Regina, le 18 février 2010
Notes pour une allocution dans le cadre du lancement de l’étude sur les indicateurs de vitalité des communautés francophones de la Saskatchewan en milieu rural
Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles
Seul le texte prononcé fait foi
Bonjour,
J’ai le plaisir d’être parmi vous aujourd’hui pour présenter les résultats d’une initiative que le Commissariat a menée de très près avec des communautés francophones en milieu rural de la Saskatchewan. Il s’agit de la troisième série d’études du genre sur les indicateurs de vitalité de communautés de langue officielle en situation minoritaire. Il est à noter que chacune d’entre elles est unique, adaptée à la situation particulière de la région étudiée.
Ces études sur les indicateurs de vitalité sont nées de deux tendances qui se sont développées au cours des dernières années.
D’une part, les institutions fédérales m’ont indiqué qu’elles avaient besoin d’outils pour leur permettre de favoriser l’épanouissement et d’appuyer le développement des communautés de langue officielle, en plus de faire la promotion de la dualité linguistique. Elles savaient qu’elles avaient cette obligation en vertu de la Loi sur les langues officielles renforcée, mais elles n’avaient pas toujours l’information et la compréhension pratique nécessaire pour avoir une incidence positive sur la vitalité des communautés et en mesurer le succès.
D’autre part, les communautés anglophones du Québec et les communautés francophones d’ailleurs au pays ont pris en compte l’évolution de la société canadienne et du bilan des dernières décennies. Les acquis du passé ont permis un nouvel élan, mais les modèles de développement traditionnels doivent être réévalués. La communauté fransaskoise ne fait pas exception. Elle relève le défi avec lucidité et énergie.
C’est donc pour aider les communautés et leurs partenaires que les études sur la vitalité ont été mises en chantier. Ce projet ne cherche pas à cibler les communautés dont la situation est meilleure que d’autres, mais plutôt à trouver des indicateurs de vitalité concrets dans des secteurs d’activité précis.
Ces études sur les indicateurs de vitalité visent trois objectifs :
- Cerner, dans chaque communauté, les clés du succès et les pratiques exemplaires liées à la vitalité;
- Préparer des modèles logiques indiquant, pour chaque communauté, les activités et les objectifs liés à certains secteurs;
- Cerner les indicateurs de vitalité, compte tenu des priorités que les communautés se sont elles-mêmes fixées.
Ce dernier point est très important, en particulier dans le cas de la communauté étudiée en Saskatchewan. L’Assemblée communautaire fransaskoise et l’Institut français, en collaboration avec des entrepreneurs de la région, avaient déjà entrepris une initiative de valorisation des produits du terroir comme composante de leur stratégie de développement. Cette initiative a pris une place importante dans notre étude.
Le Projet du Terroir est plus qu’une stratégie de développement économique. En ciblant des produits et des services qui sont déjà répertoriés comme appartenant à la communauté fransaskoise, ce projet renforce également la vitalité culturelle et patrimoniale. Cette approche n’est pas propre à la Saskatchewan, mais elle est particulièrement appropriée aux communautés rurales ayant des traits culturels distinctifs. Un jumelage avec la région de Charlevoix au Québec et des liens avec la France et la Louisiane lui donnent un rayonnement qui outrepasse largement les frontières de la province. Il sera avantageux pour le gouvernement provincial d’utiliser ce projet comme un atout dans son jeu sur la scène internationale. D’ailleurs, il peut s’inspirer de l’exemple du Manitoba, où les entrepreneurs francophones sont très présents au sein des missions économiques à l’étranger. Je suis d’avis que le fait français a encore beaucoup à apporter au développement de la province, et notre étude appuie cette conclusion.
Les acteurs communautaires et les institutions gouvernementales doivent s’assurer que les actions individuelles produisent des résultats positifs pour la communauté dans son ensemble. L’étude propose des pistes à explorer et des façons de mesurer le progrès accompli. Elle constitue également un excellent outil de dialogue entre la communauté fransaskoise et ses partenaires provinciaux et fédéraux. Je suis sûr que vos démarches se solderont par d’autres exemples de réussite. Dans quelques années, lorsque je rendrai visite à des communautés rurales francophones ailleurs au pays, je pourrai alors leur dire : « Allez voir ce qu’ils ont fait en Saskatchewan! ».
La communauté fransaskoise est relativement petite compte tenu du nombre, mais bien enracinée dans le sol des Prairies et extrêmement dynamique. Les Fransaskois sont également désireux de partager leur patrimoine. Ce désir n’est pas unique; les communautés francophones de tout le pays sont généralement très ouvertes au dialogue interculturel. En Saskatchewan, on témoigne particulièrement du vouloir des francophones de tendre la main et d’inviter leurs concitoyens à profiter de cet univers francophone qui est à leur portée. L’approche « marketing et séduction » et, en particulier, la campagne Bonjour Saskatchewan illustrent bien le type de relation que les leaders et les entrepreneurs fransaskois cherchent à renforcer.
Des relations malmenées par l’histoire reprennent aujourd’hui sur le fondement du dialogue et d’un patrimoine commun. À cet effet, j’aimerais féliciter l’Institut français d’avoir établi la Table ronde itinérante visant le rapprochement entre Fransaskois et Métis, qui en était à sa 3e édition. J’ai eu l’occasion d’en discuter avec des participants, qui ont trouvé l’expérience très positive.
L’histoire des Fransaskois est entrée dans une nouvelle phase. Les signes positifs ne manquent pas. La clientèle scolaire est à la hausse depuis deux ans. Les Rendez‑vous fransaskois connaissaient un franc succès. Francofièvre a réuni près de 2000 jeunes pour célébrer la vie en français en Saskatchewan. La population anglophone de la province a répondu à ces diverses manifestations de vitalité avec intérêt et, souvent, avec curiosité.
Même si la communauté est plus urbaine que jadis, les communautés rurales traditionnelles ont encore un rôle important à jouer. Il ne suffit pas d’y croire, bien sûr. Notre étude fait état de défis importants : vieillissement de la population, niveau de scolarité, mouvements vers les grands centres, diminution du nombre de petits producteurs agricoles. Pour surmonter ces obstacles, il faut du travail et de l’innovation. Cela signifie également que les institutions mandatées pour les appuyer fassent preuve du même sens d’innovation. Les communautés de langue officielle sont en transformation; les organismes qui les accompagnent dans leur développement doivent suivre le mouvement. Que la communauté prenne en charge son propre développement signifie que les décisions concernant le développement économique et social de la région sont prises en charge par la communauté, mais celle-ci n’est pas pour autant laissée à elle-même. Ces communautés rurales doivent pouvoir bénéficier de l’appui de la communauté fransaskoise dans son ensemble, de même que des gouvernements provincial et fédéral. Les gouvernements, plus particulièrement les institutions fédérales, doivent demeurer réceptifs aux priorités établies par la communauté, afin de répondre à ses besoins et ainsi de contribuer à son développement. C’est dans cet esprit que mon bureau a apporté sa contribution par cette étude.
Ces initiatives locales bénéficient du leadership de l’Assemblée communautaire fransaskoise et de son réseau associatif. Lorsque je suis devenu commissaire, on m’avait signalé que les Fransaskois s’étaient dotés d’une structure de gouvernance démocratique unique en son genre au pays. Ce n’est que plus tard que j’ai eu l’occasion de constater à quel point cette façon de faire favorise la mobilisation d’un grand nombre de membres de la communauté et la concertation, jusque dans les petites communautés locales. Le résultat est un leadership dynamique, parfaitement adapté à la réalité de sa communauté.
Beaucoup de travail a déjà été accompli et un nouvel élan s’organise pour la communauté fransaskoise. Je suis fier d’ajouter la contribution du Commissariat à cet effort.
Merci.


