d'apprentissage partagé entre la famille, l'école et la communauté (Bernard, 1988; Landry et Rousselle, 2003; Landry, Allard et Deveau, 2006). Les centres scolaires et communautaires ont montré des résultats positifs à cet égard (Alain et Basque, 2003, 2005; Bisson, 2003; Magord, Landry, Allard, 2002), bien qu'ils soient en interdépendance avec les ressources économiques, sociales et culturelles de la communauté locale.

L'importance de l'école de langue anglaise sera aussi soulignée au Québec quand l'étude Chambers (1992) est réexaminée dix ans après sa publication. Bien que le contexte de la population de langue anglaise au Québec varie beaucoup entre la diversité culturelle montréalaise et une certaine homogénéité persistante en région, Jedwab observe, outre la proportion croissante d'allophones, la proportion croissante et importante d'ayants droit anglophones parlant français qui permettent aux écoles de langue anglaise de maintenir leur effectif, tout en posant des défis attribuables aux élèves provenant de familles exogames où prédomine la francité (Jedwab, 2002b).

Les communautés se préoccupent aussi des médias en tant qu'espace culturel où circule de l'information sur les réalités locales, ce qui contribue à construire une identité communautaire tout en maintenant et en revitalisant la langue et la culture dans la vie quotidienne. Les réseaux de la radio et de la presse communautaires sont évidemment des ressources de capital culturel ayant des incidences concrètes sur la présence et l'usage de la langue dans l'espace public et privé (Boudreau et Dubois, 2003), sur la diffusion d'information concernant les activités et les services communautaires ainsi que sur la promotion des biens et services de consommation culturelle des CLOSM. L'accès aux services médiatiques de la SRC et de la CBC sur l'ensemble du territoire et, en particulier, à la programmation régionale comprenant de l'information de qualité sur la production culturelle des CLOSM, fait périodiquement l'objet d'études et de mémoires (Canada – Comité permanent du patrimoine canadien, 2003).

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