Moncton, le 4 février 2010
Notes pour une deuxième allocution dans le cadre du colloque
« Célébrons 40 ans de dualité linguistique au Nouveau-Brunswick »
Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles
Seul le texte prononcé fait foi
Bon après-midi.
Ce matin, nous avons discuté des 40 dernières années d’un point de vue fédéral, mais aussi d’un point de vue provincial. Il est clair qu’à tous les niveaux, nous avons fait beaucoup de progrès ensemble en matière de langues officielles, et nos réalisations sont nombreuses.
Ici au Nouveau-Brunswick, la communauté acadienne est bien représentée par un grand nombre d’organismes communautaires. C’est d’abord collectivement que la communauté a remporté ses victoires. Au cours des 40 prochaines années, les organismes communautaires qui vous représentent auront un rôle de premier plan à jouer pour rassembler tous les membres de la communauté, peu importe leurs origines, pour protéger les droits déjà acquis, pour en faire la promotion et pour les faire avancer.
Avec des rassemblements comme le Congrès mondial acadien, vous démontrez l’importance de la solidarité communautaire. Quiconque participe à ce grand rassemblement, comme je l’ai fait cet été, comprend immédiatement que l’Acadie, c’est quelque chose de très beau et de très fort.
Et cette Acadie continue de grandir. Lors de mon passage au Congrès cet été, j’ai discuté de l’importance d’accorder une place à la jeune génération ainsi qu’aux nouveaux arrivants qui choisissent de s’établir au Nouveau-Brunswick et d’y vivre en français. Dans les deux cas, il sera important de poursuivre les efforts pour limiter l’exode vers d’autres régions et d’autres provinces, mais aussi de limiter l’assimilation à la majorité linguistique.
La langue française sert de facteur unificateur au sein de vos communautés. Cependant, la province et les joueurs clés doivent agir pour la mise en œuvre du Plan stratégique pour l’immigration afin d’augmenter le nombre de nouveaux arrivants francophones au Nouveau-Brunswick et de s’assurer qu’ils y restent. Les organismes communautaires ainsi que les Acadiens doivent également accueillir ces nouveaux membres de la communauté à bras ouverts et leur faire une place valorisante, en plus de leur fournir les outils dont ils ont besoin pour s’adapter à la vie en français en milieu minoritaire.
Ce défi n’est pas particulier au Nouveau-Brunswick ou à l’Acadie. Des initiatives novatrices ont vu le jour dans diverses régions du pays. Les succès doivent être partagés et imités. Chacun doit apprendre des écueils rencontrés dans d’autres régions.
Cet après-midi, un des grands thèmes qui sera abordé sera celui du rôle des universités dans l’apprentissage de nos deux langues officielles. C’est une question que j’examine depuis le début de mon mandat et qui a été soulevée dans l’une des dernières études intitulée Deux langues, tout un monde de possibilités : L’apprentissage en langue seconde dans les universités canadiennes. Cette étude avait comme objectif d’approfondir notre connaissance des possibilités qui s’offrent aux étudiants de perfectionner leurs compétences dans la deuxième langue officielle tout en poursuivant des études supérieures et en se préparant à leur carrière.
Dans le cadre de cette étude, nous avons également conçu un outil pouvant servir aux futurs étudiants ainsi qu’aux orienteurs, organismes comme Canadian Parents for French et autres joueurs clés dans l’éducation dans la langue seconde pour nos jeunes. Il s’agit d’une carte Web qui permet à l’utilisateur de connaître toutes les universités offrant des occasions d’apprentissage de la langue seconde, ainsi que le type d’appui offert dans ces établissements.
Nous avons tiré certaines conclusions de cette étude, notamment le fait qu’en général, l’accès aux programmes et aux cours « réguliers » de langue seconde était bon, mais qu’il y avait peu d’occasions de poursuivre ses études dans son domaine d’intérêt dans sa langue seconde. C’est quelque chose que nous devons rectifier rapidement, selon moi. Par exemple, comment un programme d’administration publique peut-il être offert seulement dans une langue alors qu’un grand nombre de diplômés se tourneront vers la fonction publique fédérale?
Au Nouveau-Brunswick, vos jeunes ont accès à d’excellents établissements d’enseignement dans l’une ou l’autre de nos deux langues officielles. Cependant, je crois qu’il serait important de créer des liens plus étroits entre les universités francophones et anglophones de la province afin que tous les étudiants puissent avoir accès à une éducation bilingue, s’ils le désirent.
Dans le cadre du renouvellement de la fonction publique, il est primordial que les jeunes fonctionnaires en début de carrière nous arrivent avec une solide base qu’ils peuvent ensuite continuer à développer. La fonction publique a intérêt à offrir la formation linguistique en début de carrière, ce qui lui assurera une relève importante de futurs gestionnaires capables de travailler dans les deux langues officielles. Passer à la formation linguistique en fin de carrière est beaucoup plus difficile à la fois pour l’employé et pour l’institution qui doit défrayer des coûts beaucoup plus élevés à cette étape de la carrière.
J’espère voir des progrès considérables à ce chapitre dans la fonction publique au cours des 40 prochaines années. Des défis importants demeurent quant à la langue de travail et à l’offre de services en français en particulier. Déjà, je m’attends à un plus grand leadership à tous les niveaux pour faire avancer les choses dans ces deux domaines.
À mesure que la nouvelle génération de fonctionnaires se joindra à la fonction publique, je crois qu’il sera important d’appuyer leurs efforts en matière d’apprentissage linguistique, mais aussi dans l’utilisation de la langue seconde en milieu de travail. Je suis quelque peu rassuré de constater que les opinions face au bilinguisme et à la dualité linguistique sont beaucoup plus positives. J’espère que ces opinions auront une incidence sur la culture des institutions fédérales et qu’elles nous permettront de favoriser le développement d'une fonction publique au sein de laquelle l'usage des deux langues officielles est réellement intégré au travail quotidien.
Car un changement de culture s’impose. En ce qui concerne la langue de service et l’offre active, le gouvernement doit agir sans plus tarder. Suite au jugement DesRochers dont j’ai parlé ce matin, les obligations des institutions en vertu de la partie IV de la Loi sont plus clairement définies. Cela veut dire que ces institutions devront faire un effort supplémentaire pour tenir compte des besoins des communautés de langue officielle, non seulement dans l’élaboration de politiques et de programmes, mais aussi dans la façon de livrer les services. Il va sans dire que l’offre active sera d’autant plus importante dans le cadre de cet enjeu.
Un mot en terminant au sujet des droits linguistiques des Canadiens lorsqu’ils voyagent, en particulier ceux qui doivent prendre l’avion pour traverser ce grand pays. Venir ici pour participer à la conférence m’a rappelé une fois de plus qu’il reste du travail à faire de la part des institutions fédérales, des aéroports et d‘Air Canada. Une vérification de l’aéroport d’Halifax que j’ai publiée voilà deux semaines démontre à quel point un plus grand leadership est nécessaire, pas seulement de la part des administrations aéroportuaires, mais aussi de la part du gouvernement.
Ce qui caractérise l’emploi des langues officielles dans le transport est la complexité et, dans certains cas, l’ambiguïté de la réglementation. Je suis bien d’accord avec ceux et celles qui soulignent que si les obligations ne sont pas claires pour les transporteurs et les aéroports, le citoyen a bien du mal à s’y retrouver.
Le gouvernement doit prendre ses responsabilités pour clarifier les obligations et s’assurer qu’elles sont respectées. Le public doit être mieux informé des services auxquels il a droit. Au cours des prochaines années, j’entends travailler sur chacun de ces deux aspects du problème. Déjà, en 2009, le greffier du Conseil privé a annoncé la création de la journée de la dualité linguistique, qui aura maintenant lieu chaque année en septembre. J’encourage particulièrement le Conseil fédéral du Nouveau-Brunswick à profiter de cette occasion pour sensibiliser les fonctionnaires fédéraux en matière de langue de travail.
Pour ce qui vous concerne, je m’intéresse fortement aux travaux du Comité de la stratégie sur la mise en œuvre de la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick, qui ont été entamés le mois dernier. Les constats de ce comité, qui se penchera sur le service à la clientèle, la langue de travail, la promotion des langues officielles et la connaissance des responsabilités du gouvernement en matière de langues officielles chez les fonctionnaires provinciaux, seront sans doute d’un grand intérêt pour les fonctionnaires fédéraux également. Je suis certain que des parallèles pourront être établis.
Il m’est malheureusement impossible de prédire l’avenir, mais une chose est certaine : nous sommes clairement mieux outillés que nous l’étions il y a 40 ans. Maintenant, c’est à vous de profiter des droits pour lesquels les dernières générations ont formulé des revendications, et de faire pression auprès du gouvernement pour qu’il respecte ses obligations en vertu de la Loi et qu’il continue de valoriser le rôle important que jouent nos communautés de langue officielle en situation minoritaire au sein de la société canadienne.
Merci.


