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Nos langues officielles : Pour finir un siècle et commencer un millénaire

Commissariat aux langues officielles

Cette publication vient souligner le 30e anniversaire du Commissariat aux langues officielles.

En tant qu'agent de changement et bureau d'ombudsman, le Commissariat aux langues officielles a comme mission de prendre toutes les mesures visant à assurer la réalisation des trois grands objectifs de la Loi sur les langues officielles, soit :

  • l'égalité du français et de l'anglais au sein du Parlement, du gouvernement du Canada, de l'administration fédérale et des institutions assujetties à la Loi;
  • le maintien et l'épanouissement des collectivités de langue officielle au Canada;
  • l'égalité du français et de l'anglais dans la société canadienne.

© Ministre des Travaux publics et Services gouvernementaux Canada 2001
No de cat. : SF31-56/2001
ISBN : 0-662-65975-9


Table des matières

Introduction

Chapitre 1 : L'esprit d'un pays

Chapitre 2 : Le bilinguisme au gouvernement fédéral

  • Savoir parler à ses citoyens et citoyennes
  • Se sentir chez soi au travail
  • À l'image du pays

Chapitre 3 : Deux langues vivantes

  • Le développement des communautés minoritaires de langue officielle :
    l'impulsion du gouvernement
    • Toucher toutes les facettes de la vie
    • Des communautés dynamiques
  • Enseigner deux langues et dans les deux langues
    • Le long chemin de l'école
    • La gestion scolaire
    • La clientèle étudiante des minorités de langue officielle
    • Les jeunes et la langue seconde
  • La promotion des langues officielles
    • Une affaire de coeur

Chapitre 4 : Les langues officielles dans la société canadienne

  • Accepter et connaître les deux langues officielles
  • L'ombre de l'assimilation
  • Un paysage en évolution

Chapitre 5 : Favoriser l'essor des langues officielles

  • Les Commissaires aux langues officielles :
    être un guide tout en montant la garde
    • Celui qui a ouvert la voie
    • L'appel au soutien des minorités linguistiques
    • Vers la nouvelle loi
    • Vers l'épanouissement et le développement des communautés
    • Témoigner des progrès sans complaisance
  • Le Commissariat : poursuivre un idéal
    • L'évolution des plaintes

Conclusion

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Introduction

Voilà déjà plus de trente ans que le gouvernement canadien a adopté sa première Loi sur les langues officielles. Porteuse d'un idéal difficile à réaliser, cette initiative audacieuse a trouvé dans l'État et dans la population, des hommes et des femmes qui l'inscrivent jour après jour dans l'évolution du Canada.

Leur oeuvre exprime l'esprit de ce pays où cultures et langues diverses cherchent à cohabiter dans l'harmonie. Bien sûr, l'aventure du bilinguisme traverse parfois des moments difficiles. Si, toutefois, l'histoire en fait abondamment état, elle raconte aussi comment à force de bonne volonté et de détermination, les citoyens et citoyennes et l'État ont construit ensemble la dualité linguistique.

En trois décennies, le gouvernement a fait en sorte que les Canadiens et Canadiennes, anglophones ou francophones, se reconnaissent dans l'appareil gouvernemental. La fonction publique est de plus en plus représentative de la population du pays.

Les minorités linguistiques s'affirment davantage grâce aux nombreux programmes gouvernementaux conçus à leur intention, de même qu'à leur conviction profonde que leur langue et leur culture doivent continuer à grandir.

Ces trois décennies de bilinguisme officiel représentent peu de chose à l'échelle de l'histoire. Elles ont cependant vu grandir une génération de Canadiens et de Canadiennes qui cherchent à mieux connaître, par l'étude et l'échange, ces deux grandes langues que sont le français et l'anglais.

Le Commissariat aux langues officielles a joué un rôle de vigie et il continuera de le faire. Cela dit, ce sont tous les Canadiens et Canadiennes, gouvernants comme citoyens, qui ont maintenu le cap jusqu'à ce jour. Il y a eu et il y a encore, hélas, des coups de barre maladroits. Il arrive que les minorités linguistiques soient lésées dans leurs droits. Le projet est inachevé, il faut le reconnaître. Cependant, le Canada continue de bâtir cette expression de la modernité qu'est le bilinguisme. En cette ère de mondialisation, les frontières éclatent tandis que les échanges entre les peuples se multiplient. Un pays bilingue est certes bien pourvu pour participer à ce mouvement planétaire. Plusieurs l'ont compris.

Le Commissariat aux langues officielles vous propose un parcours de l'histoire du bilinguisme au pays, à travers ses vicissitudes et ses grands moments. Nous y verrons ce qui est, somme toute, le sort de tout grand projet de société. Le balancier va tantôt dans une direction, tantôt dans l'autre. Ce mouvement perpétuel nous conduit néanmoins petit à petit dans le sens souhaité, vers un monde plus ouvert qui s'édifie en agençant langues et cultures diverses. Cette histoire est aussi celle d'un projet dont on a jeté les bases au XXe siècle pour le faire grandir au cours de celui qui vient de commencer.

Comme tout tableau historique, ce survol ne saurait être exhaustif et identifier tous les événements qui ont participé de près ou de loin à l'évolution de ce dossier. Nous établissons une sélection des faits pour rappeler le chemin parcouru.

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Chapitre 1 : L'esprit d'un pays

Le régime linguistique canadien avance pas à pas en quête de meilleurs lendemains. C'est ainsi qu'il évolue depuis que la découverte du Nouveau Monde a conduit les Anglais et les Français d'Europe à cohabiter. Que d'avancées ont-ils dû faire depuis la capitulation de Québec en 1760! Venus ici chacun de leur côté pour bâtir un pays, ils ont entrepris de le partager plutôt que de perpétuer les conflits qui déchiraient leurs patries d'origine. Cette cohabitation s'est enrichie de la présence des Premières nations, qui habitaient le territoire convoité depuis fort longtemps.

C'est ensemble qu'ils ont fondé le Canada. Le Québec, majoritairement francophone, la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick et l'Ontario, majoritairement anglophones, ont jeté ensemble les bases du bilinguisme, un mouvement qui allait grandir avec le pays.

Dès 1867, année de la Confédération, le français et l'anglais deviennent langues d'usage au Parlement canadien. Ce bilinguisme essentiellement parlementaire a pris une portée symbolique quand le français a fait son apparition à côté de l'anglais sur les timbres-poste et les billets de banque dans les années 20 et 30. Il est devenu plus vivant avec la création du Bureau de la traduction en 1934. À la même époque, la fonction publique, jusqu'alors quasi unilingue, commençait à communiquer en français au Québec.

Ces deux langues se sont également inscrites dans la personnalité culturelle du pays grâce en grande partie à Radio-Canada, à l'Office national du film et au Conseil des arts qui en font l'usage et la promotion.

Des écueils ont cependant ralenti la marche du bilinguisme. Par exemple, plusieurs provinces ont interdit l'enseignement du français dans les écoles à certains moments de l'histoire.

Les anglophones et les francophones, qui avaient pourtant donné ensemble naissance à ce pays, ne parvenaient pas toujours à s'entendre. Dans ce climat difficile, il est devenu manifeste que le Canada devait mieux respecter ses minorités linguistiques et qu'il lui fallait bien plus que des ajustements occasionnels pour permettre à tous ses citoyens et citoyennes de s'épanouir.

Au tournant des années 60, le pays était mûr pour une profonde réflexion. Le gouvernement fédéral a créé la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme en 1963 (Commission Laurendeau-Dunton). Celle-ci passera sept ans à faire une véritable radiographie de la société canadienne. Elle a d'abord constaté que le pays traversait « la crise majeure de son histoire ». Il fallait pour la résoudre, donner à chacun le droit à l'éducation dans sa langue, rendre la fonction publique fédérale bilingue et reconnaître que le Québec avait son caractère propre. Le Québec commençait par ailleurs à exiger une meilleure reconnaissance de sa langue et sa culture majoritaires.

La Loi sur les langues officielles a vu le jour en 1969, dans la foulée de ces travaux. Le gouvernement de l'époque s'en est inspiré pour lancer l'initiative la plus ambitieuse depuis la Confédération pour que ceux et celles qui se distinguaient par leurs origines et leurs traditions puissent faire oeuvre commune.

Les langues officielles étaient désormais inscrites dans l'évolution du pays.

En 1970, le Commissariat aux langues officielles a commencé à veiller au grain. Les grandes conférences constitutionnelles furent instituées à la même époque. Elles ont débouché, en 1982, sur le rapatriement de la Constitution et sur l'enchâssement de la Charte canadienne des droits et libertés, qui ont pour ainsi dire coulé le droit à l'égalité linguistique dans les fondements de l'État.

La notion de bilinguisme a alors pris une envergure que l'on ne lui avait jamais connue. Elle ne se limitait plus aux seuls rapports entre le gouvernement et les citoyennes et citoyens, non plus qu'au Parlement. Les deux langues se devaient d'être vivantes partout, dans la société comme dans l'État. C'est alors que s'est affirmé le droit à l'éducation dans la langue de la minorité et qu'il est apparu que les minorités anglophones et francophones avaient non seulement besoin d'une reconnaissance juridique, mais aussi d'un climat qui leur permettrait de grandir. Ce droit à l'épanouissement et au développement leur a été reconnu dans la nouvelle Loi sur les langues officielles de 1988.

Le temps où le bilinguisme se limitait aux symboles et à la traduction est désormais révolu. Il se manifeste aujourd'hui de multiples façons.

Il prend d'abord la forme de programmes gouvernementaux conçus à l'intention des minorités linguistiques dans les domaines culturel, artistique, économique, scolaire, etc. L'ensemble des ministères et agences aux responsabilités aussi diverses que la santé, l'agriculture, le travail ou les communications doivent aujourd'hui tenir compte des deux communautés linguistiques. Autre expression du bilinguisme, la vitalité des minorités linguistiques. Plusieurs ont leurs institutions économiques, culturelles et politiques de même que leurs écoles. Enfin, l'appareil gouvernemental se modèle de plus en plus selon le profil linguistique du pays.

La politique des langues officielles a grandi avec le Canada. Elle s'est moulée au paysage et a marqué la société de son empreinte. Elle touche aujourd'hui trois océans, donne droit de cité aux minorités linguistiques les plus isolées et incite de plus en plus de Canadiennes et Canadiens à devenir bilingues.

Des peuples de toutes origines partagent aujourd'hui ce vaste territoire avec ses premiers occupants, les autochtones. Ensemble, ils visent à se comprendre mutuellement en parlant une ou l'autre de ces grandes langues que sont le français et l'anglais. Cette volonté commune est manifeste de l'esprit du Canada, celui d'un pays ouvert, à l'avant-garde des grands courants de notre époque.

Les peuples valsent aujourd'hui autour du globe au rythme de la phénoménale puissance des moyens modernes de communication. Notre politique des langues officielles permet au Canada de devancer ce grand courant qui nous entraîne vers le plurilinguisme et la diversité culturelle.

Ouvrage inachevé, cet idéal rencontrera encore des résistances. Mais il pourra toujours compter sur des forces vives qui sauront s'inspirer de l'histoire et puiser dans le présent pour mieux projeter le pays dans l'avenir.

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Chapitre 2 : Le bilinguisme au gouvernement fédéral

Savoir parler à ses citoyens et citoyennes

L'État bilingue se caractérise par une grande variété d'institutions bilingues qui veillent à ce que les citoyens ne soient pas désavantagés du fait de leur appartenance à une minorité linguistique.

(Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, Livre I, Les langues officielles, p. 12, 1967)

Celui et celle qui accepte de vivre dans le respect des lois et des coutumes de son pays s'attendra à ce que son gouvernement le serve avec justice en retour. L'équité est réalisée quand francophones et anglophones se sentent chez eux lorsqu'ils font affaire avec leur gouvernement. Par conséquent, l'administration fédérale doit pouvoir leur parler dans leur langue, qu'ils soient en situation majoritaire ou minoritaire. Après tout, le verbe n'est-il pas né du besoin de communiquer que les humains ont un jour ressenti dans leur évolution ?

Ayant pour but de réaliser l'égalité, la Loi sur les langues officielles prévoit l'usage du français et de l'anglais dans les rapports entre l'État et les citoyens et citoyennes.

Des lacunes ? Il en subsiste. Le Commissariat aux langues officielles est à même de le constater. Mais s'il avait eu la possibilité de faire le même examen à la fin du XIXe siècle, le bilan d'une seule année aurait sans doute été plus sombre que la somme de tous les écarts qu'il a relevés depuis 1970.

C'est en 1938 que la fonction publique a formellement pris l'initiative de faire usage des deux langues officielles et que le gouvernement, essentiellement unilingue anglais depuis la Confédération, a commencé à servir les Québécois et Québécoises en français. Les chèques fédéraux d'allocation familiale bilingues ont fait leur apparition au Québec quelques années plus tard, en 1945. Mais les minorités francophones des autres provinces étaient toujours oubliées.

On a commencé à penser à elles en 1958. La Commission du service civil décida alors que les fonctionnaires qui servent des communautés bilingues doivent pouvoir communiquer dans les deux langues. Quatre ans plus tard, la Commission royale d'enquête sur l'organisation du gouvernement du Canada dira de la fonction publique qu'elle doit être représentative des cultures qui composent le pays, les cultures française et anglaise en particulier. À la même époque, la distribution des chèques d'allocation familiale bilingues fut étendue à tout le pays.

Après 95 ans d'histoire, les minorités d'expression française commençaient peut-être à se sentir enfin reconnues, puisqu'une fois par mois, les familles recevaient par la poste un envoi de leur gouvernement qui faisait usage des mots hérités de leurs ancêtres. Mais le temps n'était pas encore venu de conclure que leur gouvernement avait appris à leur parler dans leur langue. Loin de là. Pour l'essentiel, les agences et ministères fédéraux n'assuraient leurs services qu'en anglais à l'extérieur du Québec. Pour aller plus loin, la fonction publique avait besoin d'un nouveau souffle.

Cet élan viendra en 1969, avec l'adoption de la Loi sur les langues officielles qui stipulera que la prestation de services au public doit se faire en français et en anglais là où la demande est importante. L'année suivante, le président du Conseil du Trésor se fixera comme objectif de garantir au public des communications écrites dans les deux langues officielles.

Petit à petit, toute la correspondance envoyée à l'ensemble de la population est devenue bilingue. Mais il y a un palier plus difficile à atteindre que tous les autres : celui où, qu'on soit en situation majoritaire ou minoritaire, l'on pourra se faire répondre dans sa langue officielle à chaque fois que l'on sollicite un service public.

Le gouvernement a investi dans la formation linguistique de son personnel et il a désigné des postes bilingues. Hélas, force est de constater que l'usage spontané du français et de l'anglais ne fait pas encore partie de la culture de la fonction publique, surtout dans les régions où l'une des deux langues officielles est fortement majoritaire. Venir à bout de vieilles habitudes n'est pas chose aisée. Le Commissariat aux langues officielles en a fait le constat à maintes reprises depuis le milieu des années 90 pour conclure récemment que la « situation reste largement insatisfaisante ».

À cette résistance s'ajoute une difficulté nouvelle, qui s'est manifestée lorsque le gouvernement a décidé de déléguer certaines compétences aux gouvernements provinciaux et à l'entreprise privée. Par exemple, il a privatisé, entre autres, Air Canada et Petro-Canada; des comptoirs postaux privés dispensent les services de Postes Canada; il existe maintenant des ententes fédérales-provinciales sur la formation professionnelle.

Or, autre gouvernement, autres règles. Aujourd'hui, non seulement faut-il toujours rappeler à la fonction publique qu'elle doit parler les deux langues officielles, mais il faut aussi veiller à ce que les transformations gouvernementales ne viennent éroder ce qui fut acquis au prix d'un effort patient et soutenu pendant plus d'un siècle. Car cet effort a produit des résultats. Il est indéniable que, malgré les avatars, le français est devenu langue de service au gouvernement. La plupart du temps, quatre fois sur cinq environ, on réussira à se faire servir dans la langue de son choix, même s'il y a des régions où beaucoup de travail reste à faire. On n'aurait pas pu en dire autant au début du XXe siècle, une époque où l'accueil en français n'était acquis nulle part, pas même au Québec.

Se sentir chez soi au travail

Le rêveur éveillé voudrait que tous ceux et celles qui veulent faire carrière dans la fonction publique puissent faire usage du français ou de l'anglais quand bon leur semble, que ce soit avec leurs collègues immédiats, leurs subalternes ou leurs supérieurs. Dans la réalité, les choses se passent différemment. Les fonctionnaires bilingues ne sont guère nombreux et nombreuses dans l'ensemble. Par souci d'efficacité, les interlocuteurs choisiront la langue qui leur permet de communiquer, soit l'anglais le plus souvent.

S'il est impossible de vivre à la hauteur de ce rêve, il serait tout aussi insensé d'oublier que le lieu de travail ne doit pas donner l'impression d'être un étranger dans son propre pays. Tous et toutes doivent avoir le sentiment d'appartenir à la même famille.

La Commission Laurendeau-Dunton recommandait en 1968 de laisser aux fonctionnaires le choix de travailler et de faire carrière en français ou en anglais, sous certaines réserves cependant. Les deux cultures ne se côtoient pas partout, étant donné qu'il y a plusieurs régions fortement unilingues au pays. La Commission avait déjà compris qu'il valait mieux garder les pieds sur terre.

On peut aujourd'hui choisir la langue de travail dans les régions désignées bilingues. Les deux langues officielles doivent être en usage dans les sessions de formation, les réunions administratives, ainsi que dans les documents et instruments de travail.

Le contraste avec le passé est saisissant. Les quinze premières années du Canada se sont déroulées comme si le français n'existait pratiquement pas au travail. Ce n'est qu'en 1882 que l'on fut témoin de la première ouverture. La Commission du service civil a alors permis à ses candidats de choisir la langue des examens qu'ils devaient passer. Elle a aussi commencé à annoncer ses concours en français et en anglais dans la Gazette du Canada.

Un pas en avant en appelle un autre. Quelques années plus tard, elle a institué la première prime au bilinguisme. Ceux et celles qui pouvaient écrire dans les deux langues se voyaient gratifier d'un supplément annuel de cinquante dollars.

En 1958, les règlements et la Loi du service civil seront modifiés pour faire en sorte que les supérieurs aient une connaissance de la langue de leurs employés suffisamment bonne pour les diriger.

Une étape à la fois. L'usage des deux langues dans les institutions fédérales ne correspond pas encore tout à fait à l'esprit de la Loi sur les langues officielles. Des employés s'en plaignent souvent. Néanmoins, les fonctionnaires sont plus nombreux et nombreuses que jamais à travailler dans leur langue maternelle.

À l'image du pays

Au-delà des politiques et des lois, il existe un moyen concret de faire du français et de l'anglais des langues de service et de travail dans la fonction publique : choisir le personnel dans les deux communautés de langue officielle.

Après des années d'effort, la fonction publique est maintenant représentative de la présence des francophones et des anglophones au pays. Les gestionnaires d'expression française occupent aujourd'hui 23 pour cent des postes, contre 18 pour cent en 1978. Des progrès semblables s'observent dans les autres catégories professionnelles. Au service extérieur et à l'administration, par exemple, la participation des francophones qui était de 26 pour cent en 1978, est passée à 29 pour cent. Ainsi, tous et toutes tendent à avoir les mêmes perspectives d'emploi et de carrière. S'il en était autrement, l'objectif d'atteindre l'égalité ne serait que voeu pieux.

Au-delà de la conformité à la Loi sur les langues officielles, la participation des deux communautés à la vie de l'État contribue à rendre le bilinguisme encore plus grand. Tous ces gens de culture et de langue différentes qui se côtoient au gouvernement apprennent à se connaître. Oeuvrant ensemble à l'édification d'un même pays, ils découvrent et reconnaissent leur contribution respective.

Il y aura toujours un écart entre le rêve et la réalité, mais c'est en poursuivant ses rêves que l'on rend la réalité plus belle.

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Chapitre 3 : Deux langues vivantes

Le développement des communautés minoritaires de langue officielle : l'impulsion du gouvernement

S'il y a écart numérique entre les deux groupes linguistiques, on doit compenser les inconvénients que comporte cette inégalité.

(Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, Livre I, Les langues officielles, p.14, 1967)

Il y a dans ce pays des anglophones qui mènent leur barque dans la baie de Gaspé, là où Jacques Cartier a engagé sa flotte il y a cinq siècles, tandis que des francophones moissonnent les Prairies, peuplées de descendants et de descendantes d'Européens de toutes origines qui parlent maintenant majoritairement l'anglais.

Il n'y a pas que des milliers de kilomètres qui séparent ces deux mondes. La distance se manifeste aussi dans leur façon respective d'aborder la vie. Si la culture est affaire de traditions et de conventions, elle est également façonnée par le combat que mène l'humain pour assurer sa survie.

Pourtant, ces êtres différents ont quelque chose en commun. Ils partagent ce qui fait l'essence des langues officielles : ils sont en situation minoritaire et ils veulent voir le reflet d'eux-mêmes dans le paysage qui les entoure. Ils espèrent trouver au Canada l'hospitalité d'un foyer.

Ainsi, la marche vers le bilinguisme ne peut se limiter aux corridors et officines du gouvernement, ni à des façades d'édifices ou à une formule polie prononcée en français et en anglais. Le projet est beaucoup plus ambitieux que cela. Il vise à faire vivre deux langues dans une multitude de communautés disséminées sur un immense territoire. Cela va plus loin que la réalisation de l'égalité. Il s'agit de permettre à chacun et chacune de vivre et de grandir dans un univers qui correspond à sa culture.

Le défi est de taille, en particulier pour les francophones, qui sont minoritaires non seulement dans leur pays mais aussi en Amérique du Nord.

Toucher toutes les facettes de la vie

Il n'y a pas si longtemps, l'intervention du gouvernement en matière de langues officielles se limitait au Secrétariat d'État. Aujourd'hui, Patrimoine canadien, qui lui a succédé, chapeaute un vaste programme qui fait appel à l'ensemble des ministères et des agences du gouvernement. Il s'agit de la Stratégie nationale de mise en oeuvre des articles 41 et 42 de la Loi de 1988, stratégie lancée en 1994. Elle figure sans doute parmi les démarches les plus audacieuses que le gouvernement fédéral a entreprises en matière de langues officielles depuis la Confédération, afin d'appuyer le développement des communautés.

Grâce à elle, des agences comme la Diversification économique de l'Ouest ont maintenant un volet pour les francophones. Agriculture et agroalimentaire Canada a permis à des agriculteurs et agricultrices francophones de toutes les provinces de se rencontrer en vue de se constituer un réseau. Ce ne sont-là que quelques exemples de ce que cette stratégie a apporté à la politique des langues officielles.

Patrimoine canadien soutient également tout un éventail d'initiatives régionales dans des domaines tels l'enseignement, le théâtre et le sport. Cette assistance permet, entre autres, à 350 associations et organismes communautaires d'oeuvrer dans leur milieu tout en se faisant les porte-parole des leurs auprès du gouvernement.

Tous ces programmes contribuent à faire du Canada un pays où les citoyennes et citoyens en situation minoritaire se sentent chez eux. Mais, où qu'ils se trouvent, ils doivent faire partie non seulement de leur communauté culturelle, mais aussi d'un tout plus vaste : la société canadienne. Pour ce faire, il faut lever l'obstacle de l'isolement.

Plusieurs initiatives du gouvernement visent à faciliter les contacts entre les communautés minoritaires.

Celles-ci peuvent se parler par l'intermédiaire de leurs artistes. Des troupes de théâtre obtiennent parfois l'appui de Patrimoine canadien pour jouer ailleurs que dans leur coin de pays. La communication est devenue quotidienne grâce à l'Alliance des radios communautaires, maintenant constituée en réseau national avec le soutien du gouvernement fédéral. La Société Radio-Canada dispose de réseaux de radio et de télévision pancanadiens dans les deux langues officielles. Grâce à ces moyens, le citoyen et la citoyenne en situation minoritaire voit sa communauté s'élargir, car elle dépasse ainsi de loin les frontières de son village, de sa ville ou de sa province.

Les échanges que permet la communication seront enrichissants si les communautés elles-mêmes ont la chance de grandir chez elles d'abord. C'est pourquoi le gouvernement fédéral intervient auprès des provinces en plus d'offrir toute une gamme de programmes.

Il existe en effet des ententes fédérales-provinciales de prestation de services dans la langue de la minorité dans divers domaines : la santé et les services sociaux, les services juridiques et les affaires municipales. Aujourd'hui, le droit de recevoir des services en français existe à l'Île-du-Prince-Édouard, au Nouveau-Brunswick, en Ontario, au Manitoba, dans les Territoires du Nord-Ouest, au Nunavut et au Yukon. Les anglophones du Québec reçoivent eux aussi de nombreux services dans leur langue maternelle. Même si nous sommes encore loin du bilinguisme intégral, cet effort contribue néanmoins à étendre l'usage des deux langues officielles dans la société.

À cet égard, l'article 16 de la Charte canadienne des droits et libertés confère au Parlement et aux législatures du pays le pouvoir de veiller à la progression vers l'égalité du français et de l'anglais.

Jamais la politique des langues officielles n'a eu l'envergure qu'on lui connaît aujourd'hui. Elle s'étend partout. On sent ses effets au gouvernement, dans la communauté, à l'école et même au foyer. La politique des langues officielles laisse son empreinte sur toutes les facettes de l'activité humaine (travail, loisirs, sport, culture, études, etc.), ce qui est beaucoup plus vaste que ce que le pays connaissait en 1969 lors de l'adoption de la Loi.

Parmi tout ce que l'individu doit faire pour grandir, il y a aussi, parfois, le besoin de se défendre. Malgré tout ce qui s'est dit et écrit sur l'égalité linguistique au pays depuis trente ans, il arrive néanmoins que des minorités linguistiques se sentent lésées. Plusieurs des gouvernements qui ont signé la Charte canadienne des droits et libertés en 1982 n'ont guère montré d'empressement pour en respecter l'article 23 sur l'instruction dans la langue de la minorité.

Les minorités linguistiques ont dû revendiquer la reconnaissance de leurs droits devant les tribunaux. Elles l'ont fait avec un certain succès. Bien que leur ténacité explique en grande partie les victoires qu'elles ont remportées, il ne faut pas sous-estimer l'importance du Programme de contestation judiciaire qui leur a apporté le soutien financier nécessaire pour intenter d'onéreuses démarches en justice.

Cet appui contribue à l'atteinte de l'objectif que vise le gouvernement fédéral depuis l'adoption de la première Loi sur les langues officielles. Les minorités linguistiques ne sont pas réduites à attendre que l'égalité se réalise. Elles peuvent la revendiquer quand la balance se met à pencher.

Des communautés dynamiques

Les intentions resteront des voeux pieux et les lois des mots sur du papier si les communautés minoritaires ne désirent pas profondément grandir et prospérer. C'est à elles que revient le devoir de donner corps aux langues officielles. Cette démarche ne commence pas à Ottawa, mais bien chez elles. À cet égard, l'histoire plaide en leur faveur. Les minorités linguistiques, quelles qu'elles soient, ont toutes montré qu'elles avaient du coeur au ventre bien avant l'adoption de la Loi en 1969.

La vitalité de la communauté anglo-québécoise ne fait pas de doute. Elle a ses écoles, ses universités et ses hôpitaux. Elle participe aux grands mouvements économiques du Canada, du fait qu'elle partage la langue d'expression de la majorité des Canadiens et Canadiennes. Cela dit, on observe néanmoins une certaine érosion de ses acquis.

Il faut bien reconnaître que la condition des Anglo-Québécois et Anglo-Québécoises qui vivent hors des grands centres est fort différente de celle des anglophones de Montréal. À certains égards, elle s'apparente à celle des minorités francophones isolées des autres provinces. Il peut arriver que le manque de ressources, phénomène fréquent en milieu rural, leur rende quelque peu difficile l'accès à des services dans leur langue.

Par ailleurs, les francophones des provinces autres que le Québec et des territoires ont dû relever plus d'un défi à cause de leur situation. Ils et elles parlent la langue de la minorité canadienne en plus d'être minoritaires dans leur milieu de vie. Cela ne les a pas empêchés de se bâtir une société bien à eux.

Déjà au début du XXe siècle, ils et elles commençaient à se regrouper en associations pour promouvoir leur culture et leurs traditions. L'Association canadienne-française de l'Ontario a vu le jour en 1910. Elle a vécu les moments les plus difficiles de l'histoire des Franco-Ontariens et Franco-Ontariennes, comme l'adoption du Règlement 17, en 1912, qui restreignait à une heure par jour l'étude du français à l'école. Elle a dû mener une lutte tenace pour maintenir vivant le français dans la province. Elle y est parvenue.

D'autres associations ont veillé et veillent encore au maintien de la francité partout au Canada. L'Assemblée communautaire fransaskoise s'est attelée à cette tâche dès 1912. La Fédération nationale des femmes canadiennes-françaises et la Société franco-manitobaine ont emboîté le pas en 1916. Aujourd'hui, les minorités linguistiques de toutes les provinces et des trois territoires ont leurs associations qui les représentent et les aident dans leur développement.

Qui plus est, elles ont compris qu'elles pouvaient améliorer le sort des leurs, non seulement en oeuvrant dans leur milieu, mais en agissant ensemble aux plans provincial et national. C'est pourquoi elles se sont regroupées au sein de la Fédération des francophones hors Québec en 1975, devenue depuis la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada.

Les Anglo-Québécoises et Anglo-Québécois se sont eux aussi attelés à la tâche en fondant Alliance Québec en 1982, et plus récemment, le Quebec Community Group Network (QCGN). Il y a aujourd'hui des organismes communautaires anglophones dans toutes les régions du Québec.

Les minorités linguistiques disposent ainsi d'un vaste réseau d'organismes capables de constituer une force d'organisation et de revendication réelle et efficace.

Une société ne peut cependant évoluer sous la seule impulsion de ses groupes de pression ni de ses organisations communautaires. Elle doit, de son propre chef et autant que possible, agir dans tous les champs d'activité nés de la pensée humaine. Cela est particulièrement difficile pour les petites communautés, mais ce n'est pas nécessairement impossible.

Les preuves sont nombreuses et éloquentes. Citons à titre d'exemple le Théâtre populaire d'Acadie au Nouveau-Brunswick, le Cercle Molière au Manitoba ou le Trillium en Ontario qui contribuent à la vitalité de leurs communautés à travers les arts de la scène. Cette vitalité s'exprime aussi à travers une littérature unique et riche. Aux grands noms que sont Gabrielle Roy et Antonine Maillet, dont les oeuvres sont encore lues dans toute la francophonie et ont été traduites dans plusieurs langues, il faut également compter sur une nouvelle génération d'auteurs tout aussi originaux et talentueux tels que les Franco-Ontariens Jean-Marc Dalpé et Daniel Poliquin, pour ne nommer que ceux-là. La vitalité des communautés s'entend aussi bien sûr à travers la voix et la musique de multiples artistes de talent, dont plusieurs se sont illustrés à l'échelle du pays et même hors de nos frontières comme Roch Voisine, Daniel Lavoie et Natasha St-Pier, qui sont montés sur les plus grandes scènes du monde.

Il est évident aussi que la condition minoritaire des Anglo-Québécoises et Anglo-Québécois n'est pas un obstacle à leur épanouissement culturel. On y compte plus d'une vingtaine de troupes de théâtre dont le Centaur Theatre à Montréal et le Theatre Lac Brome, qui peuvent puiser dans l'oeuvre de dramaturges comme Vittorio Rossi et David Fennario. Et il y a bien sûr l'écrivain d'envergure Mordecai Richler, qui s'est éteint récemment.

Les minorités linguistiques ont aussi les moyens d'explorer et d'étudier le monde. Les minorités francophones possèdent des établissements d'enseignement postsecondaire dans toutes les provinces à majorité anglophone, à l'exception de Terre-Neuve et de la Colombie-Britannique.

Dans les provinces maritimes, on trouve l'Université de Moncton et quatre collèges communautaires au Nouveau-Brunswick, l'Université Sainte-Anne et le Collège de l'Acadie en Nouvelle-Écosse, de même que le Centre provincial de formation pour adultes et un campus du Collège de l'Acadie à l'Île-du-Prince-Édouard.

En Ontario, il y a deux universités bilingues (Ottawa et Laurentienne), le Collège universitaire Glendon bilingue également à Toronto, en plus de trois collèges francophones.

Dans les Prairies, les francophones peuvent étudier au Collège universitaire de Saint-Boniface au Manitoba, à la Faculté Saint-Jean de l'Université de l'Alberta, au Collège Mathieu en Saskatchewan et au Centre de formation linguistique de l'Université de Regina.

Au Québec, l'existence des universités McGill, Bishop's et Concordia, de même que de plusieurs cégeps anglophones comme le Dawson College et le Champlain Regional College montrent que la communauté anglo-québécoise peut elle aussi approfondir ses connaissances dans sa langue. Elle est outillée pour avancer favorablement dans tous les domaines, de la formation professionnelle à la recherche avancée.

Cette liste suffit à prouver que le français et l'anglais sont de véritables langues de transmission et d'acquisition du savoir au Canada.

Les minorités linguistiques parviennent aussi à faire fructifier ce savoir. Les minorités francophones ont réussi à se constituer un réseau d'affaires soutenu par de solides institutions comme les Caisses populaires et le Conseil canadien de la coopération, tandis que les Anglo-Québécois et Anglo-Québécoises ont toujours participé pleinement à l'essor économique du Québec.

Les communautés minoritaires sont bien vivantes, cela est indéniable. Elles ne sont pas que des créatures politiques, mais bel et bien des peuples en chair et en os déterminés à grandir en contribuant à la croissance de leur pays. Ensemble, elles regroupent près de deux millions de personnes qui visent la même fin : faire grandir leur culture en milieu minoritaire.

Si la politique canadienne des langues officielles est ce qu'elle est aujourd'hui, c'est en grande partie parce qu'elle est calquée sur le champ d'action des associations et institutions qui s'intéressent à la culture, à l'enseignement, aux arts, au développement communautaire et à l'économie.

Enseigner deux langues et dans les deux langues

Les communautés grandissent grâce aux enfants. Les communautés minoritaires l'ont compris. C'est pourquoi elles ont mis tant d'efforts pour développer leurs écoles.

De façon générale, la communauté anglo-québécoise a eu accès à l'enseignement dans sa langue.

Les écoles confessionnelles pour catholiques et pour protestants ont existé au Québec jusqu'en 1993. À l'issue d'une réforme que la Cour suprême a jugée conforme à la Charte canadienne des droits et libertés, le réseau scolaire québécois est aujourd'hui organisé sur une base linguistique. Il assure ainsi une scolarisation complète de l'élémentaire au secondaire à ses deux communautés de langue officielle.

Le long chemin de l'école

Le réseau scolaire actuel en milieu francophone minoritaire est à la fois héritage et fruit d'une lente évolution.

L'héritage, c'est celui que les congrégations religieuses ont laissé. Partout au pays, à un moment ou à un autre de l'histoire, elles ont dispensé un enseignement en français. Quant à l'évolution, les francophones y ont veillé à leur façon en défendant sans relâche ce droit qu'ils et elles estimaient avoir et ont fait reconnaître, celui d'étudier dans leur langue.

Il est vrai que des enfants ont été sciemment privés de ce droit à plusieurs reprises depuis la Confédération. Heureusement, là comme ailleurs, la montée du bilinguisme a fait son oeuvre pour que surgissent classes, livres et devoirs en langue française.

À la fin du XIXe siècle, l'enseignement en français était souvent accessoire, sans plus. En 1882, le conseil de l'instruction publique de la Nouvelle-Écosse décidait de fournir des livres de lecture bilingues aux écoles acadiennes. Même si ce geste était positif, nous étions encore loin d'un programme complet en langue française.

Au Manitoba, le compromis Laurier-Greenway permettait que le français et l'anglais deviennent langues d'enseignement dans les écoles bilingues, c'est-à-dire fréquentées par dix élèves ou plus de langue maternelle française.

En 1900, l'école normale de la Nouvelle-Écosse commence à offrir des cours pour l'instruction en français à des enseignants francophones. Deux ans plus tard, l'emploi du français est autorisé durant les quatre premières années de l'élémentaire. Il s'agissait de bons pas en avant car en 1864, trois ans avant la Confédération, l'Education Act avait fait de l'anglais la seule langue d'enseignement dans cette province.

Le School Act de l'Alberta en 1905 et celui de la Saskatchewan en 1909 permettent un certain usage du français dans les classes primaires.

Mais s'il y eu progrès sur certains fronts, il y eu recul sur d'autres.

En 1890, l'Ontario avait limité l'usage du français aux classes primaires dans les écoles bilingues quand les élèves ne comprenaient pas l'anglais. Elle ira plus loin en 1912 avec le Règlement 17 : l'anglais devenait la seule langue d'enseignement après la troisième année, et l'étude du français était restreinte à une heure par jour.

Au Manitoba, le compromis Laurier-Greenway est modifié en 1916 pour faire de l'anglais la seule langue d'enseignement dans les écoles publiques. En 1931, le School Act de la Saskatchewan proclame l'anglais comme seule langue d'enseignement dans les écoles publiques de la province.

C'est ainsi que pendant trois quarts de siècle, les francophones minoritaires ont essuyé refus sur refus et ont vécu le rejet pour, à l'occasion, n'obtenir que des parcelles de ce que doit être un véritable programme d'éducation.

Le vent a commencé à tourner dans les années 50. En 1955, le Manitoba ordonne officiellement l'enseignement en français de la quatrième à la douzième année dans certaines écoles. À partir de ce moment, la langue de Molière commencera lentement à sortir de la clandestinité pour s'affirmer davantage. Toutefois, cette ouverture à elle seule n'aurait pas suffi à donner au mouvement l'ampleur qu'on lui connaît aujourd'hui. Les francophones étaient encore isolés dans leurs villages et leurs quartiers. Seuls face à leur gouvernement provincial, leurs voix ne portaient pas. Il leur fallait une tribune et une caisse de résonance pour faire entendre leur appel.

La Commission Laurendeau-Dunton leur prêtera l'oreille et portera leurs doléances à la connaissance du Canada tout entier. Elle recommandera en 1968 que l'on permette aux parents de choisir la langue d'enseignement de leurs enfants. C'était la première fois que cette question était évoquée formellement en termes positifs, à l'échelle du pays.

À la même époque, la Saskatchewan et l'Alberta manifesteront certains signes d'ouverture. L'enseignement en français pouvait atteindre 55 pour cent de la journée scolaire chez les élèves fransaskois, tandis que les élèves franco-albertains pouvaient étudier en français de la première à la douzième année dans des écoles bilingues.

Au cours des conférences constitutionnelles qui ont suivi, les premiers ministres des provinces à majorité anglophone ont accepté le principe de l'enseignement en français, qu'ils reconnaîtront comme droit inaliénable en signant la Charte canadienne des droits et libertés en 1982. Il restait bien sûr à savoir ce que les signataires de la Charte entendaient par là. La question n'était pas réglée, mais elle reposait désormais sur un fondement juridique solide.

Au prix d'années de négociations avec leur gouvernement et de longues batailles devant les tribunaux, les minorités linguistiques ont réussi à gagner leur cause. Les miettes qu'on leur avait timidement consenties depuis les années 50 ne suffisaient pas. Les écoles bilingues et les heures d'enseignement comptées, qui ne contribuaient guère à contrer l'assimilation, n'étaient pas conforme à l'article 23 de la Charte.

Petit à petit, elles obtiendront de vraies écoles faites de briques et de mortier, des manuels, des enseignants et des conseils scolaires.

Aujourd'hui, les deux minorités de langue officielle, francophone et anglophone, disposent d'un solide réseau d'écoles, chacun étant protégé par la Charte. Cela dit, plusieurs communautés minoritaires au Québec ou ailleurs au Canada ont un énorme défi à relever. Dispersées dans des régions peu peuplées, il leur est parfois difficile de rassembler ressources et élèves pour se bâtir des écoles équivalentes à celles que l'on trouve dans les grands centres.

La prochaine étape de l'évolution de l'enseignement dans la langue de la minorité consistera à compenser cette contrainte à la fois démographique et géographique. Il s'agira pour les anglophones du Québec de prévenir l'érosion de leurs effectifs, et pour les francophones des autres provinces de faire fructifier les gains des deux dernières décennies.

La gestion scolaire

Pour les communautés minoritaires, l'école est davantage qu'une bâtisse où s'engouffrent les enfants cinq jours par semaine pour apprendre comment gagner leur vie. Elle est une sorte d'oasis pour ceux et celles qui partagent une langue et une culture différentes de celles de la majorité. Elle est aussi le lieu où la culture se transmet. L'enseignement doit y être d'aussi bonne qualité que celui dispensé ailleurs, mais ne doit pas nécessairement être identique. C'est pourquoi des parents franco-albertains ont entrepris, dans les années 80, une longue lutte qui a abouti en Cour suprême. Ce que l'on appelle aujourd'hui l'affaire Mahé a permis à toutes les minorités de langue officielle au pays d'obtenir la gestion de leur système scolaire.

Grâce à cette victoire, les francophones de tous les coins du pays peuvent choisir l'orientation de l'enseignement qui sera dispensé aux leurs. C'est beaucoup plus que le seul droit à une classe ou à des manuels traduits.

La marche pour l'enseignement en français n'est cependant pas terminée. Plusieurs écoles n'ont pas suffisamment de ressources pour convaincre leurs écoliers d'y rester jusqu'à la fin du secondaire. Les années de vaches maigres que les provinces ont fait vivre à leurs minorités linguistiques ont causé des torts qu'il faut réparer. Le réseau francophone doit être aussi solide que le réseau anglophone, qui s'appuie sur plus d'un siècle de tradition.

Comme pour les autres volets du bilinguisme canadien, il reste des éléments à parfaire. Le gouvernement fédéral et les provinces respectent de mieux en mieux ce droit désormais reconnu, par l'intermédiaire de divers programmes.

Au Québec, les commissions scolaires linguistiques donnent droit de cité aux deux langues officielles dans l'enseignement et la gestion.

La clientèle étudiante des minorités de langue officielle

On compte aujourd'hui environ 160 000 élèves inscrits dans près de 700 écoles de langue française dans les provinces à majorité anglophone. Quant au système scolaire anglophone du Québec, il compte environ 100 000 élèves. Nous sommes loin d'un constat d'échec.

Cela dit, le réseau francophone n'a pas encore réalisé tout son potentiel. Il pourrait compter près de 300 000 inscriptions par année si tous les parents qui en ont le droit y inscrivaient leurs enfants. S'il en est ainsi, c'est pour plusieurs raisons. Il arrive que ces écoles toutes nouvelles ne s'attirent pas la confiance des parents. De plus, elles sont souvent éloignées du foyer.

L'élève n'est pas seulement une statistique. Adulte en devenir, il et elle nourrit rêves et espoirs en cherchant la meilleure voie possible pour les réaliser. Cette quête tout à fait humaine déterminera son attitude et ses attentes.

L'élève est en période de questionnement sur son propre destin. La logique voulant que quiconque puisse étudier dans sa langue choisisse de le faire, n'est par conséquent pas implacable. Les jeunes regardent autour d'eux, réfléchissent et comparent. Le résultat ? Plusieurs s'inscrivent à l'école de langue française à l'élémentaire, puis passent au système scolaire anglais au secondaire. Si certains et certaines le font pour mieux connaître l'autre communauté linguistique, d'autres doutent encore de leurs propres écoles quand ils et elles voient les vastes gymnases et les bibliothèques bien fournies des grandes écoles secondaires de langue anglaise. La plupart des jeunes en situation minoritaire vivent dans un milieu qui favorise l'apprentissage de l'anglais. Il leur est facile de faire le saut si cela leur chante.

Un peu plus de la moitié des jeunes en situation minoritaire étudient actuellement dans leur langue maternelle. La Commission nationale des parents francophones s'appuie sur ces jeunes pour pousser plus loin sa lutte, qui vise désormais à obtenir des « écoles égales » et une égalité dans les résultats.

Malgré cette difficulté, les jeunes francophones sont plus nombreux et nombreuses que jamais à posséder un diplôme universitaire. La proportion est passée de 3,9 pour cent en 1971 à 13,5 pour cent en 1996. L'école de langue française joue son rôle, c'est évident.

Quant aux jeunes Anglo-Québécoises et Anglo-Québécois, la proportion de diplômés dépassait les 10 pour cent en 1971, et 15 pour cent au tout début des années 90. Cela démontre de façon irréfutable qu'un système d'éducation peut produire d'excellents résultats, même en milieu minoritaire.

Les jeunes et la langue seconde

En tant que pays bilingue, le Canada cherche non seulement à faire grandir deux communautés linguistiques sur son territoire, il désire également cultiver la compréhension mutuelle. S'il est vrai que la connaissance dissipe l'inquiétude, il est tout aussi vrai que les anglophones et les francophones s'accepteront mieux en acquérant la connaissance de la langue de l'autre.

On compte maintenant plus de 300 000 étudiants et étudiantes au Canada, anglophones et francophones, qui apprennent une langue officielle seconde dans des classes d'immersion. On les trouve dans le réseau scolaire et aussi à l'université. On estime maintenant qu'à la fin de leur secondaire, 20 pour cent des enfants qui fréquentent les écoles de langue anglaise auront vécu l'apprentissage en immersion.

Aujourd'hui, 2,7 millions d'enfants apprennent une langue seconde. Fait remarquable, ce ne sont pas seulement les francophones qui le font. Les écoles publiques canadiennes comptent plus de deux millions de jeunes anglophones qui étudient le français, ce qui représente un peu plus de 50 pour cent des effectifs scolaires. La proportion ne dépassait guère 40 pour cent il y a vingt ans.

Les résultats sont déjà probants. Le taux de bilinguisme chez les anglophones de 15 à 19 ans est plus du double de celui de leurs parents. Dans l'ensemble, le nombre de Canadiens et Canadiennes bilingues a presque triplé entre 1951 et 1996, passant de 1,7 million à 4,8 millions.

Une génération de Canadiens et Canadiennes bilingues est donc en train de se constituer.

Les progrès des trente dernières années permettent ainsi aux minorités linguistiques de mieux s'affirmer tout en ouvrant une perspective nouvelle pour la majorité. Étudier dans sa langue est valorisant, apprendre celle de l'autre nous aide à mieux le comprendre. Devenir bilingue ouvre un champ de connaissances et une fenêtre sur une culture nouvelle.

La promotion des langues officielles

La politique linguistique canadienne fait davantage que définir des droits et veiller à leur respect. Si la Loi est contraignante aux yeux de certains, il reste que le bilinguisme est aussi un atout pour le Canada. En d'autres mots, le pays s'enrichit par les efforts qu'il déploie pour réaliser le bilinguisme sur son territoire.

Posséder deux langues internationales offre une ouverture sur le monde qui place le pays dans une position privilégiée. En faisant partie à la fois du Commonwealth et de la Francophonie, le Canada accroît son influence sur la scène internationale. Une langue commune sert de pont entre pays. Les gens d'affaires, les artistes, les universitaires et les chefs de gouvernement peuvent communiquer sans intermédiaire, multipliant ainsi échanges et projets communs.

Le bilinguisme individuel ou collectif abat murs et cloisons. Il n'est pas de meilleur outil pour permettre au pays d'évoluer avec aisance dans le nouvel ordre mondial, où la puissance des moyens de communication transcende les frontières. En ce sens, le bilinguisme est résolument moderne.

C'est pourquoi le Canada cherche à donner le goût du bilinguisme aux Canadiens et Canadiennes.

Une affaire de coeur

En plus de soutenir l'apprentissage des deux langues, le gouvernement encourage leur usage par divers moyens. Il s'applique concrètement à la réalisation de ses grands objectifs.

Il soutient financièrement des organismes sans but lucratif qui veulent promouvoir cette caractéristique du pays en favorisant le dialogue, le respect mutuel et la compréhension entre les communautés.

Patrimoine canadien finance des programmes de moniteurs et monitrices de langue seconde et de bourses d'été pour l'étude d'une langue seconde, ainsi que des programmes de perfectionnement linguistique. Il conclut régulièrement des ententes avec les provinces et les territoires et veille à l'administration de la justice dans les deux langues.

Ce ministère encourage les échanges entre provinces et territoires et collabore également avec le secteur bénévole.

Ces initiatives s'ajoutent à celles du Commissariat aux langues officielles qui, grâce entre autres à la participation à des expositions et à des campagnes médiatiques, contribuent à faire comprendre aux Canadiennes et Canadiens la vraie nature du bilinguisme.

La politique fédérale des langues officielles est, tout compte fait, une initiative à grand déploiement, qui ratisse large dans la société canadienne. Elle incite au respect des individus et des communautés, elle vise à donner à chacun et chacune les moyens de s'épanouir dans sa langue et selon sa culture, en plus de développer une image positive du bilinguisme, tant individuel que collectif. Elle agit autant dans l'État que dans la société, pour produire des résultats encourageants.

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Chapitre 4 : Les langues officielles dans la société canadienne

Le pays a changé depuis sa fondation. Les Canadiens et les Canadiennes ont suivi son évolution.

Il est facile d'imaginer ce que le mot « bilinguisme » pouvait évoquer, il y a à peine un demi-siècle, quand on pense à la difficulté que mettait le français à se faire accepter dans la société de pair avec l'anglais. Le français était souvent radié de l'enseignement et à peine utilisé par certains gouvernements.

C'était l'époque des grandes résistances, aujourd'hui révolue.

Accepter et connaître les deux langues officielles

En aidant les citoyennes et citoyens à devenir bilingues et en donnant aux communautés voix au chapitre dans la marche du pays, la politique des langues officielles, qui faisait parfois peur à ses débuts, jouit aujourd'hui d'un fort appui populaire.

Un sondage mené en 1998 par la firme Angus Reid a révélé que 77 pour cent des gens qui vivent à l'extérieur du Québec estiment important que le français et l'anglais soient enseignés aux enfants. Un autre sondage, réalisé par la même firme quelques mois plus tôt au Québec, a démontré que 85 pour cent des Québécois et Québécoises pensent qu'il est important que le gouvernement fédéral en fasse davantage pour promouvoir le bilinguisme.

Bien sûr, ces chiffres révèlent aussi que le bilinguisme ne fait pas l'unanimité. D'ailleurs, cela se vérifie aisément quand on regarde ce qui se passe sur le terrain. Les minorités francophones ne sont pas près d'oublier qu'on aura mis près de vingt ans à les laisser gérer leurs écoles, même si la Charte canadienne des droits et libertés leur en reconnaît le droit depuis 1982. Quant aux Anglo-Québécois et Anglo-Québécoises, il leur semble souvent difficile de maintenir leurs acquis quand, par exemple, les effectifs des communautés sont grandement diminués par la migration d'un grand nombre des leurs vers d'autres provinces et territoires.

Par contre, les données montrent aussi que l'opposition à la politique des langues officielles est maintenant le fait d'une minorité de personnes. Il est aujourd'hui tout à fait sensé de dire que l'on reconnaît sa valeur d'un océan à l'autre, même s'il reste encore des gens à convaincre.

Les Canadiens et les Canadiennes sont plus nombreux que jamais à connaître les deux langues officielles. Plus qu'une tendance, le mouvement semble irréversible. L'Ontario en fournit un bel exemple. En 1998, 122 000 élèves anglophones y étudiaient le français par immersion. Ce chiffre était supérieur au nombre de francophones fréquentant les écoles de langue française de la province. Le recensement de 1996 a révélé que 17 pour cent de la population canadienne pouvait parler le français et l'anglais, contre 13 pour cent en 1971, une progression en majeure partie attribuable à l'apprentissage du français. C'est un signe certain que la francité approfondit son empreinte dans le paysage linguistique canadien.

L'ombre de l'assimilation

Cela dit, la politique des langues officielles ne vise pas seulement à faire la promotion des deux langues officielles. Elle vise aussi à faire grandir les deux communautés. Hélas, elle n'a pas encore enrayé ce mal séculaire qui ronge les communautés minoritaires : l'assimilation.

Sous le poids de la majorité et de l'omniprésence de l'anglais sur notre continent, les francophones qui abandonnent leur langue maternelle sont toujours très nombreux et nombreuses.

En Colombie-Britannique, en Alberta et en Saskatchewan, dans sept familles d'origine française sur dix, on ne transmet pas sa langue maternelle aux enfants. Dans l'ensemble du Canada, le taux d'assimilation chez les francophones en situation minoritaire est passé de 35 à 37 pour cent de 1991 à 1996. Le phénomène s'accélère malgré tous les efforts consentis pour le ralentir.

Si l'assimilation a toujours ralenti la croissance de la population francophone depuis la naissance du Canada, elle ne l'avait jamais empêchée. Hélas, c'est ce qui s'est produit au cours de la dernière décennie. Selon Statistique Canada, le nombre de francophones à l'extérieur du Québec a baissé de 0,6 pour cent entre 1991 et 1996 pour se chiffrer à 970 000. C'est la première fois dans l'histoire du pays que l'on observe un déclin.

L'assimilation touche également la population anglo-québécoise. Mais à un taux de 10,2 pour cent, l'érosion y est trois fois plus lente qu'en milieu francophone minoritaire.

Un paysage en évolution

L'abandon de la langue maternelle, le faible taux de natalité et l'immigration ont considérablement changé le relief linguistique du pays depuis trente ans.

En 1971, 60,1 pour cent de la population canadienne était de langue maternelle anglaise, et 26,9 pour cent, de langue maternelle française. Quelque 13 pour cent de la population faisait usage d'une langue non officielle.

Le recensement de 1996 a révélé que la proportion de Canadiennes et Canadiens ayant l'anglais pour langue maternelle était tombée sous la barre des 60 pour cent tandis que ceux et celles qui avaient le français comme langue maternelle passaient à 23,5 pour cent. Les personnes qui n'avaient ni le français ni l'anglais comme langue maternelle représentaient 16,6 pour cent de la population. Les deux communautés traditionnelles ont décliné en proportion, mais les francophones ont souffert davantage.

Le fait que ce déclin se manifeste trente ans après l'adoption de la première Loi sur les langues officielles porte à réfléchir sans toutefois permettre de conclure à l'échec.

Les minorités linguistiques portent le poids de l'histoire sur leurs épaules. Sans école ni autre institution, sans gouvernement pour veiller à leur développement pendant des décennies, elles ont ployé sous une charge trop lourde, que les gouvernements cherchent maintenant à alléger. Le paysage linguistique canadien est en constante mutation. L'État peut le modeler. C'est le but de la politique des langues officielles.

Cette politique a déjà profondément changé l'attitude du public à l'endroit du bilinguisme, en plus d'avoir éveillé l'intérêt des individus à l'apprentissage d'une langue seconde. La prochaine étape consistera à endiguer l'assimilation en comptant sur les nombreux programmes et initiatives du gouvernement et en gardant l'oeil ouvert sur leur mise en oeuvre.

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Chapitre 5 : Favoriser l'essor des langues officielles

Les Commissaires aux langues officielles : être un guide tout en montant la garde

En 1970, l'unilinguisme canadien était souvent gravé dans la pierre. Les quelques mots en langue anglaise sur les édifices publics, ineffaçables, racontaient une histoire, celle du Canada du début du XXe siècle, un pays pour lequel la langue française semblait ne compter que pour bien peu. Ils témoignaient aussi de l'immense travail qu'aurait à accomplir le Commissaire aux langues officielles en s'attaquant à de vieilles et tenaces habitudes.

Bien que la Loi sur les langues officielles soit contraignante, son but n'est pas tant d'interdire que de promouvoir. Si les citoyens et citoyennes comme l'État doivent la respecter, il en revient d'abord à l'État, à ses décideurs et à son administration de veiller à sa mise en oeuvre.

Les citoyennes et citoyens lésés dans leurs droits allaient avoir besoin d'un recours accessible et efficace pour exprimer leurs doléances, et d'une voix reconnue par le gouvernement pour changer les mentalités dans le sens souhaité, c'est-à-dire vers l'ouverture d'esprit et l'acceptation mutuelle.

Celui qui a ouvert la voie
Spicer

C'est ainsi que se présentait le contexte quand le premier Commissaire aux langues officielles fut nommé. Keith Spicer a ouvert la marche en 1970. Constatant la quasi-absence du français dans la plupart des bureaux fédéraux, même au Québec, il a voulu renforcer la dualité linguistique dans l'appareil gouvernemental.

Keith Spicer a tôt fait de juger qu'il pouvait faire davantage que de simplement recevoir les plaintes de citoyennes et citoyens mécontents. Non seulement enquêtera-t-il suite à des demandes, mais il entreprendra lui-même de faire des vérifications, qu'il appellera « études spéciales ». Sa première portera sur l'accueil téléphonique aux bureaux des ministres. Il effectuera 80 études semblables pendant son mandat.

Convaincu que le bilinguisme s'apprend mieux qu'il ne s'impose, il met l'accent sur la formation des fonctionnaires, ce qui répond à une autre de ses préoccupations : l'usage des deux langues au travail.

Bon communicateur, il consacre beaucoup d'efforts à l'explication de la Loi et de ses objectifs. Il diffuse des trousses d'information, prononce des discours et lance plusieurs initiatives de promotion et de publicité.

Keith Spicer voulait aider les cultures à se comprendre en permettant un dialogue entre les jeunes. En collaboration avec le Conseil des ministres de l'Éducation, il distribue plus de deux millions d'exemplaires de la trousse Oh ! Canada, pour inciter les jeunes de 7 à 12 ans à apprendre une langue seconde.

L'association Canadian Parents for French naîtra à la suite d'une conférence organisée à son initiative.

Keith Spicer a donné de l'envergure au poste de Commissaire. À son départ en 1977, le Commissariat comptait 85 employés, avait un budget annuel de quatre millions de dollars et disposait d'un abondant matériel de promotion. L'institution était outillée pour faire son travail, qu'il s'agisse de recevoir et de traiter les plaintes ou de promouvoir la dualité linguistique tant au gouvernement que dans tout le pays.

L'appel au soutien des minorités linguistiques

Yalden

Maxwell Yalden est entré en fonction en 1977, alors que le pays était engagé dans une longue et difficile négociation constitutionnelle. Son mandat a coïncidé avec le premier référendum québécois, le rapatriement de la Constitution et l'enchâssement de la Charte canadienne des droits et libertés. Il profite de cette effervescence pour s'exprimer publiquement sur l'unité nationale, les droits linguistiques et l'intégration des langues officielles dans la fonction publique. Sous sa gouverne, le débat linguistique a franchi une nouvelle étape. Après sept ans d'efforts pour promouvoir le bilinguisme dans l'appareil gouvernemental, le temps était venu de s'occuper des minorités linguistiques.

D'emblée, il attirera l'attention sur leur situation en incitant les institutions fédérales à les consulter à propos des services à leur offrir. Il défendra aussi l'éducation dans la langue de la minorité, profitant de la déclaration de neuf provinces à ce propos en 1977.

Il prend l'habitude de parler des « deux minorités linguistiques » en évoquant le besoin d'une « symétrie convenable des droits linguistiques » au Québec et dans les provinces à majorité anglophone.

À partir de 1980, il défend les groupes minoritaires avec encore plus d'ardeur à Ottawa et dans les provinces. Le gouvernement fédéral devait, à son avis, mettre en oeuvre une politique globale pour répondre à leurs besoins, tandis que les provinces devaient prêter l'oreille à leurs demandes.

Bien qu'il n'ait pas hésité à monter sur les tribunes pendant les négociations constitutionnelles, ce fonctionnaire de carrière préférait les contacts directs avec les parlementaires, les sous-ministres, les dirigeants et dirigeantes d'organismes, d'entreprises et d'universités, les éditorialistes et les commissions d'enquête. Il a donc travaillé étroitement avec les décideurs et décideuses et avec ceux et celles qui pouvaient influencer l'opinion publique.

Il devient de plus en plus évident, sous Maxwell Yalden, que la politique des langues officielles ne doit pas se limiter aux officines du gouvernement. Le Commissaire, qui en est conscient, entreprend d'étendre le débat à l'ensemble de la société.

C'est pour cette raison qu'il a poursuivi l'initiative de son prédécesseur en ce domaine. Il crée une nouvelle version du jeu Oh ! Canada et ajoute, cette fois-ci à l'intention des adolescents et adolescentes, une nouvelle trousse appelée Explorations. Toujours dans le but de promouvoir le bilinguisme, il lance, en 1980, une revue d'information et d'opinion, Langue et société. Il parraine également des colloques pour alimenter la réflexion sur le bilinguisme.

Maxwell Yalden croit également que les Canadiens et Canadiennes doivent avoir un meilleur accès aux services du Commissariat. Il ouvre des bureaux régionaux à Moncton, Winnipeg, Montréal, Sudbury et Edmonton.

Il devient convaincu que la Loi sur les langues officielles est incomplète malgré ses mérites. Ainsi, il mettra beaucoup d'efforts à convaincre le gouvernement fédéral de la modifier avant de céder la place à son successeur, en 1984.

Vers la nouvelle loi

Fortier

D'Iberville Fortier entre en scène alors qu'il est désormais compris que la politique des langues officielles ne peut être seulement affaire de langue d'usage et de service. Elle doit garantir aux deux communautés pleine et entière reconnaissance. Le secours aux minorités linguistiques lui semble prioritaire.

C'est dans cet esprit qu'il pilotera la refonte de la Loi, qui reconnaîtra en 1988 le droit des minorités linguistiques au développement et à l'épanouissement. Mais ce gain, important au plan législatif, ne pouvait faire oublier les tensions qui se vivaient sur la scène linguistique pendant cette période.

Les minorités linguistiques au Québec et dans les provinces à majorité anglophone se retrouvaient souvent devant les tribunaux pour faire respecter la Charte canadienne des droits et libertés.

Le Québec avait tenté de restreindre le droit à l'éducation dans la langue de la minorité, une initiative que la Cour suprême a jugée contraire à la Charte canadienne des droits et libertés (P.G. (Qué) c. Quebec Protestant School Boards, [1984] 2 R.C.S. 66). L'Alberta et la Saskatchewan ont aboli des droits linguistiques qui dataient de leur fondation. En 1990, près de 60 villes ontariennes ont consacré l'unilinguisme de leurs administrations.

D'Iberville Fortier voit bien que le vent ne souffle pas dans la bonne direction. Les minorités linguistiques avaient besoin d'une meilleure protection. Il profite des négociations constitutionnelles de l'époque pour demander des garanties supplémentaires à l'intention des communautés francophones et anglophones.

Il a compris qu'il fallait alimenter la réflexion et communiquer aux Canadiennes et Canadiens les mérites de la politique des langues officielles. Il réalise des sondages d'opinion, pilote des études sur la condition minoritaire, fait de Langue et société un magazine d'information à grand tirage. Il crée des bandes vidéo, des agendas scolaires et des dépliants à l'intention de la jeunesse. Il a aussi amené les minorités francophones et anglophones à échanger entre elles pour définir leurs intérêts communs.

D'Iberville Fortier a connu une fin de mandat plutôt agitée. Choqué par la lenteur du gouvernement à mettre en oeuvre la nouvelle Loi sur les langues officielles, il menace de démissionner en 1989. Il se servira des nouvelles dispositions de la Loi, deux ans plus tard, pour intenter un recours judiciaire contre Via Rail.

Il terminera son mandat en 1991 après avoir fait un constat décevant quant à l'enseignement dans la langue de la minorité. Une étude publiée par le Commissariat révèle que moins de la moitié des enfants francophones vivant dans des communautés minoritaires fréquentaient l'école de langue française.

Face aux mesures prises par les instances provinciales afin de préserver le caractère français de la société québécoise et sa culture, les anglophones sentent l'avenir de leurs acquis menacé.

Vers l'épanouissement et le développement des communautés

Goldbloom

Quand Victor C. Goldbloom prend la relève en 1991, il entreprend de traduire en actes ce qui est dit dans la Loi de 1988. Les minorités linguistiques ont droit à l'épanouissement et au développement. Il évoluera cependant dans un contexte budgétaire difficile, la situation lamentable des finances publiques forçant le gouvernement à imposer des compressions sans précédent. Tous les ministères et programmes gouvernementaux furent mis à contribution, y compris les langues officielles.

Lui-même issu d'un milieu minoritaire, cet Anglo-Québécois voit le salut dans le rapprochement des communautés. Il a parcouru le pays d'est en ouest et du nord au sud pour participer à des tribunes téléphoniques, s'adresser à des associations et clubs divers, parler aux médias et s'entretenir avec des représentants et représentantes des minorités de langue officielle. Il cherchait ainsi à établir des rapports sains entre francophones et anglophones. Toute croissance se fait mieux quand le climat est favorable.

Victor C. Goldbloom s'intéressera à l'éventail des éléments nécessaires à l'épanouissement communautaire. En communication, il encouragera la création de stations de radio chez les minorités linguistiques pour resserrer les liens entre elles. Il se penchera sur la prestation de services sociaux, de santé et d'éducation. Son intervention a d'ailleurs contribué à la création, à Ottawa, d'un centre de formation de professionnels de la santé à l'intention des minorités de langue française de tout le pays.

En 1994, le droit à l'épanouissement et au développement prend un sens concret quand le gouvernement fédéral décide de renforcer son action à l'égard du développement communautaire. Le Commissaire trouvera cependant que les choses ne vont pas assez vite. C'est pourquoi en 1996, il dénonce le laxisme du gouvernement dans son rapport Un tracé pour agir.

En effet, presque rien n'avait été fait pour mettre en oeuvre la politique de 1994. Les choses ont changé depuis, plusieurs initiatives ayant déjà donné de bons résultats, comme par exemple le partenariat entre la Société canadienne des postes et la Fédération canadienne pour l'alphabétisation en français et le Comité national de développement des ressources humaines pour la communauté minoritaire anglophone. Un comité similaire axé sur les ressources humaines regroupe les communautés francophones minoritaires.

L'éducation étant l'assise du développement, Victor C. Goldbloom suivra de près l'évolution de la gestion scolaire. Il cherchera également à savoir ce que l'école doit offrir pour attirer les élèves. Il publiera une étude à ce sujet en 1999.

L'évolution rapide qui a caractérisé la dernière décennie l'a confronté à deux problèmes nouveaux qui étaient tout à fait inattendus quand le législateur a rédigé la Loi.

D'abord, l'arrivée d'Internet, né aux États-Unis, qui privilégie l'anglais comme langue de communication. Victor C. Goldbloom a encouragé l'usage des deux langues dans les portails du gouvernement fédéral. Ensuite, les transformations gouvernementales, par lesquelles Ottawa transfère la prestation de certains services aux provinces et à des entreprises privées. Une étude conclut que ce procédé peut léser les minorités linguistiques, ce que confirme le rapport Maintenir le cap : la dualité linguistique au défi des transformations gouvernementales, publié en 1999.

Il apparaît aujourd'hui que la politique des langues officielles doit évoluer, non seulement pour s'améliorer, mais aussi pour s'adapter à un environnement en constante et rapide évolution. Victor C. Goldbloom a commencé à relever ce défi.

Témoigner des progrès sans complaisance

D Adam

Le Canada, pays bilingue, qui s'engage dans le troisième millénaire se présente sous de bien meilleurs auspices qu'en 1970. L'actuelle Commissaire, Dyane Adam, entrée en fonction en 1999, reconnaît d'emblée ce legs de ses prédécesseurs. Mais le temps ne lui semble pas encore venu de laisser l'État s'asseoir sur ses lauriers. Les changements apportés depuis 1970 ont été lents, superficiels et dans plusieurs cas, guère durables. Par conséquent, les maux chroniques dont souffre la politique des langues officielles sont encore trop nombreux.

Le plus grave de ces maux, c'est le manque de leadership, selon la Commissaire. La classe politique canadienne devrait défendre publiquement et sans gêne les valeurs qui servent de fondement à la Loi sur les langues officielles. Les hauts responsables et gestionnaires de l'État devraient s'en faire une culture qui se manifesterait partout dans la fonction publique. Hélas, le discours des politiciens et politiciennes est timide tandis que les ministères et les agences peinent à changer leurs vieilles habitudes.

La dernière décennie a été parsemée de changements qui ont malheureusement contribué à certains reculs des droits linguistiques des Canadiens et Canadiennes. Outre un discours trop timide de la part de la classe politique, les transformations de l'appareil gouvernemental et les dévolutions de responsabilités vers d'autres entités administratives sans toujours y intégrer les droits linguistiques acquis ont eu des effets néfastes.

Il est clair que la dualité linguistique, pourtant un des piliers de l'identité canadienne, ne trouve pas assez de bons et fiers défenseurs.

En quête de résultats, la Commissaire actuelle ajoutera à son rôle d'ombudsman, ceux d'éducatrice et d'agent de changement. Elle tâchera de guider tous les intervenants et intervenantes des langues officielles, dont les institutions fédérales et les communautés minoritaires, vers l'atteinte de plusieurs grands objectifs. La priorité sera de favoriser une relance et un renouvellement de la politique des langues officielles et de remettre cette valeur fondamentale au centre des priorités gouvernementales. Pour ce faire, la Commissaire compte aussi agir comme agent facilitateur et travailler avec toutes les personnes clés pour favoriser la mobilisation de l'appareil fédéral. La priorité sera également accordée à la prestation de services, à l'usage des deux langues en milieu de travail, au développement des communautés minoritaires, à l'offre de services sociaux et de santé adaptés aux besoins des minorités linguistiques, ainsi qu'à l'appropriation d'Internet.

Le Commissariat : poursuivre un idéal

Le Commissariat aux langues officielles est aujourd'hui constitué de la somme des legs laissés par tous les commissaires qui l'ont dirigé depuis 1970. Il compte environ 125 employés et dispose d'un budget annuel de 10 millions de dollars.

Pour les citoyens et citoyennes, en particulier pour ceux et celles en situation minoritaire, il représente la première ligne de défense pour faire respecter leurs droits linguistiques. Le fait de porter plainte conduit souvent à la correction du problème signalé.

Cependant, le rôle du Commissariat ne se limite pas à monter la garde. Il consiste à promouvoir activement les langues officielles. Or, pour promouvoir, il faut communiquer et mettre la main à la pâte.

À l'intention des parlementaires et du public, le Commissariat brosse une fois l'an un tableau de la situation linguistique au pays. Son rapport annuel fait état des progrès et des reculs de la politique. Dans le but d'informer les citoyennes et citoyens, il publie une carte linguistique du pays, qui fait état de la répartition des deux groupes de langue officielle sur le territoire canadien. Il participe également à des expositions, diffuse des affiches et fait de la publicité.

Pour jouer son rôle plus efficacement, le Commissariat se fait partenaire de ceux et celles qui veulent faire avancer les langues officielles. Il s'adresse directement aux minorités francophones par l'intermédiaire des radios communautaires pour faire connaître ses services et aussi pour parler de droits linguistiques. Il s'associe à l'Association canadienne d'éducation de langue française (ACELF) pour organiser un concours de rédaction dans le cadre de la Semaine nationale de la francophonie.

Au Québec, il encourage la traduction d'oeuvres littéraires de l'anglais au français et du français à l'anglais à l'aide d'un prix annuel décerné en collaboration avec la Quebec Writer's Federation
.

Le Commissariat encourage également les fonctionnaires à apprendre la langue seconde, grâce à un partenariat avec Formation linguistique Canada.

À titre d'ombudsman, la Commissaire défend les citoyennes et citoyens lésés dans leurs droits linguistiques, aide les Canadiens et Canadiennes des deux communautés à mieux se comprendre et articule l'idéal que le Canada poursuit depuis l'adoption de la première Loi sur les langues officielles, en 1969.

L'évolution des plaintes

Au fil des ans, les Canadiennes et Canadiens ont pris connaissance de leurs droits linguistiques de même que des moyens mis à leur disposition pour les défendre.

C'est ainsi que le service des plaintes, guère sollicité au cours de la première année d'existence du Commissariat, traite maintenant plus de 1 500 cas par année, contre 105 en 1971 et une moyenne de 600 par année au cours des années 70.

Les francophones ont toujours été les plus nombreux et nombreuses à faire appel au Commissariat. Ils représentaient 81 pour cent des plaignants en 1971, et 83 pour cent en 1999.

Ces données témoignent de l'usage insuffisant du français dans les services au public et comme langue de travail. En 1999, près de 78 pour cent des plaintes visaient le service au public et 11 pour cent portaient sur la langue d'usage au travail au gouvernement.

Cela ne signifie pas, cependant, que l'on fasse fausse route. Si les gens se plaignent davantage, c'est surtout parce qu'ils sont de plus en plus nombreux à connaître le Commissariat et la politique des langues officielles. Plutôt que de révéler une faiblesse, leur intervention indique que nous allons dans la bonne direction. En s'insérant de mieux en mieux dans la culture canadienne, la politique des langues officielles fait des citoyens et citoyennes ses propres défenseurs, qui se chargent de dénoncer les lacunes que l'État n'a pas encore corrigées.

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Conclusion

Trente ans plus tard... où en sommes-nous ?

Il est certain que la Loi de 1969 répondait à deux besoins pressants : soulager la crise majeure que la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme avait étudiée en détail et respecter les deux groupes linguistiques fondateurs de la nation canadienne.

Depuis, le pays a connu d'importants changements. Le français et le l'anglais sont désormais langues de service et de travail au gouvernement, les majorités et les minorités de langue officielle ont leurs systèmes scolaires respectifs, et le réseau d'institutions des minorités linguistiques s'affirment et se développent de plus en plus. La politique des langues officielles qui visait surtout l'appareil d'État à ses débuts, se déploie maintenant en un large éventail qui couvre une multitude de composantes de la société canadienne. Le pays dispose du cadre réglementaire le plus élaboré de son histoire en matière de langues officielles. Les citoyennes et citoyens sont maintenant réceptifs à l'idée de vivre dans une société bilingue et se montrent ouverts à l'apprentissage d'une langue seconde.

Depuis les constatations de la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, la société canadienne a connu des transformations majeures. En plus de l'importante contribution des Premières nations à la culture canadienne, la société s'est grandement diversifiée. Grâce à une immigration provenant des quatre coins du globe, une grande variété de cultures et de langues sont venues enrichir la réalité canadienne.

Bien que les changements soient fort nombreux, ils sont encore trop lents au goût de plusieurs Canadiens et Canadiennes.

Le Canada dans son ensemble -- gouvernements, fonction publique et population -- apprend lentement à marcher vers la réalisation de l'idéal né avec la Loi de 1969. Ce qui est souhaitable, bien sûr, c'est que le pays tout entier s'imprègne le plus tôt possible de sa politique des langues officielles pour que tous et toutes puissent exercer leurs droits linguistiques le plus naturellement du monde. Mais comme tous les grands idéaux, ce vaste projet est le fruit d'un effort constant qui connaît ses moments forts, non sans heurter quelques écueils.

Construire une société bilingue représente un énorme défi. Il faut faire naître de nouvelles attitudes, tant individuelles que collectives. Bon an, mal an, le rythme suit celui d'une société en mutation. Cela dit, ce mouvement n'est pas sur le point de s'arrêter. Comme le lourd cargo qui prend du temps à répondre aux sollicitations de son équipage et que son élan mène si bien qu'il continuera sa route malgré les ratés occasionnels de sa mécanique.

L'oeuvre n'est pas terminée, bien sûr. Ceux et celles qui veulent la réaliser rencontreront certainement des obstacles sur leur route. Mais l'évolution des trente dernières années a de quoi leur donner le courage de continuer.

C'est précisément le mandat du Commissariat aux langues officielles de les guider et de les appuyer dans la marche qui les conduira à la réalisation de l'égalité linguistique et de tous les objectifs issus de la Loi de 1969 et de celle de 1988.

Le Commissariat, ainsi que tous ceux et celles qui ont le bilinguisme à coeur, défendent cet idéal qui représente si bien l'esprit du Canada, celui d'un pays ouvert à la diversité.

Sources

Rapports annuels du Commissaire et de la Commissaire aux langues officielles

Rapport de la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme