La morphologie des communautés
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Le paysage linguistique
Au coeur de ces espaces plus ou moins conditionnés par la concentration géographique, il est non seulement intéressant de relever l'effectif et les caractéristiques de la population minoritaire, mais aussi d'établir l'incidence du paysage linguistique qui y prédomine. Le paysage linguistique est composé des panneaux signalétiques, des noms de rue et des noms de lieux, des marques de commerce, de l'affichage, des plaques commémoratives, etc. (Bourhis et Landry, 2002) En s'affirmant ainsi dans l'espace, la langue officielle de la minorité participe à la construction identitaire des CLOSM, tout en établissant un rapport de reconnaissance avec la majorité. Le paysage linguistique d'un territoire peut ainsi remplir deux fonctions de base : une fonction informationnelle et une fonction symbolique.
L'importance du paysage linguistique comme facteur de vitalité est mise en relief non seulement au Canada (Bourhis et Landry, 1997, 2002), mais aussi dans les collectivités minoritaires européennes, au pays de Galles, en Irlande, en Catalogne, entre autres (Grin et Vaillancourt, 1999). Le paysage linguistique constituerait un élément vital du capital culturel, étant donné sa présence visuelle et sa fonction de promotion des réalités minoritaires dans l'espace public.
« En conséquence, les aménageurs linguistiques de même que les activistes de la langue peuvent difficilement ignorer les enjeux du paysage linguistique, non seulement comme outil de promotion et de renversement des transferts linguistiques, mais aussi comme un autre front sur lequel combattre pour la consolidation de la vitalité de leur propre groupe linguistique dans un environnement multilingue. » (Bourhis et Landry, 1997 : 46)
Cet aspect a pourtant été négligé au Canada (sauf au Québec) dans les communautés francophones, sans doute en raison de l'influence insuffisante qu'elles peuvent exercer auprès des instances municipales ou provinciales. Certaines associations de municipalités francophones et bilingues ont néanmoins mené des actions en ce sens (l'Association des municipalités bilingues du Manitoba, l'Association des municipalités francophones du Nouveau-Brunswick, l'Association francophone des municipalités de l'Ontario). Parallèlement, les associations provinciales ainsi que des associations touristiques ont mis en oeuvre des initiatives de bilinguisation de l'affichage, par exemple en Nouvelle-Écosse et dans le Nord-Est de l'Ontario. Il s'agit d'un enjeu stratégique, en particulier pour les municipalités.
Les géographes tentent par ailleurs de mieux circonscrire les espaces géographiques où se concentrent les minorités francophones et anglophones. Gilbert et Langlois (s.d.) ont produit des images parlantes de la situation des différentes communautés francophones de l'Ontario en cartographiant, sur une base régionale, des données démographiques et socioéconomiques de ces populations. Ces travaux tentent, à partir des concepts d'espace, de lieux et de réseaux, d'illustrer les concentrations de population francophone minoritaire.
Cette approche a débouché sur un programme de recherche multidisciplinaire qui porte sur la francophonie canadienne (Gilbert et al., 2005). Il comporte des études d'institutions, des études de cas dans des localités à concentration variable de francophones et des études d'attitudes et de motivations des individus afin de dégager une meilleure compréhension de la vitalité des communautés et d'en valider un modèle. Les intervenants communautaires et, en particulier les acteurs gouvernementaux, attendent avec beaucoup d'intérêt les résultats de cette recherche.
On constate donc que les communautés territoriales demeurent une préoccupation essentielle des CLOSM. Leur destin démographique a vacillé au cours des dernières décennies, mais celles-ci continuent de faire preuve d'un ressort que les spécialistes du développement ne cessent d'alimenter. Si, à une époque plus lointaine, ce type de communauté semblait rassembler le plus gros de l'effectif minoritaire, il apparaît aujourd'hui que d'autres types de communautés, plus diffuses du point de vue de l'espace, prennent le relais pour ce qui est du lien social et identitaire. On les désigne souvent comme des « communautés d'intérêt » ou « réseaux ».


